Rahma Bourqia, un parcours hors-pair

Probablement, jamais dans l’histoire de la faculté des lettres à Mohammedia, ouverte depuis 1992, l’amphithéâtre Imam Malik n’a connu un rassemblement d’enseignants universitaires aussi important, qu’en ce jour du 19 avril 2002. A onze heure du matin , tous les ingrédients étaient réunis pour fêter la nomination de Rahma Bourquia, à la présidence de l’Université Hassan II –Mohammadia. Un poste qu’elle mérite.
La participation massive des universitaires laissait entendre que le choix de cette femme, qui est la première à être promue à ce poste, était judicieux et que les critères du mérite l’ont emporté finalement sur d’autres considérations. Sur la liste des candidats, il y avait outre Mme Bourquia, les professeurs Mohamed Berrada, doyen de la Faculté des sciences de Ben M’sik , et Mohamed Ferhat, ancien recteur de l’université Hassan II-Mohammédia, arrivé à l’âge de retraite.
Prenant la parole après le ministre de l’Enseignement supérieur, Najib Zerouali, et Mohamed Ferhat, Mme Boiurquia, a tenu à remercier les membres de l’équipe avec lesquels elle a travaillé durant les quatre dernières années en tant que doyenne de la faculté des lettres, en les citant par leur propre nom. Un geste d’une profondeur humaine qui ne saurait échapper à l’attention des observateurs. Le second point qui mérite d’être signalé, à cet effet, concerne l’intérêt porté par la nouvelle Présidente de l’université aux étudiants. Contrairement aux intervenants qui l’ont précédé, elle a évoqué la question estudiantine avec persistance et fait part d’un engagement solennel concernant la présentation dans les semaines qui viennent d’un projet d’université. Ce qui confirme que pour cette sociologue, qui inscrit ses propres ambitions dans un cadre large du développement du pays et de la promotion de la recherche scientifique, la nouvelle tâche est loin d’être une partie de plaisir.
Rahma Bourqia est la seule femme nommée à la tête d’une université au Maroc. Son parcours et les causes pour lesquelles elle a milité ont été ses meilleurs atouts. Rahma Bourqia est née en 1949 à Khémisset.
Elle a fait ses études primaires et secondaires à Tanger. Elle s’est orientée par la suite vers des études de philosophie. Elle a obtenu à cet égard une Licence en philosophie et un diplôme des Etudes supérieures en sociologie à l’Université Mohammed V à Rabat. Sa soif des études de sociologie la poussera à les poursuivre au Royaume-Uni. Elle a soutenu un Doctorat brillant à l’Université de Manchester. Titre du Doctorat: «Etat et société rurale». La qualité de ce doctorat a valu à l’intéressée l’obtention du prix Malcolm Kerr de la meilleure thèse de doctorat de l’année 1988. Ce prix est attribué par l’Association américaine des études sur le Moyen-Orient. Rahma Bourqia a exploité son savoir théorique pour une meilleure condition de la femme marocaine dans le milieu rural. Ses études et écrits font autorité en cette matière. C’est ainsi qu’elle a écrit « Femmes et fécondité » en 1986. D’autres faits de société l’ont intéressée. Elle a dirigé à titre d’exemple un ouvrage sur les jeunes et les valeurs religieuses.
L’autorité scientifique de Rahma Bourqia en matière de sociologie dans le monde arabo-musulman a porté plusieurs organisateurs de rencontres et colloques internationaux à lui réclamer des contributions. La Présidente de l’Université Hassan II – Mohammedia a participé à plusieurs colloques : France, Suède, Espagne, Allemagne, USA, Italie, Genève, Londres, Canada, pays arabes… Elle est également professeur visiteur et conférencière dans plusieurs universités américaines, arabes et européennes, dont l’Université Old Dominion en Virginie, l’Université de Harvard, l’Université de Princeton et l’Université de Milwauke aux USA, l’Université de Helsinki en Finlande, School of Oriental Studies à Londres, etc.
Son parcours est impressionnant et son engagement auprès d’organismes internationaux prouve que cette femme n’assiste pas en spectatrice aux faits de société qu’elle étudie, mais qu’elle met son savoir au service des causes justes. Elle établit de la sorte une passerelle entre son métier de chercheur et son engagement en faveur des causes qui lui tiennent à coeur. Elle est à titre d’exemple membre de la Commission consultative pour la réforme de la Moudawana. Rahma Bourqia a été de février 1997 jusqu’à avril 2002 doyen de la Faculté des lettres de Mohammedia. Les enseignants qui ont eu à travailler avec elle sont unanimes à reconnaître sa gentillesse et son ouverture aux projets innovants.

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