Rabat garant de la paix en Afrique

Eté 1999. Des attaques éclatent dans le Nord-Ouest libérien entre des factions rebelles et les forces gouvernementales. Monrovia accuse alors la Guinée de vouloir déstabiliser le pays et le 26 août, les dirigeants de la sous-région occidentale de l’Afrique essaye d’organiser une rencontre au Togo, entre les deux dirigeants, Charles Taylor pour le Libéria et Lansana Conté pour la Guinée. Objectif : faire baisser la tension et surtout ouvrir la voie à un règlement pacifique de la crise. Peine perdue. Si les deux pays et la Sierra Leone se sont associés en 1970 pour favoriser leurs échanges commerciaux (la région représente une importante réserve minière sur le continent) au sein de l’Union du Fleuve Mano, leurs relations se sont envenimées au gré des conflits qui les ont secoués.
Le Libéria, tout d’abord, est entré dans une guerre civile qui a opposé plusieurs factions rebelles au pouvoir de 1990 à 1997. Internationalisés à l’échelle ouest-africaine, ces affrontements ont provoqué l’intervention de la Force ouest africaine d’interposition (ECOMOG), et celle des Nations-Unies pour empêcher les massacres. En vain. Jusqu’en 1993, les habitants de Monrovia n’ont survécu qu’avec l’aide alimentaire de l’ONU et la capitale est à nouveau assiégée par les rebelles en 1996. C’est d’ailleurs le risque qu’elle court actuellement avec l’avancée des groupes du LURD (Union libérienne pour la réconciliation et la démocratie) sortis de leurs bases de Guinée pour chasser Charles Taylor du pouvoir qu’il a conquis en 1997.
Du côté de la Guinée, accusée d’aider le LURD par le président Taylor, la situation n’est guère plus enviable. Malgré un processus de démocratisation engagé en 1990, une élection présidentielle – contestée – remportée par le général Lansana Conté en 1993, la situation politique reste très précaire. Un coup d’État militaire est même tenté en février 1996 par les opposants au régime. Ces derniers, toujours actifs pour tenter de renverser le président Conté, seraient, selon Conakry, soutenus et hébergés par le Libéria…
Quant à la Sierra Leone, elle s’est, elle aussi, retrouvée particulièrement déchirée par une terrible guerre civile (1991-1999) qui a opposé le Front Révolutionnaire Uni (RUF) au pouvoir. Cet Etat dévasté mais riche en diamants et en bois précieux, est pourtant arrivé, le 7 juillet 1999, à la signature à Lomé (Togo), d’un accord entre le président Kabbah et le RUF, sous l’égide de l’ONU qui y a déployé sa force de paix, MINURSIL. Si le pays s’achemine aujourd’hui vers des élections générales (prévues pour le 14 mai prochain), son équilibre reste menacé par les anciennes bandes armées. Celles du RUF, devenu parti politique, se sont particulièrement enrichies avec la guerre, le pillage, l’exploitation du diamant et d’autres richesses naturelles. Ces anciennes factions ont été repoussées depuis vers l’Est et le Nord de la Sierra Leone. Elles ont fini par traverser la frontière et sont entrées en Guinée. Utilisant les mêmes armes qu’en Sierra Leone et poursuivant les mêmes buts, ces bandes ont semé la panique dans les camps de réfugiés sierra-léonais et libériens qui ont fui les combats de leur pays.
Le Libéria s’est alors mis à soutenir ces groupes par l’intermédiaires de trafic d’armes et de diamants. Activité qui a fini par placer le pays sous embargo en mai 2001. Initiée par la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, cette sanction du Conseil de Sécurité de l’ONU entendait « obliger le régime de Monrovia à couper définitivement les ponts avec les rebelles sierra-léonais », dont le président Taylor est considéré comme le « parrain ». Après avoir suspendu toute vente d’armes en direction du Libéria en 1992, l’ONU a alors décrété l’embargo sur les exportations de diamants et a interdit aux dirigeants libériens de sortir du territoire.
Aujourd’hui, l’armée guinéenne tente de reprendre le contrôle des zones de son territoire envahis par les bandes armées sierra-léonaises. Le Libéria accuse pour sa part Conakry d’en profiter pour faire des incursions sur son territoire et les combats dans le nord-ouest du Liberia, aux abords des frontières avec la Guinée et la Sierra Leone, se sont intensifiés depuis l’année dernière.
Le 28 janvier dernier, le président Charles Taylor a de nouveau accusé la Guinée de soutenir la rébellion qui se trouve actuellement non loin des portes de la capitale libérienne. « La guerre est entretenue par la Guinée, avec le soutien des rebelles, et le président Conté profite de cette situation pour se maintenir au pouvoir », a-t-il alors affirmé. Accusation à laquelle le chef d’Etat guinéen a répondu : « La Guinée ne tolérera aucune rébellion, qu’elle vienne du Libéria, de la Sierra Léone ou des deux pays à la fois. La Guinée n’est et ne sera jamais une base arrière pour aucune rébellion d’où qu’elle vienne»…

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