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Rachidi El Ghezouani : «Basri se cherche»

Rachidi El Ghezouani : «Basri se cherche»

ALM : Comment interprétez-vous les dernières déclarations sur le Sahara marocain de l’ancien ministre de l’Intérieur, Driss Basri, sur la chaîne Al Jazeera?
Rachidi El Ghezouani : Personnellement, je suis étonné et interloqué, et je pèse mes mots, par si peu de respect envers la question de l’intégrité territoriale du pays, une affaire sacrée pour tous les Marocains.
Driss Basri a participé à la gestion de cette affaire, il ne devait en aucune manière parler du « Sahara occidental ».
Qu’est-ce qui explique ce dérapage, selon vous?
Sincèrement, je ne trouve aucune explication à ces propos. D’ailleurs, c’est une thématique qui confine au gauchisme. L’attitude distante qu’observe Driss Basri, sur cette affaire sacrée, me dérange énormément.
Driss Basri est-il tenu de respecter un certain devoir de réserve, même après son limogeage?
Justement, j’ai travaillé pendant de longues années aux côtés de Driss Basri, notamment lorsque j’étais au ministère de l’Intérieur. Je peux vous assurer, par conséquent, qu’il nous a toujours dit qu’il fallait absolument qu’on se soumette à une obligation de réserve, même après notre départ du ministère. Aujourd’hui, je suis véritablement étonné de constater le peu de réserve qu’il observe dans une question aussi sensible pour les citoyens qu’est l’affaire du Sahara marocain.
Que cherche-t-il au juste?
A mon sens, Driss Basri se cherche. Tout simplement.
Basri serait-il capable de créer un parti politique, quitte à le faire à l’étranger?
Vous savez, Driss Basri est un homme de dossiers et non pas un homme de formations politiques. Mais en tout cas, chaque Marocain a le droit de s’engager dans la politique et, par voie de conséquence, de créer un parti politique. Toutefois, à condition que tout cela se fasse dans le respect total de la loi.
A travers toutes ses gesticulations, Basri ne veut-il pas, en définitive, chercher ailleurs ce qu’il a perdu au Maroc. Et partant, rompre définitivement sa relation avec son pays?
Sur cette question, je vous dirais deux choses. Premièrement, qu’aucun Marocain ne peut rompre sa relation avec le Maroc. Et deuxièmement, tout homme marocain doit assumer la responsabilité des propos qu’il tient. J’espère que c’est clair.
Soyons plus clairs. Les gesticulations de Driss Basri peuvent-ils séduire au Maroc?
Il est bien évident que la séduction dans le domaine politique s’acquiert par des programmes politiques et sociaux, mais jamais sur l’interprétation des non-dits. D’ailleurs la politique a ceci de particulier qu’elle préfigure du concret « pensé ».
En matière de séduction politique toujours. Les propos de Basri concernant son appartenance à la Chaouia sont-ils aguicheurs, selon vous?
Chaque région au Maroc a ses sensibilités de Zaouia. Dans la région de la Chaouia, il y a Sidi Laghlimi. Dans celle d’Ourdigha, dont je suis originaire, nous avons le fameux Sidi Bouabid Charki. Et ainsi de suite. Mais le fédérateur de tout ce monde, c’est incontestablement le Roi. On lui prête individuellement allégeance et celle-ci est au-dessus de tout autre considération tribale ou spatiale.
Peut-on vous qualifier comme étant l’un des grands spécialistes de l’affaire du Sahara?
Effectivement, j’ai été l’un des membres de l’état-major avancé qui a géré la Marche verte. Aujourd’hui, parmi tous ces membres, seuls trois sont toujours en vie. Depuis, j’ai effectué, sur instruction de Feu Hassan II, plusieurs périples en Afrique, en Europe notamment, pour expliquer la position marocaine sur la question du Sahara. Un véritable travail de militantisme.
J’aimerais souligner, à cette occasion, que la récupération de nos provinces du Sud préfigure la naissance du Maroc moderne. Et ce pour la simple raison que le chantier de la décentralisation était présent dans l’esprit de Feu Hassan II, que Dieu ait son âme, avant même la Marche Verte. Il a engagé une politique de décentralisation accrue, en 1976, à travers la Charte communale, juste après la Marche Verte. Voilà un pays qui affaiblit l’Etat central au profit des collectivités locales, alors qu’il se trouvait en état de guerre. Mais l’Histoire lui a donné raison. Ce sont là des idées révolutionnaires.
En clair, la troisième voie n’est pas aussi récente que cela. Elle a été pensée, il y a bien longtemps.
Effectivement, le Maroc a prouvé au monde entier que le référendum censitaire que voulait imposer l’Algérie était impraticable. Je m’explique. En tenant compte uniquement du recensement de 1974, on excluait tout bonnement une partie importante des populations sahraouies de la participation au référendum. Une injustice flagrante qui donne d’ailleurs le droit aux personnes exclues du questionnement référendaire de prendre les armes et défendre leur territoire. En d’autres termes, si le référendum devait nous mener vers la paix, c’est perdu d’avance.
Aujourd’hui, il est question d’une autonomie dans le cadre de la souveraineté marocaine. Comment l’imaginez-vous?
La décentralisation peut être maximale. En ce sens que l’Etat central ne garde que les fonctions essentielles qui vont d’Imarat Al Mouminine à la Défense nationale en passant par les Affaires étrangères. Tout le reste est négociable.
Dans cette affaire, on a du mal à identifier clairement notre ennemi. Y a-t-il véritablement une unanimité algéro-algérienne sur l’affaire du Sahara?
Les tenants de la thèse indépendantiste se trouvent principalement au niveau de la sécurité militaire algérienne. Il n’y a absolument pas d’unanimité sur cette question. Bien au contraire. Tous les partis populaires en Algérie, qu’ils soient islamistes ou de gauche, soutiennent la marocanité du Sahara et reconnaissent que le polisario est une entité étrangère. Rappelez-vous, lors des manifestations populaires d’octobre 1988 en Algérie, tous les symboles du polisario ont été détruits par les manifestants. Les Algériens ne voulaient plus que les deniers publics soient gaspillés pour une affaire qui ne les concerne pas.
Pourtant les dirigeants algériens ont toujours affirmé que leur pays n’est pas impliqué dans cette affaire.
L’implication algérienne est directe. A plusieurs reprises, nos soldats se sont trouvés nez à nez avec des militaires algériens en plein territoire national. Ils avaient installés des rampes de lancement pour l’artillerie lourde. J’ai eu le privilège d’assister à la fin de la confrontation d’Amgala 2. L’armée marocaine a fait prisonniers plusieurs officiers et sous-officiers algériens. Ils n’avaient pas l’aspect de Sahraouis et ne parlaient pas un mot de la Hassania. Le Maroc a fini par les relâcher car il n’a pas voulu insulter l’avenir.
Revenons à l’option de la régionalisation. Pensez-vous qu’elle est sabotable de l’intérieur?
La région aura des instances élues, des pouvoirs précis et sa relation avec l’Etat central sera clairement définie.
Le succès de l’expérience dépend de la qualité de la gestion locale. Si ça ne marche pas, ce sont les urnes qui devront sanctionner les gestionnaires locaux. Ce qui est tout à fait normal.

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