Ramid : la polémique comme obsession

Comme chaque année, depuis plus de huit ans, il ne pouvait pas laisser passer l’occasion de la rentrée politique sans faire parler de lui. Fidèle à lui-même, le député PJD Mustapha Ramid a tenu cette année aussi à se faire remarquer en provoquant la polémique sur la prestation de sa formation politique qu’il vient de qualifier de médiocre dans une déclaration à un hebdomadaire de la place.
C’est cette manie de vouloir attirer l’attention sur soi, d’éviter à tout prix de passer inaperçu et d’être toujours au centre d’une polémique qui a fait de Ramid ce qu’il est aujourd’hui : le député islamiste le plus polémiste de la place politique nationale.
On lui découvre cette manie dès son premier mandat de député. Profitant de la diffusion en direct par la télévision des séances des questions orales à la première Chambre du Parlement, le député Ramid va s’illustrer dans l’art de la séduction populiste et réussira à s’ériger en vedette du parti islamiste qui en a fait son chef du groupe parlementaire. Un poste auquel il s’attachera fortement et qu’il finira par perdre pour la même raison qui le lui fit gagner quelques années auparavant : son penchant prononcé pour la polémique.
Réélu à la tête du groupe parlementaire de son parti au lendemain des élections législatives de septembre 2002, il multipliera les sorties médiatiques et les interventions sous la coupole, en essayant à chaque fois d’aller plus loin et de provoquer davantage de réactions de la part des médias. L’essentiel pour lui, expliquent certains membres du PJD, est d’être toujours au-devant de la scène, avoir sa photo sur la Une des journaux nationaux et d’être le principal sujet de l’actualité politique nationale.
Mais ce qui l’a le plus poussé à l’extrême obsession pour soi-même, c’est lorsqu’il a goûté aux plaisirs de la presse étrangère. Avoir sa photo sur les colonnes du quotidien espagnol El Pais, se faire interviewer par Le Monde ou faire une déclaration à LCI sont devenus, depuis 2002, un besoin élémentaire pour le député et avocat islamiste. Et pour assouvir ce besoin, il s’est engagé dans une série de déclarations provocatrices.
Il appellera ainsi, devant les caméras de la télévision de la région espagnole de Catalogne TV3, à l’application de la Chariâ en matière pénale ne voyant aucune objection à couper la main au voleur. En octobre 2002, juste quelques jours après l’inauguration de la nouvelle législature, il invitera le gouvernement à procéder à la fermeture des Centres culturels et des institutions étrangères au Maroc. Il ira aussi jusqu’à organiser et diriger un sit in devant une salle de cinéma de spectacle pour empêcher la prestation artistique d’un humoriste français qu’il accuse de sionisme.
La même obsession pour la médiatisation et la polémique, on la retrouve chez Ramid l’avocat. Membre du barreau de Casablanca, Me Ramid s’est spécialisé dans les procès islamistes, notamment les affaires de la Salafiya Jihadia. Il faut rappeler que c’est à lui que l’on doit ce scoop :  cette organisation terroriste islamiste est une invention des services de police.
Une théorie qu’il avait défendue plusieurs mois avant les attentats du 16 mai 2003.
Ainsi, au lendemain des actes terroristes qui ont frappé Casablanca, son image commence à ternir, ce qui lui fait perdre son influence au sein du PJD, notamment après la démission de son principal soutien, l’ancien président du Mouvement Unité et Réforme (MUR), Ahmed Raïssouni. Il perdra ainsi le poste qui lui permettait d’être toujours au premier plan de l’action du PJD ; celui de chef du groupe islamiste à la Chambre des représentants. Le secrétariat général du parti lui préfère un modéré.
Aujourd’hui, Mustapha Ramid a réussi à décrocher le poste de président de la Commission parlementaire de la justice, la législation et les droits de l’Homme. Un poste qui lui permettra de satisfaire ses besoins de médiatisation mais sans avoir le droit au direct qu’offre la séance des questions orales.
Dans son nouveau poste, le député et l’avocat Ramid s’associeront pour animer la vie parlementaire à la manière PJD dans sa version la plus radicale.

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