Saïd Jafri : «Les inconvénients de l’unité de la ville sont d’ordre politique»

Saïd Jafri : «Les inconvénients de l’unité de la ville sont d’ordre politique»


ALM : Quelle est l’utilité du système de l’unité de la ville ?
Saïd Jafri : La loi 00-78 du 3 octobre 2002 portant réforme de la Charte communale avait apporté plusieurs nouveautés pour l’organisation administrative au Maroc. Parmi ces nouveautés figure le système de l’unité de la ville. Il s’agit-là de l’un des points positifs apportés par cette loi. Le système de l’unité de la ville est intervenu spécialement pour mettre fin aux problèmes que connaissait la gestion des affaires locales. Il y avait en réalité une sorte de dispersion des moyens matériels et financiers des villes. On assistait également à un chaos en matière de gestion des affaires locales. Ceci était dû au fait qu’il y avait de multiples communes dans une seule ville. Par exemple, pour la ville de Casablanca, il y avait pas moins de 34 unités administratives. De ce fait, l’objectif de la rationalisation des ressources de la ville ne pouvait être atteint.

Quelle évaluation faites-vous de ce système huit ans après sa mise en œuvre ?
En fait, grâce à l’étape pour le moins que l’on puisse dire historique consistant à doter les villes d’un conseil de la ville, on a réussi à atteindre l’objectif de l’unification des potentialités financières, matérielles et humaines des villes. Ceci est fortement indispensable pour consacrer la décentralisation. Dans le cadre des nouvelles tendances en matière administrative, l’accent est mis davantage sur la nécessité d’avoir un seul manager. Ceci dit, un observateur objectif ne peut nier les points forts apportés par ce système durant les huit dernières années. Par exemple, pour la ville de Casablanca, le projet prometteur du tramway ne pourrait être mis en place sans le système de l’unité de la ville.

Quels sont les points faibles du système de l’unité de la ville ?
Les inconvénients de ce système sont essentiellement d’ordre politique. Je pointe du doigt dans ce cadre les partis politiques qui participent à la gestion des affaires locales dans les villes concernées par ce système. En fait, nous constatons que la formation des majorités pose de nombreuses difficultés pour l’unité de la ville. Il est clair aujourd’hui que les majorités chargées de gérer les villes ne sont pas homogènes. Ce que rapporte la presse quotidiennement à propos des problèmes que connaissent des villes comme Tanger dont le maire a démissionné en dit long à propos de ce constat. En plus, le citoyen est désormais conscient du rôle du Conseil de la ville, mais le problème se pose du côté des politiques. Ces derniers connaissent mal ce système et cela se répercute sur la gestion des affaires quotidienne des villes. Il faut donc que les dirigeants soient plus sensibilisés et qu’ils s’approprient ce système.

Quelle est la place de ce système dans le cadre du projet structurant de la régionalisation ?
Le système de l’unité de la ville met particulièrement l’accent sur l’unité, un principe fortement recommandé par SM le Roi et qui constitue l’un des piliers fondamentaux annoncé par le Souverain pour asseoir une réforme du système régional. Ainsi, le système de la ville rend un grand service à la régionalisation avancée. Il n’y a ainsi nullement contradiction entre les deux systèmes, mais une complémentarité efficace. Autrement dit, l’unité de la ville est en faveur de l’unité de la région, pièce maîtresse de l’unité de la Nation. C’est la raison pour laquelle que ce système doit être maintenu.

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