Retour sur les 100 premiers jours du gouvernement

Retour sur les 100 premiers jours du gouvernement

Une évaluation du gouvernement Benkirane s’impose, 100 jours après la désignation de ses membres le 3 janvier. Constitué dans un contexte international marqué par un Printemps arabe, suscitant un éveil populaire de plus en plus grand, le gouvernement mené par les islamistes du PJD a  fait, dès ses premiers débuts, l’objet de toutes les attentions. Il avait pour mission de relever les énormes défis auxquels est confrontée la société marocaine. Il devait se distinguer. Et en 100 jours, 2 Conseils des ministres, 13 Conseils de gouvernement, plusieurs sessions parlementaires, l’Exécutif ayant au centre de son programme la lutte contre la corruption, l’application démocratique de la Constitution, la garantie d’une vie décente pour tous… s’est effectivement distingué. On a eu droit aux annonces fracassantes : publication de la liste des bénéficiaires des agréments des transports, publication des associations, et organes de presse bénéficiaires de subventions… On a eu droit aux signaux forts telle la libération des détenus salafistes. Aussi des signaux forts de ministres parlant sans langue de bois, qui prennent le train, font leur cours et semblent faire partie du commun des mortels. On a eu droit à des annonces de plusieurs réformes menées par plusieurs ministres : justice (PJD), audiovisuel (PJD), enseignement (Istiqlal),  santé (PPS)… des chantiers qui méritent de l’attention et du temps. On a eu droit à des projets ambitieux tels que le Ramed. Des projets de loi importants, tel le projet de loi organique relatif aux nominations à la tête des établissements publics. Mais ce projet accordant au chef de gouvernement le pouvoir de nomination à certaines hautes fonctions a été par exemple critiqué par l’opposition, qualifié d’ambigu et consacrant une mauvaise interprétation de la Constitution. Interprétation qui, par ailleurs, selon Said Lakhal politologue, «n’instaurera pas une nouvelle phase dans l’application démocratique de la Constitution pour renforcer les pourvoirs de l’Exécutif». Ainsi entre autres, ces  mesures annoncées par le PJD comportant tantôt une dimension électoraliste (les élections communales s’approchent), tantôt un message pour rassurer leurs partenaires nationaux et internationaux ont été accompagnées par leur effet boomerang, leurs concessions, leurs polémiques, leurs ambigüités et paradoxes. Aujourd’hui, même s’il est difficile de parler en 100 jours des réalisations du gouvernement en 100 jours étant donné que la loi de Finances n’a pas encore été adoptée, on peut tout de même dégager  une ligne de conduite. Force est de constater que se trouve souvent sous les feux des projecteurs le PJD, mettant de l’ombre à ses alliés de la majorité gouvernementale (l’Istiqlal, le MP et le PPS), les prenant parfois en otage et menaçant la cohésion de la majorité. «La publication de la liste des agréments n’a pas été suivie de vraies mesures globales, audacieuses et combattant les vrais lobbys de l’économie de rente dans d’autres secteurs», a expliqué à ALM Said Lakhal, politologue. Et d’ajouter que c’est le combat contre l’économie de la rente et la corruption qui devait, selon le programme gouvernemental, offrir des ressources pour la création d’emploi et la résolution des problèmes sociaux. Aussi les vraies réformes du secteur du transport, notamment du code de la route et de l’amélioration des conditions de travail des chauffeurs se font toujours attendre. Pour les accords du dialogue social, c’est un projet hérité de l’ancien gouvernement. Egalement pour le Ramed, où il est en plus question d’un projet conduit par SM le Roi.  Toutefois, le gouvernement Benkirane a 5 ans devant lui pour accomplir sa mission. Nous verrons.

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