Rester vigilant

ALM : Quel bilan peut-on dresser de la situation du Sida au Maroc ?
Hakima Himmich : Il y a un élément que je considère extrêmement important à savoir qu’il existe une volonté de travail et des efforts importants de la part du ministère de la Santé en ce qui concerne la lutte contre le Sida tant au niveau de la prévention que de la médication. Le département de la Santé et le fonds mondial ont à ce niveau une parfaite collaboration. D’ailleurs, en tant que médecin, je tiens à dire que cela me fait extrêmement plaisir d’avoir la possibilité de traiter mes malades. Car, si, avant 2001, un traitement tri-thérapeutique coûtait 12.000 DH par mois et par patient, en 2001, le coût de ce traitement a été réduit à 6500 DH, et aujourd’hui, il continue à baisser et ne dépasse pas 2000 DH par mois et par patient. Malheureusement, ma satisfaction risque de ne pas durer longtemps puisque ces coûts risquent d’augmenter bientôt. Aussi dois-je sonner l’alarme quant au risque de voir le coût du traitement remonter en cas de la signature de l’accord de libre-échange avec les Etats-Unis.
On a l’impression qu’il existe une incertitude quant aux chiffres avancés. Où est la vérité ?
Il n’y a aucune incertitude concernant le nombre des cas déclarés au ministère de la Santé qui est de l’ordre de 1237 cas de malades atteints de Sida et qui suivent actuellement un traitement. Mais, l’incertitude existe autour du nombre des personnes séropositives, c’est-à-dire celles ayant le virus du Sida mais que ne s’est pas encore manifesté. C’est à ce niveau qu’il est difficile d’être affirmatif. La dernière estimation remonte à l’an 2000. Le nombre des séropositifs était alors estimé à 15.000 personnes. Aujourd’hui, ce chiffre doit être encore plus important. D’ailleurs, généralement, les gens ne savent qu’ils sont atteints de Sida que lorsque les symptômes de cette maladie commencent à surgir d’où la nécessité d’une campagne continue d’information et de sensibilisation pour inciter les gens à faire le test de dépistage du virus du Sida. À cette occasion, je tiens à dire qu’il est une erreur de la part des chaînes de télévision marocaines et des médias en général que de ne s’intéresser au problème du Sida qu’à l’occasion du premier décembre, la Journée mondiale de la lutte contre cette maladie. Les séropositifs doivent savoir que leur traitement est pris en charge s’ils recourent aux services médicaux.
À quel niveau il faut classer le Maroc ?
Actuellement, le Maroc reste un pays à faible endémie, mais l’on commence à voir des signes inquiétants qui laisseraient entendre l’existence d’un risque d’aggravation de la situation. Nous avons, par exemple, remarqué que le nombre des séropositifs dans la ville d’Agadir a sensiblement augmenté ces derniers temps.

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