RNI : Largage en catimini

RNI : Largage en catimini

Ahmed Osman, président du RNI, est dans de mauvais draps. Il fait face actuellement à la plus importante fronde au sein de sa formation depuis le départ d’Abderrahmane El Kouhen, en 1999, et la création de son propre parti, le Parti de la réforme et du développement. Aujourd’hui, les mécontents sont clairs: ils n’ont pas l’intention de quitter le parti et encore moins de créer une nouvelle formation. Par contre, ce qu’ils reprochent à leur direction c’est d’avoir fait « trop » de concessions. « A tel point que le RNI a pris l’allure d’une vulgaire petite formation née à la veille d’un rendez-vous électoral ». Et pour cause, sur les neuf ministres et secrétaires d’Etat qui ont quitté le gouvernement Jettou I, quatre portent l’étiquette du RNI.
Il s’agit de Taieb Rhafès, Mohamed Aujjar, Najima Tay Tay et Najib Zerouali. Le RNI n’a eu droit en contre-partie qu’à trois autres postes: Mohamed Boussaïd, Salahedine Mezouar et Anis Pirou. Le problème est que ces trois membres du gouvernement Jettou II ne font pas partie des militants du RNI. Ils ont été recrutés en dehors des instances du parti. « Ce parachutage a été perçu comme une humiliation par l’ensemble des cadres du parti », affirme un responsable de la formation d’Ahmed Osman.
Désormais, les Rnistes n’ont pas l’intention de se laisser faire et comptent absolument à le montrer à qui de droit.
Mardi matin, quelques minutes avant l’annonce officielle de la nomination par SM Mohammed VI des nouveaux membres du gouvernement Jettou II, le comité exécutif du RNI s’est réuni au siège du parti à Rabat. Ahmed Osman était présent. « La quasi-totalité des membres du comité exécutif ont sévèrement critiqué l’attitude de la présidence », assure un responsable présent à la réunion. Les mécontents se sont demandés comment le président du RNI a accepté d’accréditer des ministres que les membres du parti n’ont jamais vus. Ne trouvant pas de mots pour apaiser la colère des protestataires, Ahmed Osman a préféré observer un long silence.
Hier, la grogne a doublé d’intensité. Le groupe parlementaire dans la Chambre des représentants s’est réuni à partir de 10 heures du matin. Cette réunion extraordinaire, présidée par le chef du groupe Mohamed Abbou (un cadre du parti auquel Osman avait promis un poste de ministre), n’avait qu’un seul point à l’ordre du jour: comment réagir à la nomination de trois ministres RNI, choisis hors des rangs des militants du parti ? L’accès à cette réunion, qui a duré de très longues heures, était réservé exclusivement aux députés. Ces derniers, qui étaient prêts à amorcer une escalade, ont sévèrement critiqué deux importants responsables du RNI: Mustapha Okacha, président de la Chambre des conseillers, et Mohamed Bentaleb, l’un des bras droits d’Ahmed Osman.
En fait, certains Rnistes ont estimé qu’Osman a été carrément piégé par ces deux hommes, qualifiés d’ailleurs « d’architectes de cette mascarade ».
Autre cible de la colère des députés Rnistes: Driss Jettou, en personne. Il est accusé de tous les maux. On lui reproche d’avoir évincé des ministres Rnistes « qui n’ont absolument pas démérité, en l’occurrence Mohamed Aujjar et Najib Zerouali ». En fait, ce dernier était chargé de préparer une réforme de la fonction publique. « Le projet était fin prêt depuis longtemps, mais Jettou, l’a gardé dans les tiroirs », souligne un membre du RNI. Aussi, les Rnistes reprochent à Jettou d’avoir fait pression sur la direction du RNI pour que les trois technocrates puissent porter la couleur du parti. « On ose parler de mise à niveau des partis politiques, alors que les instructions sont toujours de mise », déplorent des militants du parti. Trois options étaient proposées aux députés réunis hier. Premièrement, se diriger carrément vers la majorité. En d’autres termes, voter systématiquement contre les projets de lois déposés par le gouvernement. Deuxièmement, envoyer une lettre à SM le Roi dans laquelle ils expriment leur mécontentement à l’égard des agissements de Jettou. Enfin, ils pourraient se contenter d’organiser un sit-in devant le siège du parti (une montagne qui accouche d’une souris).
En fait, l’objectif n’est pas d’évincer Ahmed Osman, mais de mettre en place un système objectif et clair pour le choix des ministres. Les critères à prendre en considérations doivent être la compétence, certes, mais le militantisme aussi.

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