Regard de femme

Le 23 décembre 1999. Ghizlane Mqaddam, faisait tranquillement ses courses dans un supermarché, situé dans une banlieue résidentielle d’Abidjan. Elle était loin d’imaginer qu’elle allait assister en direct à l’un des événements sanglants de l’histoire de la Côte d’Ivoire. Le coup d’Etat du général Robert Gueï. « Au moment de passer à la caisse, j’ai remarqué la présence de plusieurs militaires armés dans la rue. Le supermarché a par la suite fermé ses portes. Nous sommes restés enfermés pendant plus d’une quinzaine de minutes ». Dehors, les rues se vidaient.
Ghizlane et sa petite famille ne devaient pas quitter leur domicile pendant plus de trois jours. « Habitant au quartier des Deux-Plateaux, à quelques ruelles du domicile du Premier ministre de l’époque, nous entendions souvent des tirs de mitraillettes », précise-t-elle. Depuis ce « siège », la jeune Marocaine, à l’instar de toute mère de famille ivoirienne, a toujours du ravitaillement chez elle.
Depuis, le sentiment d’insécurité ne l’a plus quittée. Une peur, pour son mari et son petit enfant, Amine, à peine âgé de quatre ans. Ghizlane allait revivre le cauchemar à peine deux années plus tard. Le 19 septembre 2002. Se trouvant à Paris en partance pour la Côte d’Ivoire, elle a dû retourner au Maroc pour y laisser son petit, avant de regagner son mari, obligé de rester à Abidjan pour son travail. La famille a passé tout le mois sacré de Ramadan, mois de piété et de recueillement, sur ses gardes. « A cause du couvre-feu, nous ne pouvions même pas faire la prière des Tarawih à la mosquée.
Nous sortions le moins possible, sauf pour aller au travail ou faire des courses. Nous étions condamnés en quelque sorte à rester cloîtrés chez nous », explique-t-elle. Ghizlane a regagné le Maroc fin 2002. Elle ne sait pas comment ni quand récupérer ses meubles, sa voiture, et même son petit chien restés à Abidjan.

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