Qui veut faire de Mandari un héros ?

Le voilà donc qui refait surface sous de nouveaux habits dans une tentative désespérée de faire oublier qui il est vraiment. Quoiqu’il fasse, quoiqu’il dise, Hicham Mandari reste dans les annales comme un escroc international au passé chargé de soufre, qui a soutiré de l’argent à de nombreuses personnalités notamment au Maroc et certainement à l’étranger .
Hicham Mandari, la quarantaine, n’est pas de la graine de ces escrocs sublimes qui s’assument avec fierté. Ce natif de Tanger est un professionnel de la magouille qui est prêt à tout pour arriver à ses fins. Sous l’époque de feu Hassan II, il arnaquait sans regret ceux qui parmi la jet set marocaine étaient impressionnés par ses dépenses somptuaires. Et prenaient pour argent comptant ses promesses d’interventions auprès de “gens hauts placés“ pour débloquer une affaire.
Au terme d’une procédure complexe, il a été extradé récemment des Etats-Unis, où il était détenu depuis août 1999, vers la France qui le réclamait depuis juin 1998. Ayant bénéficié de la liberté provisoire, l’intéressé, qui vit à Paris sous surveillance policière, est toujours soupçonné par la justice française d’être impliqué dans un gigantesque réseau de falsification de la fausse monnaie bahreïnie même s’il nie catégoriquement les charges qui pèsent sur lui. Voilà donc que le prévenu fait encore parler de lui. Cette fois-ci en tentant de se faire passer pour une victime des autorités marocaines qu’il accuse d’avoir essayé récemment d’attenter à sa vie. Qui veut-il encore tromper ?
La presse marginale au Maroc lui sert la soupe en lui ouvrant ses colonnes pour qu’il lui raconte par le menu comment il a échappé à la tentative d’assassinat dont il parle. Un récit abracadabrant de bout en bout destiné à faire accréditer la thèse selon laquelle les autorités marocaines veulent le liquider parce qu’il en sait trop. L’esbroufe et le chantage.
En fait, ce n’est pas la première fois que ce maître chanteur échappe à la mort. Ce n’est qu’un sursis. Quand on vit dans le mensonge et la duplicité en plumant les gens et en traficotant à droite et à gauche, le pire est toujours en embuscade. Déjà en 1997, lors de sa cavale aux Etats-Unis, à Miami précisément, cet imposteur a failli y passer suite à une fusillade qui a éclaté entre bandes rivales colombiennes des cartels de la drogue. Hicham Mandari est-il aussi un trafiquant de stupéfiants ? Une chose est sûre : L’homme a réussi à amasser une jolie fortune. Ne reconnaît-il d’ailleurs pas qu’il “avait beaucoup d’argent au Maroc et à l’étranger“ avant que ses “comptes ne soient vidés“ ? Ces comptes bancaires bien garnis, les doit-il à un héritage familial qui l’a mis à l’abri du besoin ou à une activité prospère d’homme d’affaires connu et reconnu au Maroc? Ni l’un, ni l’autre. L’argent qu’il possède est le fruit de ses multiples arnaques et de ses trafics douteux.
“ J’ai des amis qui m’aident. Et ne cherchez pas au Maroc, vous ne les trouverez pas. Ils sont originaires du Moyen-Orient. Il y a des cheikhs, des émirs“, explique-t-il. En fait, il se trahit en disant cela. Au Maroc, il ne pouvait pas avoir d’amis car ici il n’a fait que des victimes. Au Proche-Orient, il a certainement tissé un réseau relationnel important grâce à son entreprise de proxénétisme. Son père installé dans un des pays de cette région du monde y possède d’ailleurs des hôtels de luxe qui génèrent beaucoup de lucre…
Hâbleur et effronté, charmeur et éhonté, l’intéressé s’est longtemps fait passer pour un membre important de l’establishment marocain avant que le masque tombe. Une fois mis à nu, il prend la poudre d’escampette. Direction, les Etats-Unis d’où il se signale brusquement à l’opinion publique nationale et même internationale par une lettre ouverte à feu S.M le Roi Hassan II, publiée dans le Washington Post, du 6 juin 1999, où il menace de révéler des « informations compromettantes » sur la monarchie marocaine. Ce sera son premier coup de bluff. Ce maître-chanteur en rupture de ban se faisait passer pour un conseiller spécial du palais royal dans certaines sphères du pouvoir et dans des milieux bourgeois de Rabat pour pigeonner des personnalités et non des moindres. En fuite depuis septembre 1997 -date à laquelle il a obtenu un visa américain- Mandari pensait que la bienveillance des autorités américaines était éternelle et qu’il ne serait jamais inquiété. Prenant goût à la vie de farniente en Floride avant d’être écroué deux ans plus tard, il a cru jusqu’à la dernière minute que les autorités américaines allaient lui accorder l’asile politique pour échapper à la justice.
Après avoir sévi un peu partout avec une certaine impunité, Hicham Mandari sait qu’il risque gros maintenant qu’il est entre les mains de la justice. Il a beau nier les charges retenues contre lui, le prévenu est conscient de ce qui l’attend. Se faire expédier à l’ombre pour des années. En mêlant et emmêlant les pistes , en accusant les autorités françaises d’être complices de leurs homologues marocaines, il cherche, encore une fois, à user du chantage et à politiser un dossier qui relève de la truanderie et du banditisme. Mais il ne faut y voir, tout compte fait, que les gesticulations d’un homme désespéré, perdu…

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