Retour à la normale

Qui n’aurait pas vécu, vu ou entendu parler de l’envoi de jeunes opposants au service militaire à la fin des années soixante et au début des années soixante-dix? Dans les milieux des jeunes engagés, cela était courant, le régime du service civil, en vigueur dans notre pays depuis juins 1966, a été perçu à des moments donnés comme étant une mesure de sanction et un moyen de mettre à l’écart certains activistes, politiques soient-ils, syndicalistes ou associatifs.
En annonçant sa volonté de soumettre les citoyens à « l’obligation d’accomplir un service militaire pendant un temps déterminé », en lui proposant « de donner au citoyen marocain, une formation de base qui lui permettra de contribuer efficacement et en toute circonstance à la défense de la patrie », les autorités ont traduit à un moment donné cette volonté en termes répressifs.
« L’intention de développer » chez les citoyens concernés « le sens de la discipline ainsi que les qualités du dévouement, d’abnégation et de sacrifices » pour les causes portant sur l’intérêt national, devient , donc, une mesure de sanction et une punition . Combien de fois, des jeunes ont dû chercher des intervenants pour bloquer certaines mesures de ce genre ; à tel point que cela est devenu, pour bon nombre de personnes, synonyme de clientélisme et de favoritisme auxquels sont dispensés les enfants des familles nanties ou privilégiées.
Alors que d’un autre côté, il signifiait la corvée quotidienne et le redressement dans le sens disciplinaire du terme. Ahmed Herzenni, militants de la gauche radicale dans les années soixante et soixante-dix en a fait l’expérience. Au début des années soixante-dix, la majorité écrasante des membres d’un bureau de section de l’UNEM (Union nationale des étudiants du Maroc), à Fès, ont été appelés au service militaire. Dans le même moment, des centaines de jeunes syndicalistes ont connu le même sort. Une pratique, donc, courante, qui a jeté le discrédit sur ce service et qui continue à peser sur l’imaginaire collectif des citoyens.
Pourtant, en dépit de tout ce qui se dit ces derniers temps sur le recrutement au service militaire, il n’en demeure pas moins vrai de préciser qu’il n’y a pas, désormais, lieux de comparer les pratiques d’aujourd’hui avec les dérapages des années de plomb.

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