Said Lakhel : «L’accusé a été victime des doctrines takfiriste et jihadiste»

Said Lakhel : «L’accusé a été victime des doctrines takfiriste et jihadiste»

ALM : Quelle analyse faites-vous de l’après Argana ?
Said Lakhel : Ma principale remarque est sur le plan sécuritaire. Les autorités en charge de l’affaire sont parvenues à neutraliser les responsables de cet acte odieux en un temps record. Elles ont fait preuve de beaucoup de précision et d’expérience. Cela leur a évité toutes formes de suspicions ou d’accusations de la part des organisations des droits de l’Homme que ce soit au niveau national ou international. À mon avis, c’est ce qui a marqué le contexte actuel.

Quelle lecture faites-vous des derniers rebondissements dans cette affaire ?
Le dossier Argana est pour l’instant entre les mains de la justice marocaine. Il suit son parcours normal. Mais, ce qu’il y a à relever dans ce dossier, c’est bien l’attitude de l’accusé principal dans cette affaire. Le sang-froid de l’accusé, son insistance sur le caractère glorieux de son acte et le fait de faire des signes de victoire de la main sont des données intrigantes. Une personne accusée de meurtre devrait au moins ressentir de la peur, être tourmentée de remords ou encore être confuse, mais rien de tout cela. L’accusé principal dans l’affaire Argana est fier et heureux de ce qui est pour lui un acte de jihad. Si cela doit interpeller sur quelque chose, c’est bien sur le danger que représente les doctrines takfiriste et jihadiste. L’accusé a été victime de ces doctrines avant de se transformer lui-même en criminel sans scrupule. Il faut s’arrêter sur le danger et la dimension extraordinaire que peut prendre une simple idéologie. Dans ce sens, les organisations des droits de l’Homme devraient s’atteler à combattre ces idéologies et à revendiquer les mêmes sanctions pour l’exécutant et l’initiateur.

Les accusés dans l’affaire d’Argana sont désormais au nombre de huit. Peut-on donc maintenant parler d’une authentique cellule terroriste?
Évidemment qu’il s’agit d’une authentique cellule terroriste. À partir du moment où ces individus se sont organisés et échangés des informations, des expériences et des services, il s’agit bien d’une cellule. Elle comprend des techniciens, des exécutants et des décideurs. Ils étaient tous au courant de ce qui allait se passer et l’ont même initié chacun à sa façon.

La première piste dans l’affaire Argana avait été Al Qaida. Cette piste s’est-elle confirmée avec le temps?
Non, je ne crois pas. L’accusé a lui-même nié son appartenance au réseau d’Al Qaida. En plus, il n’y a aucune preuve à cela. À mon avis, si les accusés faisaient vraiment partie du réseau terroriste, ils n’auraient eu aucun mal à voyager pour rejoindre la cellule mère d’Al Qaida en Afghanistan.

Les familles de certaines victimes françaises veulent poursuivre en justice l’Etat marocain pour non protection aux touristes. Quelle lecture faites-vous de cela?
C’est tout bonnement impossible. L’Etat n’a rien avoir avec l’attentat d’Argana c’est d’ailleurs un acte illégal au Maroc. Il est vrai que l’Etat doit assurer la sécurité aux citoyens et visiteurs, mais il n’est pas censé anticiper toutes les illégalités commises sur sont territoire. Les actes terroristes ne sont pas l’apanage du Maroc et la France en a connu aussi. Dans cette logique, les pays n’en finiraient pas des poursuites judiciaires. Ces familles devraient plutôt remercier l’Etat marocain pour son efficience dans le traitement de l’affaire Argana, comme l’a précédemment fait le président français, Nicolas Sarkozy.

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *