Rachida Dati : «Le Parlement européen va parfois trop vite et ne prend pas le temps de considérer objectivement les faits»

Rachida Dati : «Le Parlement européen va parfois trop vite et ne prend pas le temps de considérer objectivement les faits»

ALM : Quel est l’objet de votre visite au Maroc ?
Rachida Dati : J’ai été invitée au 1er Carrefour international de l’investissement, à l’invitation de la représentation permanente du Maroc de l’Union des femmes investisseurs arabes. Cet évènement a réuni des femmes venues de 53 pays des cinq continents. L’objectif de ce forum était d’étudier les modalités d’une meilleure intégration des femmes dans l’économie, la politique et la vie publique de manière générale. Il s’agissait également de créer des solidarités au sens large, au-delà de la politique et de la diplomatie.

En quoi a consisté votre participation au Carrefour international des femmes investisseurs arabes ?
L’organisation de ce type de Forum est essentielle au partage des diagnostics et à l’élaboration en commun de pistes de progrès. Cela peut permettre de développer une croissance économique durable et un meilleur environnement pour les affaires en encourageant la participation des femmes. Cela implique le développement de relations de confiance entre les peuples et les acteurs du développement. C’est pourquoi il est important de soutenir des processus comme celui de l’Union pour la Méditerranée. L’UPM, c’est créer les conditions du développement et de la paix dans la région par les projets de terrain.  De très nombreux projets de terrain ont été réalisés dans différents domaines. Je n’en citerais que quelques-uns: le Plan solaire méditerranéen, l’Université euro-méditerranéenne Emuni, la mise en place du réseau de procureurs chargés de la lutte antipollution, la création du Centre de lutte anti-drogue (Ceclad) à Toulon. La création de la Fondation des femmes pour la Méditerranée a également soulevé un grand enthousiasme à Casablanca et ce Forum a été l’occasion d’annoncer un partenariat avec la structure de Madame Asma Mouhib, organisatrice de cet événement. C’est de cela qu’il faut parler et c’est cela qui rapprochera les peuples, engagés ensemble, concrètement, vers le développement et la paix.

Récemment, vous étiez invitée au Forum de l’Université d’automne de l’UMP à Casablanca. De quoi s’agit-il ? Quelles en ont été les grandes lignes ?
L’UMP Maroc a souhaité que je sois l’invitée de cette réunion en tant que conseiller politique de l’UMP. Dans la perspective des élections de 2012, il est important de prendre en compte les préoccupations, les attentes, et également les propositions des 2,5 millions de Français de l’étranger. Pour l’UMP, ils sont aussi une force de propositions et des témoins du monde qui évolue. Le débat public ne consiste pas seulement à venir chercher leurs voix au moment d’échéances électorales. Les Français établis au Maroc transmettent aussi aux Français de France une vision juste et réaliste du Maroc et des Marocains, loin des clichés et des caricatures concernant un pays musulman.

Etant une femme médiatisée, on surveille vos faits et gestes au quotidien. Comment vivez-vous cette situation. N’a-t-elle pas un impact négatif sur votre vie ?
J’ai été et je suis très fière d’avoir été garde des Sceaux, ministre de la Justice et élue de la 5ème puissance du monde. J’ai mené des réformes essentielles attendues depuis très longtemps au ministère de la Justice. J’ai réformé la carte judiciaire qui ne l’avait pas été depuis 1958, mis en place des peines plancher pour les récidivistes et créé la rétention de sûreté pour les criminels dangereux. J’ai renforcé les droits des victimes et porté la réforme de la Constitution qui encadre les pouvoirs du président de la République, donné plus de droits aux citoyens et plus de pouvoirs au Parlement. Pour faire le lien avec l’événement de ce week-end en faveur des femmes, j’ai promu des femmes aux plus hautes fonctions de la magistrature, faisant passer le taux de 2 à près de 25 % de femmes chez les procureurs généraux. Je pourrais vous lister encore bien d’autres réformes que j’ai réalisées en faveur des justiciables et de la sécurité des Français. Tout cela pour vous dire que toutes ces réformes ne se font pas sans critiques, sans polémiques ou sans mises en cause. Ce que je regrette, c’est que l’on ait pu s’intéresser à ma famille ou à ma vie privée de manière malveillante. Mais cela fait partie de la vie publique !

Cela fait maintenant un an et demi que vous êtes au Parlement européen, quelles sont les principales actions que vous avez menées ?
Je suis devenue députée européenne à un moment important pour l’Europe et plus encore pour le Parlement européen. En décembre 2009, le traité de Lisbonne est entré en vigueur. Il a entraîné d’importantes mutations et des pouvoirs étendus pour le Parlement européen. Cela a donné un nouveau souffle à des institutions européennes fonctionnant un peu au ralenti. Lorsque j’ai été élue, la France et l’Europe connaissaient une crise sans précédent. Nous avons donc œuvré au renforcement de la surveillance financière et à un plus grand encadrement des bonus dans les établissements financiers.  En tant que membre de la commission de l’industrie, de la recherche et de l’énergie, je me suis engagée sur les questions énergétiques, notamment concernant la sécurité d’approvisionnement de gaz dans l’Union européenne et sur les questions climatiques en travaillant à la mise en œuvre d’une taxe carbone aux frontières de l’Union européenne, afin de préserver les emplois et les entreprises européennes du dumping environnemental. J’ai œuvré au cours des derniers mois à faire aboutir l’accord dit Swift qui a pour objectif de lutter contre les financements des actions terroristes. J’ai beaucoup dialogué sur ce dossier avec mon ex-homologue américain, le ministre de la Justice, Eric Holder, pour essayer de faire avancer les choses et faire adopter cet accord par le Parlement européen. Mon engagement européen m’oblige également à me déplacer au sein de l’Union européenne et au-delà afin d’expliquer les dossiers sensibles débattus en Europe.

Comment déclinez-vous vos ambitions politiques ?
Je suis députée européenne, conseiller politique de l’UMP, maire du 7e arrondissement et conseiller de Paris. Mon ambition et celle de ma famille politique est la réélection de Nicolas Sarkozy en 2012.

Comment voyez-vous la candidature de Nicolas Sarkozy aux présidentielles 2012 ?
La candidature de Nicolas Sarkozy est naturelle, mais elle demeure son choix. Toutefois, toute la majorité présidentielle soutient le président de la République dans son action et pour sa réélection.

A-t-il des chances d’être réélu?
Une élection n’est jamais acquise! Nous avons un bilan, il nous faudra un programme et aussi un peu de rêve !

Quelle lecture faites-vous des récents évènements de Laâyoune ?
Certains groupes politiques au Parlement européen vont parfois un peu trop vite et ne prennent pas le temps de considérer l’objectivité des faits qu’on leur rapporte. Je le regrette sincèrement d’autant plus que ce n’est pas la première fois cette année que j’observe cela au Parlement européen. Ce fut la même chose avec une résolution sur la situation des Roms adoptée en septembre dernier par le Parlement européen, très critique envers la France, alors que la France ne faisait qu’appliquer le droit. Quelques semaines plus tard, la Commission européenne le reconnaissait en mettant fin à cette polémique stérile. Pour ces raisons, j’ai beaucoup parlé avec mes collègues députés cette semaine, pour expliquer ce qui s’était réellement passé à Lâayoune. Je leur ai demandé de prendre le temps de la réflexion, de considérer les faits et de ne pas demander le vote de la résolution qui était initialement prévu en décembre. Ce vote a été avancé sans raisons apparentes et donc nous n’avons pas eu le temps d’éclairer l’ensemble des députés sur la situation réelle loin des mensonges.Une résolution a été finalement adoptée de manière précipitée, et je le regrette, même si le langage utilisé était bien moins agressif qu’on aurait pu le craindre. Je connais très bien le Maroc, et la tempérance des autorités marocaines, pour ne pas croire un instant les contrevérités qu’on nous a rapportées. Toujours est-il que cette résolution n’est pas juridiquement contraignante, elle n’a qu’une portée symbolique. Même si je déplore l’esprit de cette résolution. Il ne faudrait pas que les Marocains, qui sont nos amis, aient l’impression que le Parlement européen leur donne des leçons. Le Maroc a acquis le «Statut avancé», ce n’est pas rien: il s’agit d’un véritable pacte de confiance mutuelle entre l’Union européenne et le Maroc. Les choses doivent rester ainsi.

Par rapport au Statut avancé du Maroc, où en sont les choses aujourd’hui et selon vous, quelles en seraient les perspectives pour l’avenir ?
Il y a deux ans, l’Union européenne a accordé le «Statut avancé» au Maroc. Elle a ainsi signifié toute sa volonté de travailler plus étroitement encore avec le Maroc. Il faut souligner que le Maroc a été le premier bénéficiaire de ce «Statut avancé» dans la région Sud de la Méditerranée : c’est dire toute l’importance que l’Union européenne accorde à ses relations avec le Maroc. Et pour cause! Nous avons beaucoup d’objectifs communs: nous avons besoin des outils les plus efficaces pour les mettre en œuvre. Le Maroc et l’UE travaillent déjà efficacement ensemble dans le domaine énergétique, par exemple. Je pense en particulier au soutien que l’UE accorde au Maroc dans le cadre de sa réforme du secteur énergétique, et en particulier le développement des énergies renouvelables. A ce titre, je connais tout le dynamisme du Plan solaire marocain, voulu par Sa Majesté le Roi Mohammed VI. C’est une formidable avancée qui pourra également bénéficier aux Européens!

Quel est votre lien avec le Maroc?
Mon lien avec le Maroc est indéfectible. Ce pays a tant donné à mon père qui m’a permis de me structurer et de devenir ce que je suis. Maman qui était algérienne a été accueillie à bras ouverts en 1963 ; elle était très attachée à Sa Majesté le Roi, au Maroc et à son peuple. Comment ne pas être attachée de manière définitive à ce pays qui a offert sa terre comme dernière demeure à maman. Le Maroc est indissociable de ma vie et de ce que je suis devenue et je vis tout cela comme une responsabilité.


Bio express
Née le 27 novembre 1965 en Saône-et-Loire, d’un père marocain et d’une mère algérienne, Rachida Dati est issue d’une famille de 11 frères et sœurs. Elle passe son enfance à chalon –sur-Saône, dans le quartier des Prés-Saint-Jean. Après avoir décroché son baccalauréat en 1983, elle obtient un Deug à l’Université de Dijon et une maîtrise en sciences économiques à Paris II. Par la suite, elle suit la formation du MBA d’HEC à l’Institut supérieur des affaires financée par la société Matra pour laquelle elle travaille. De 1995 à 1997, elle est conseillère technique à la direction juridique du ministère de l’Education nationale. Estimant vouloir parfaire ses connaissances de la magistrature, elle entre à l’Ecole nationale de la magistrature. Elle fait ensuite ses premiers pas dans la magistrature en tant que juge, puis substitut du procureur. En 2002, Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur, l’engage comme conseillère. Elle travaille à ses côtés sur le projet de loi sur la prévention de la délinquance. Inscrite à l’UMP en 2006, elle devient porte-parole de Nicolas Sarkozy, candidat aux présidentielles de 2007. Après son élection à la tête de l’Etat, Rachida Dati est nommée le 18 mai 2007 garde des Sceaux, ministre de la Justice. Elle propose une réforme de la carte judiciaire ainsi qu’une loi sur la récidive, qui provoquent de nombreuses réactions. Le 9 mars 2008, elle est élue maire du 7e arrondissement de Paris. En juin 2009, Rachida Dati quitte ses fonctions de garde des Sceaux. Elue au Parlement européen, c’est désormais à Strasbourg qu’elle siège en tant que députée européenne.


 1er Carrefour international de l’investissement
La députée européenne Rachida Dati a été invitée au 1er Carrefour international de l’investissement qui s’est tenu du 23 au 26 novembre à Casablanca. S’exprimant lors de ce Forum initié par l’Union des femmes investisseurs arabes (UFIA), Mme Dati a indiqué que «la société doit d’abord se réformer pour permettre un libre développement de l’entrepreneuriat féminin dans nos sociétés». Elle a notamment souligné que «Sa Majesté le Roi Mohammed VI a été un artisan remarquable d’un cadre juridique toujours plus protecteur des personnes, et en particulier des femmes, et de leurs enfants». Elle a cité à cet égard la scolarisation des enfants, l’accès aux soins, l’adoption de la loi sur l’Agence de lutte contre l’analphabétisme, le Code de la famille. A ce sujet, Mme Dati a noté que «porter l’âge légal du mariage à 18 ans au lieu de 15 ans est un pas majeur pour permettre à toutes ces femmes de choisir leur destin». Et d’ajouter: «Le Maroc a su, notamment au cours des dernières années, mettre en place une véritable stratégie en faveur des femmes», en intégrant l’approche genre dans l’ensemble des politiques et projets de développement.Elle a évoqué également la promotion de la parité aux fonctions électives et le microcrédit qui permet aux femmes d’accéder à plus d’autonomie surtout en milieu rural. «Je connais, en ce sens, tout l’engagement des autorités marocaines dans le développement de la microfinance, facilité notamment par une loi de 1999. Aujourd’hui les chiffres sont édifiants : la Banque du Maroc a, en effet, estimé que fin 2009, 12 associations de microcrédit aidaient près d’1 million de personnes défavorisées à développer des projets financés par le microcrédit. Et 64% d’entre elles étaient des femmes! », a t-elle souligné. La députée européenne a appelé les femmes à «prendre les devants pour faire vivre le partenariat entre les pays arabes et l’Union européenne», rappelant, dans ce contexte, que l’Union pour la Méditerranée (UPM) a lancé en novembre 2009 un projet de «Fondation des femmes pour la Méditerranée» dans le cadre de la 2ème conférence ministérielle euro-méditerranéenne sur «Le renforcement du rôle de la femme dans la société».

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