Robert : la stratégie du mensonge

Robert : la stratégie du mensonge

Lundi 8 septembre, le procès du Français Pierre Robert, alias Abou Abderrahmane, reprend sous une très haute surveillance policière dans la Chambre criminelle de la Cour d’appel de Rabat. Pierre Robert est poursuivi, aux côtés de 33 autres de ses complices, pour son implication présumée dans les attentats terroristes qui ont secoué Casablanca, le 16 mai dernier. Abou Abderrahmane est présenté comme l’émir de ce groupe. A l’entrée du tribunal, la police s’assure de l’identité de tout le monde. Les agents de sécurité notent les noms de tous les visiteurs. Tout le monde ne peut pas assister à ce procès. Seuls quelques membres des familles des prévenus, plusieurs journalistes et des agents des services de sécurité sont autorisés à traverser une deuxième barrière placée à l’entrée de la salle d’audience. Lundi matin, lors de son interrogatoire par le magistrat qui préside la séance, Pierre Robert annonce, contre toute attente, qu’il avait été recruté en 1998 par les services de renseignements français, en l’occurrence la Direction de la sécurité du territoire (DST) et la Direction générale de la surveillance extérieure (DGSE). Sa mission consistait à infiltrer les groupes islamistes maghrébins, essentiellement algériens, installés en France et en Belgique. Une tâche qu’il accepta volontiers. Pierre Robert a affirmé avoir rédigé plusieurs rapports sur les activités des mouvements islamistes maghrébins. Toujours selon les confessions d’Abou Abderrahmane, la DST et la DGSE lui auraient remis plusieurs sommes d’argent en contrepartie des enquêtes qu’il réalisait et des précieuses informations qu’elles comprenaient. Mensonge ou vérité? Seuls les prochains jours le prouveront. Certains pensent que cette histoire n’est autre qu’une stratégie de défense pour brouiller les pistes et partant, gagner du temps et la clémence des magistrats. D’autres observateurs pensent que même les avocats de Pierre Robert semblaient être surpris par les révélations de ce dernier. En tout cas, le ministère de l’Intérieur français n’a pas tardé à réagir aux allégations de Abou Abderrahmane. Dans une dépêche assez laconique de l’agence de presse AFP, les autorités françaises affirment « n’avoir jamais eu de contact » avec Robert Pierre. Juste après ces révélations fracassantes de ce dernier, le magistrat qui préside l’audience a suspendu la séance. Il était déjà 13 heures. Le procès a repris à 16 heures environ, le même jour. Première question du juge à l’adresse du prévenu français: « Etes-vous entré au Maroc dans le cadre de votre mission pour les services de renseignements français? ». C’est un « secret défense », rétorque Abou Abderrahmane, dans un ton quasi-militaire. Il semble avoir repris confiance. « J’aime le Maroc, mais mon amour pour la France passe avant tout », a ajouté Pierre Robert au juge. Ce n’est pas la première fois que cet inculpé fait parler de lui lors du procès. Il a déjà révoqué un avocat qui lui avait été commis d’office dans le cadre de l’assistance judiciaire. Abou Abderrahmmane a également nié en bloc, pratiquement toutes les charges retenues contre lui. Ainsi, il a rejeté l’accusation selon laquelle il aurait séjourné en Afghanistan. Il a pourtant affirmé avoir effectué des visites au Pakistan, en Iran et en Turquie. En outre, Pierre Robert n’a pas reconnu avoir poursuivi des entraînements sur le maniement des armes à feu ainsi que la préparation et l’usage des explosifs. Le prévenu, interpellé le 2 juin dernier et présenté devant le juge d’instruction le 10 du même mois, a également nié sa participation à la constitution d’une quelconque bande criminelle au Maroc. Toutefois, il confirme qu’il a déjà rencontré Mohamed Fizazi, lors de son installation à Tanger. Il entretenait avec ce dernier une relation qu’il a qualifiée de « normale ». Par ailleurs, Pierre Robert a déclaré au président de la séance qu’il a été victime de tortures lors de ses différents interrogatoires. A ce sujet, le ministre de la Justice marocain, Mohamed Bouzoubaâ, a affirmé dans un entretien accordé au journal français Le Parisien (dans son édition d’hier) que Pierre Robert n’a pas demandé d’expertise médicale, « ce qui semble indiquer qu’il n’a pas été torturé ». D’ailleurs, l’expertise médicale est un droit dont bénéficie tous les détenus au Maroc. Même les avocats de Pierre Robert ont affirmé que leur client n’a subi aucune forme de violence lors de sa détention.

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