Quelle solution pour les subsahariens ?

Quelle solution pour les subsahariens ?

Le Maroc, accusé parfois de faire le gendarme pour le compte de l’Europe, n’est plus seulement un pays émetteur d’immigrés, dont des milliers de jeunes qui bravent les vagues et un contrôle devenu plus serré, mais aussi un pays d’accueil. Dans les artères des villes marocaines, croiser des groupes de ressortissants subsahariens espérant pouvoir rejoindre la rive Nord de la Méditerranée est devenu ce qu’il y a de plus courant. Sauf que l’«escale» se prolonge parfois pour plusieurs mois, voire des années. A Rabat, ce sont des quartiers entiers  qui sont fréquentés par les ressortissants de plusieurs pays subsahariens, mais leur présence ne peut plus être ignorée que ce soit à Belyounès, Oujda, Tanger ou aux environs de Nador.
Pays de transit, le Maroc finit par devenir un pays d’accueil. Fatigués par une succession d’infructueuses tentatives de passer vers l’Europe, les ressortissants de l’Afrique noire finissent par s’établir pour de bon au Maroc. Mais, si certains réussissent à trouver du travail et à subvenir à leurs besoins, la majorité vit dans une scandaleuse précarité qu’on ne peut plus occulter. Et restent à l’abri des opérations coup de poing des services de sécurité qui les reconduisent généralement à la frontière algérienne dans des conditions à la limite du tolérable pour un être humain.
Même cette «solution» reste sans grand secours puisque, avec des frontières algériennes poreuses, les immigrés subsahariens finissent par rentrer au Maroc. Et ce sont de nouveau des milliers de personnes qui vivent parmi nous sans l’avoir vraiment choisi. Avec catastrophes humanitaires, guerres civiles, extrême pauvreté et une Europe aux portes fermées, les ressortissants de plusieurs pays africains ne trouvent d’autre choix que de prolonger leur séjour au Maroc. Et c’est à cette situation qu’il est temps de remédier car le Maroc ne dispose ni de moyens financiers pour gérer ce dossier, ni de structures d’accueil adéquates garantissant la dignité de l’être humain.
C’est en quelque sorte ce que rappelait, mardi dernier, le ministre espagnol de l’Intérieur qui affirmait que le Maroc doit bénéficier d’une coopération internationale technique, mais aussi financière pour faire face à la pression exercée sur lui par l’immigration subsaharienne.
Le Royaume est appelé à faire pleinement jouer les principes de droits de l’Homme dans son traitement de ce dossier et ne plus se réfugier dans le rôle de pays où les clandestins sont tout simplement reconduits à la frontière quand ils ne sont pas livrés à eux-mêmes. Car c’est de cela qu’il s’agit en définitive et des drames viennent nous rappeler ces tristes vérités de temps à autre. Même l’extraordinaire essor des actions associatives ne bénéficie guère aux clandestins subsahariens installés ou au passage au Maroc. Au-delà de quelques protestations occasionnelles de quelques associations (comme dernièrement avec l’affaire du journal Achamal), le milieu associatif boude les clandestins subsahariens et il fallait attendre l’intervention d’associations européennes, et belges en particulier, pour sensibiliser à leur sort.Avec le froid qui arrive, cette situation risque d’empirer et aggraver des conditions de vie, déjà désastreuses, pour des centaines de jeunes, des femmes et aussi des enfants parfois en bas âge.
Il est de la responsabilité du Maroc de tout faire pour leur assurer une vie digne et les mettre à l’abri de toute éventuelle exploitation contraire aux droits de l’Homme et à la dignité humaine. La communauté internationale, elle, et l’Europe en particulier, doivent aider le Royaume à affronter cette situation que lui impose sa position géographique.
En Europe, au lieu d’un engagement plus raisonnable, des démarches ont été entreprises pour pousser à la création de zones d’attente pour les clandestins ou ceux ayant été expulsés. Le Maroc était visé par de telles démarches aux côtés de la Libye même si le Parlement européen s’était déclaré franchement hostile à une telle option. En attendant, plusieurs centaines de personnes continueront à errer dans les rues des villes marocaines, à mendier les moyens de leur subsistance et à craindre une arrestation synonyme d’un incommodant voyage en Algérie et un périlleux parcours pour revenir au point de départ.
Le Maroc, depuis le renforcement progressif de sa coopération avec l’Europe en matière de lutte contre l’immigration clandestine, n’a pas cessé de figurer à la place du « bon élève » dans divers rapports.
A en croire les plus récentes statistiques, l’immigration clandestine vers l’Espagne depuis le Maroc a chuté de 20  alors que celle vers les Îles Canaries (depuis les régions sahraouies du Maroc) a diminué de 41% et ce lors des six premiers mois de 2005.  Pour le volet humanitaire de la chose, tout ou presque reste à faire. Le Maroc restera pris entre le marteau de ses engagements vis-à-vis de ses partenaires européens et l’enclume d’une situation désastreuse pour les clandestins subsahariens se trouvant sur son territoire.

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