Quelle majorité parlementaire pour Jettou ?

Les nouveaux ministres qui ont font leur entrée au gouvernement avaient le trac. Passablement perdus, ils étaient un peu dans la peau de gosses qui s’apprêtaient à s’asseoir pour la première fois sur les bancs d’école. La curiosité de la découverte est associée à la crainte de faire des faux-pas et d’essuyer les rires sous cape des copains. Pour éviter de rater leur première “rentrée ministérielle“, certains novices ont même appelé des amis parmi les “cabinards“ chevronnés ou des anciens ministres expérimentés pour leur demander conseil sur la manière de s’y prendre pour mieux négocier leur premier conseil de gouvernement, histoire de faire bonne figure et bonne impression. En guise de baptême de feu, les membres de l’équipe Jettou ont été sollicités de préparer pour le conseil de gouvernement du mardi 12 novembre un exposé qui consigne la vision de chacun sur la gestion du ministère dont il a la charge. Objectif : mettre en place ou mettre la dernière main aux grandes lignes de la déclaration de principe qui sera lue dans les jours à venir devant le Parlement pour le vote d’investiture.
Théoriquement, le gouvernement de Driss Jettou dispose d’une majorité confortable qui lui permet de faire passer haut la main ses textes de loi. Sauf que les nouvelles qui nous parviennent du front parlementaire de certains partis composant l’alliance gouvernementale risquent de contrarier le soutien automatique sous la coupole. Les états d’âme des députés frondeurs du RNI, qui ne se reconnaissent pas dans la plupart de leurs ministres, ne se sentent plus obligés d’accorder leur appui à l’exécutif dès lors qu’ils ont décidé de s’autonomiser par rapport au président Ahmed Osman et son Rassemblement. Le même courant de ressentiment traverse les esprits chagrins des élus istiqlaliens, usfpéistes et leurs collègues des deux mouvements populaires. Nous sommes loin de l’image d’unanimisme qui a présidé à l’élection du président du Parlement : les députés de la nouvelle majorité ont reconduit comme un seul homme Abdelouahed Radi. À ce moment-là, l’espoir était permis et chacun se voyait in petto dans l’équipe du nouveau Premier ministre.
Que reste-t-il aujourd’hui de cette “belle symbiose“ intéressée sous la coupole maintenant que la plupart des ministres partisans “recrutés“ par Driss Jettou ne trouvent pas grâce aux yeux de leurs députés et que ces derniers en veulent à leur leader qu’ils tiennent responsables de leur mise à l’écart de l’apparat ministériel ? Le bloc de la majorité, qui était censé être soudé autour de partis homogènes, s’est-il fracassé sur le récif des frustrés de la ministrabilité ? Équation complexe s’il en est qui place de facto le camp des frustrés de la majorité en position de force par rapport au gouvernement Jettou avec une épée de Damoclès sur la tête de ce dernier.
Décidément, Driss Jettou n’est pas encore au bout de ses peines. Après avoir été consterné par les négociations pour la formation du gouvernement et la course débridée pour les portefeuilles, il doit maintenant découvrir par le menu les ressorts intimes du monde parlementaire et ce qui motive ou démotive les honorables députés de son propre camp. Devant une situation pour le moins embrassante, le Premier ministre risque encore de perdre beaucoup de temps à gérer les états d’âme des frustrés sous peine de lui mettre des bâtons dans les roues. Le “Parlement buissonnier“ le jour d’un vote d’un projet de loi important…
Driss Jettou joue sur un terrain glissant qu’il veut absolument éviter pour construire une gouvernance soucieuse d’efficacité et de résultats : le parlementarisme partisan, prébendier et clientéliste.
En échange de la discipline votative des intéressés. Saura-t-il contourner ce risque en embuscade dans les couloirs et les travées de l’Hémicycle ?

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