Que cherche Noubir Amaoui ?

Où va la CDT ? Certainement à la déchirure interne et suicidaire, en termes de représentativité, comme le confirment les résultats récents observés au niveau des élections du personnel de la fonction publique. Des élections à l’issue desquelles le représentant du bureau exécutif de la centrale a eu moins de quarante voix contre des rivaux qui en ont eu plus de cent.
Sans nul doute, cet échec n’est pas le seul que les dirigeants de la CDT accusent depuis quelque temps. D’autres sont signalés sur les fronts de la gestion interne et même sur le plan politique. Pour bon nombre de syndicalistes, ce syndicat qui incarnait les espoirs de larges masses de déshérités s’est transformé au fil des ans en un simple appareil bureaucratique où se mélangent les ambitions personnelles et les intérêts particuliers à la raison syndicale.
En effet, depuis que la centrale a accepté, dans le mutisme, la complicité et la passivité, que cet appareil se transforme en une féodalité, à la merci d’une seule personne, la situation n’a pas cessé de se dégrader. Tout le monde est responsable du déclin du rayonnement de la CDT au sein du monde du travail, et le bureau exécutif et le parti qui l’a épaulé depuis sa naissance. Tout le monde a participé à la mascarade du silence. Où était la solidarité des syndicalistes démocrates lorsque la démocratie interne a été sacrifiée en 1998, dans le Syndicat national des Phosphates, sur l’autel des équilibres politiques ? Que faisaient les syndicalistes démocrates lorsque Noubir Amaoui et ses « proches collaborateurs »( lui qui n’a jamais accepté d’avoir un vrai collaborateur) faisaient la pluie et le beau temps dans le syndicat. Qui aurait oublié, parmi les syndicalistes socialistes, le rôle perturbateur et nuisible du patron de la CDT dans le déroulement des travaux du Vème congrès de l’USFP, en 1989. Certes, plusieurs militants de ce parti se sont élevés contre l’OPA décrétée par l’aile syndicale sur les commissions du congrès. Mais ces derniers étaient dans l’impossibilité matérielle de faire face au raz de marrée syndical dans le congrès.
Même Feu Abderrahim Bouabid était humilié dans la Commission organisationnelle, qui était dans sa quasi-totalité acquise en faveur du populisme anarcho-syndical, et n’a pu avoir que quatre voix en faveur d’une proposition qu’il avait présentée. Sans doute, il ne faudrait nullement avoir une mémoire d’éléphant pour se rappeler que Noubir Amaoui a, personnellement, joué un rôle dans l’avortement de l’expérience d’alternance qui aurait dû avoir lieu en 1994.
En appelant le ministre de l’Intérieur à l’époque à assister à la séance d’ouverture de son troisième congrès national à Casablanca, et en persistant à ne pas donner la parole aux représentants des partis politiques à ce congrès, il n’a fait que consacrer une pratique déjà en cours. Latent avant 1981, timide entre 1984 et 1989 ; mais, à partir de cette date, l’hégémonisme syndical devient manifeste. Protégé par le parti, le dirigeant de la CDT s’est cru capable de dépasser l’ensemble des formations partisanes et s’ériger en interlocuteur politique des pouvoirs publics.
En appelant à ce que le roi règne et ne gouverne pas, il a posé la pierre angulaire de sa bière. Même après la grâce royale dont il a bénéficié, il n’a jamais été reçu par feu Hassan II.
Ne sachant pas modérer ses ambitions, il s’est cru indispensable pour la direction de son parti. En appelant, à moins de quinze jours de la tenue du VI ème congrès de l’USFP , à des assises d’un congrès de la CDT à Laâyoune, il n’a fait que creuser sa tombe politique, et ce, alors qu’il croyait manoeuvrer dans le sens du renforcement de ses positions au sein du parti. En octobre 2001, il créé son propre parti, le Congrès national ittihadi, et incite son dauphin, Abdelmajid Bouzoubaâ, à prendre sa direction, dotant ainsi la centrale d’une organisation politique.
Les deux, main dans la main, prennent la hache et le marteau pour démolir tout ce qui reste du patrimoine politique de la CDT. Mais c’est contre le Syndicat national de l’enseignement que l’autodestruction prend son ampleur la plus démesurée.

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