Sahara : Chantage au patriotisme

Sahara : Chantage au patriotisme

Alors que des jeunes habitants des provinces du Sud organisaient des manifestations, des sit-in et que d’autres profitaient de l’occasion pour perpétrer des actes de vandalisme à Laâyoune et dans le camus universitaire de Rabat, une délégation composée des notables, des Chioukh et des élus de cette région du Royaume était reçue par le Premier ministre, Driss Jettou, à Rabat. C’était le vendredi 27 mai. La délégation, composée de plus d’une centaine de personnes, avait fait le tour des sièges des partis politiques nationaux où elle avait rencontré les leaders des formations. Une tournée qui a été couronnée par une réunion de travail avec le chef du gouvernement.     
Intervenant au lendemain du report du Sommet de l’UMA, qui devait avoir lieu à Tripoli, la réunion était l’occasion pour le chef de la Primature d’aborder les derniers développements concernant la question de l’intégrité territoriale du Maroc, notamment en ce qui concerne la position algérienne hostile à la cause nationale.
À cette occasion, le Premier ministre a exprimé le regret du gouvernement marocain quant aux dernières positions algériennes sur le Sahara marocain et a réaffirmé l’attachement du Royaume à la défense de la légitimité de la cause nationale dans les forums internationaux. Devant l’ensemble des élus et des notables des provinces sahariennes, il rappela les positions inébranlables du Maroc quant à sa souveraineté sur ses territoires du Sud. "Nous sommes, convaincus de la légitimité de notre droit et forts grâce à la conduite éclairée de SM le Roi Mohammed VI et à notre unanimité nationale autour de notre cause sacrée. Nous poursuivons notre processus de développement global dans cette partie du Royaume qui nous est très chère", a affirmé le Premier ministre.
Mais les notables de la région, qui se veulent aussi ses représentants, avaient d’autres préoccupations. Pour eux, les derniers développements aux niveaux national et international figurent au bas de l’échelle de leurs priorités. Certes, en prenant la parole devant le Premier ministre, la plupart d’entre eux ont commencé leurs interventions par une brève et timide condamnation de la position algérienne, mais la plus grande partie de leurs discours, ils l’ont consacrée à des questions d’ordre économique.   
Ainsi, l’essentiel de leurs interventions a été consacré à des demandes de privilèges économiques au profit des notables de la région. "Nous saluons les réalisations de développement dans nos provinces durant les dernières décennies, mais, nous vous appelons à accorder davantage d’intérêt à la situation sociale des habitants des régions que nous représentons", a dit l’un des intervenants, s’adressant au Premier ministre.
Répondant à cette vague de revendications, le chef du gouvernement  s’est engagé à examiner, dans les meilleurs délais, les différents points contenus dans les interventions de ces notables sahraouis.
Mais les membres de la délégation ne se sont pas contentés de l’engagement du Premier ministre et ont tenu à lui transmettre par écrit un mémorandum revendicatif qui regroupe l’ensemble de leurs requêtes. Dans ce mémorandum signé par "les représentants des provinces sahariennes réunis à Rabat", les signataires ont commencé par exprimer leurs "regrets quant à la situation dans nos provinces qui est devenue très préoccupante". Mais ils n’expliquent pas ce qu’ils désignent par "situation préoccupante". Se réfèrent-ils ainsi aux derniers événements de Laâyoune ?
En tout cas, ils passent directement au volet des revendications qui revêtent un air de chantage. "Monsieur, des sommes colossales ont été dépensées dans les provinces sahariennes, mais la situation a continué à se détériorer, le chômage s’aggrave de plus en plus et le taux de pauvreté augmente de plus en plus…Les plans de développements et les programmes des agences ne se sont pas répercutés sur la situation des citoyens car ils ont ignoré le fond du problème qu’est la situation de l’être humain, ce qui a permis l’apparition de certains phénomènes comme le séparatisme…et ce qui nécessite plus que jamais la mise en œuvre d’un nouveau programme qui permettrait de lutter contre ces phénomènes et de garantir au citoyen sahraoui de vivre dans la dignité et le bien-être", dit le mémorandum des notables. Ce programme dont ils parlent, ils ne veulent pas qu’il soit élaboré par le gouvernement. D’ailleurs, ils disent clairement qu’ils rejettent les plans et les programmes gouvernementaux. Ils ne veulent pas non plus qu’il soit élaboré en concertation entre eux et l’exécutif. Avant de se réunir avec le chef de la Primature, ils avaient déjà confectionné leur "plan de développement" qu’ils livrent au Premier ministre en laissant entendre qu’il s’agit d’un programme à prendre ou à laisser.
Les points essentiels du plan élaboré par lesdits notables se résument aux points suivants : mise en œuvre d’une véritable régionalisation, l’intégration des jeunes diplômés dans la gestion et les prises de décision dans les affaires locales, l’adoption d’une politique qui garantit la prospérité aux habitants de la région, l’intégration de la ville de Sidi Ifni dans les régions sahraouies, renforcer les pouvoirs des instances élues et limiter les abus des autorités de tutelle.
Réunies, ces revendications signifient que la délégation sahraouie était venue à Rabat non pas pour débattre avec les autorités centrales sur les moyens à même de résoudre certains problèmes de la région, mais pour dire au gouvernement qu’ils exigent des privilèges économiques et l’élargissement de leurs prérogatives au niveau local. Pour ce qui est des derniers événements qu’a connus Laâyoune, ils ont préféré ne pas faire de commentaires.

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