Saïd Elakhal : «Le danger réel d’Al Adl Wal Ihsane n’est pas encore pour demain»


ALM : Comment réagissez-vous à l’agression de cet avocat à Fès ?
Saïd Elakhal : Cet incident montre clairement qu’il existe une contradiction flagrante entre le discours d’Al Adl Wal Ihsane et sa pratique réelle. Contrairement à ce que ce mouvement prétend, il exerce la violence de la manière la plus atroce et inhumaine, et ce même à l’encontre de ses membres. Cette agression qui suscite l’indignation prouve également l’absence de démocratie à l’intérieur de ce mouvement, à partir du moment où on a interdit à cet avocat de démissionner. Mieux encore, Me Ghazi a été torturé. Les membres d’Al Adl lui ont imposé de collaborer avec eux pour accepter sa démission qui devait être rédigée par eux-mêmes. Al Adl n’est pas clémente à l’égard de ceux qui désobéissent à ses ordres. Il faut rappeler que cette agression n’est pas une première en son genre.

Que dites-vous à propos des structures organisationnelles d’Al Adl Wal Ihsane ?
Les rangs organisationnels d’Al Adl Wal Ihsane demeurent très forts pour plusieurs raisons. Tout d’abord, l’adhésion à ce mouvement n’est pas ouverte à tout le monde. Ainsi, parmi les principales conditions d’adhésion figure l’obligation de l’obéissance totale et aveugle au cheikh Yassine étant le guide spirituel de la Jamaâ. En plus, il existe une relation très solide entre tous les membres de ce mouvement et il y a une sorte de parrainage social très fort de tous les membres de ce mouvement au point qu’ils sentent qu’ils sont au sein de leurs familles. C’est ce qui fait que le démantèlement de ce mouvement reste difficile pour l’instant.

Quel est le danger que représente  Al Adl ?
Le danger réel d’Al Adl n’est pas encore pour demain. Ce mouvement ne va réellement agir que lorsqu’il verra ses rangs fortement consolidés. Les membres de ce mouvement attendent le jour où Al Adl deviendra une grande force difficile à maîtriser par l’Etat et l’armée. Selon l’idéologie de ce mouvement, Al Adl n’atteindra ses objectifs qu’après avoir franchi trois étapes. L’éducation, l’organisation et la conquête, c’est-à-dire le soulèvement contre le pouvoir à travers la désobéissance civile à l’image de la révolution d’Al Khoumeyni en Iran. Pour Al Adl Wal Ihsane, la démarche du PJD consistant à produire le changement de l’intérieur des institutions est une régression politique et la démarche de la Salafiya Jihadiya consistant en la confrontation de l’Etat en petit nombre est un suicide politique.

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