Que peut-on vendre aux américains ?

L’accord de libre- échange Maroc-USA continue de susciter moult réactions. Et les questions fusent de presque partout. Que peut gagner le Maroc d’un tel accord ? A-t-il les moyens pour un tel accord ? Des questions tout aussi brûlantes que légitimes.
Le négociateur américain Robert Zoellnick a annoncé officiellement la mise en route du processus initiant les négociations préalables à un ALE avec le Maroc, Singapour, le Chili ainsi qu’avec l’Afrique du Sud.
Robert Zoellnick ne cachait pas son optimisme : «L’instauration d’une zone de libre-échange maroco-américaine renforcera nos liens économiques et politiques avec la région», mettant bien l’accent sur le rôle de tête de pont pour le Maghreb, mais également pour l’UE que comptent faire jouer au Royaume les Etats-Unis.
Le Maroc appartient à la sphère économique européenne et donc la mise en place d’un ALE entre le Maroc et les Etats-Unis ne peut être lue, selon certains observateurs, qu’au regard de la concurrence commerciale entre l’Union européenne et les Etats-Unis. «Lorsque nous pensons à de nouveaux accords, ceci comprend de manière définitive l’agriculture, alors que les accords d’association avec l’UE ne le font pas», avait souligné, en novembre dernier, Richard Johnson, le conseiller économique de la représentation américaine. Le Maroc est-il un élément dans la guerre économique entre les USA et l’Union européenne ? Ou est-il un partenaire à part entière ? Autrement dit, le Maroc a-t-il le choix d’adopter une autre attitude ?
En tout cas, les entreprises marocaines ont tout à gagner si jamais elles se mettent à niveau et si jamais les circuits commerciaux suivent.
Selon Lamine Benomar, ancien ministre et consultant international, la question qui se pose est de savoir quel intérêt ont les USA à vouloir adopter un tel accord avec le Maroc «Le marché marocain est trop petit pour intéresser l’économie américaine. L’économie des Etats-unis se développe de façon vertigineuse et il s’agit bel et bien d’une économie innovante. Quand on sait que l’innovation est le parent pauvre de l’économie marocaine, on peut aisément voir la différence.
D’autant plus que le pouvoir d’achat du Marocain est très bas pour pouvoir consommer américain… En un mot, je dirais que les Américains nous ouvrent leur marché. Ce qui peut servir nos exportateurs».
Quand on lui pose la question sur l’objectif d’un tel accord, si économiquement il n’est pas équilibré, M. Benomar qui est aussi un homme politique laisse entendre qu’il s’agit plutôt d’une décision politique américaine dans le cadre d’une concurrence qui va crescendo entre les USA et l’UE. «Les Etats-Unis inscrivent le Maroc dans le cadre d’une stratégie globale de mondialisation. C’est un élément-clé dans l’optique géostratégique américaine. Il faut qu’il en tire profit». Ce qui est en jeu maintenant, c’est de saisir pleinement l’ensemble des opportunités qui peuvent s’offrir à l’économie marocaine par le biais de cet accord. Surtout que les relations entre les pays arabes ne prêtent guère à l’optimisme. Et comme l’a relevé Robert Assaraf, «l’UMA, créée en 1989, n’a pas su dépasser les conflits séculiers entre ses différentes composantes, et notamment entre Rabat et Alger sur la question du Sahara occidental. Plus à l’Est, même constat. Les divisions entre les pays du Machrek, la détérioration des relations israélo-palestiniennes, la fermeture politique de la Syrie, ont ruiné la construction d’un marché commun levant, une telle situation qui marginalise et fragilise la région, entretenant de nombreux antagonismes culturels et religieux, favorise également une forte pression migratoire aux portes même de l’Europe».
Rappelons que les relations du Maroc avec l’Union européenne avancent en dents-de-scie. Concernant les produits industriels, c’est sur la bonne voie. Quant au volet agricole, cela ne bouge pas vraiment.
Une situation préjudiciable pour le Maroc. D’autant plus que ce sont les cultures céréalières qui sont favorisées dans l’accord UE-Maroc, alors que les cultures maraîchères et d’agrumes où les avantages du Maroc sont sensibles, ils sont contraints par des quotas, relèvent des experts.
Dans ce contexte marqué notamment par le démantèlement douanier, l’accord de libre-échange Maroc-USA peut servir le Maroc à condition que les entreprises et l’administration marocaines se décident à accompagner cette évolution des choses.

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