Samir, panne de bon sens

Le pire a été évité grâce à la mobilisation intense des services de la gendarmerie, des unités de la protection civile et des brigades de l’armée. Il convient de saluer leur travail qui a permis de venir à bout d’un danger imminent, l’explosion de la Samir. Mais le succès de l’opération de sauvetage n’efface pas pour autant la réalité amère d’une ville meurtrie.
L’incendie qui a ravagé la raffinerie Samir a fait ouvrir les yeux sur l’extrême vulnérabilité de Mohammedia. Une cité qui a longtemps cohabité avec des industries à haut risque qui y sont implantées les unes à côté des autres : Une raffinerie de pétrole (Samir), une usine de pétrochimie (la Snep), des bacs de stockage des hydrocarbures et une centrale thermique de l’ONE.
Ajoutez à cela les matières inflammables comme l’éthyléne entreposées dans le port qui n’est pas loin… Avec une telle concentration de produits hautement dangereux dans une même zone, c’est un drôle de feu d’artifice qui risquerait de se produire… il y a là de quoi faire sauter Mohammedia et même au-delà. Casablanca serait également touchée. Comment a-t-on pu tolérer la coexistence d’éléments aussi dangereux au coeur d’un milieu urbain de près de 600.000 habitants ? Les pouvoirs publics penseraient-ils que les ravages du feu n’arrivent qu’aux autres ? Si ce n’est pas de l’irresponsabilité, cela y ressemble beaucoup. Maintenant que le pire a été évité, il ne faut pas seulement croiser les doigts. Il faut entreprendre sans tarder une autre action salvatrice : délocaliser ces activités extrêmement menaçantes.
À croire que la mémoire des gouvernants est sélective ne retenant que les événements heureux. Car il y a une quinzaine d’années, la même Samir, qui n’était pas encore privatisée, a subi un incendie dangereux qui s’est soldé par quelques pertes humaines et des dégâts matériels importants.
Prenant alors conscience de l’ampleur du péril et de l’insuffisance des moyens de la protection civile locale, les pouvoirs publics avaient décidé dans la foulée de mettre la caserne des sapeurs-pompiers sous commandement militaire avec un dispositif plus conséquent de lutte contre les incendies. Cette belle intention n’a jamais été concrétisée. Croyez-vous que La Samir est outillée, en hommes et en équipements, pour prévenir des feux potentiels ? Que nenni. Les éléments de la protection civile et les brigades spécialisés des FAR qui étaient au coeur de la fournaise Samirienne sont intervenus avec leurs propre logistique. Les responsables de la société sinistrée étaient bien sûr sur les lieux. Mais ils n’ont même pas daigné (ou su) répondre aux questions précises des hommes du général Housni Benslimane sur les scénarii-catastrophe à prévoir.
Exemple : en cas de mélange des différents produits stockés (propane, gaz, essence…), quelle réaction chimique en serait issue ? Il s’agissait de connaître à l’avance les précautions à prendre comme l’évacuation de la population en cas d’émanation de gaz toxiques. D’ailleurs, les FAR ont anticipé sur le danger en mettant en place, à l’entrée de Mohammedia Ouest, un gigantesque hôpital de campagne pour le tri des différents blessés. Au cas où… Les équipes de la Samir étaient out…
L’incendie fut déclaré dans deux bacs ( la Samir en compte une centaine) contenant l’un du propane et l’autre de l’essence super. Du côté de la direction de La Samir, on explique que le feu s’est déclenché à cause du contact de l’eau (mâtiné avec un produit pétrolier) avec la centrale thermo-électrique de la raffinerie. Pas besoin d’être un grand expert scientifique pour prévenir ce danger potentiel…Pourquoi la Samir n’a pas agi en conséquence d’autant plus que les services de la météo nationale ont, semble-t-il, adressé, dix jours avant la catastrophe du 25 novembre, un bulletin d’alerte précis à la direction de la société sur les risques encourus ? Une autre alerte a été donnée concernant un problème sur le pipe-line reliant la Samir à la SCP de Sidi Kacem. Il s’agit d’une fuite de gaz sur le canal transitant par Skhirat où un feu s’est déclaré mardi 26 novembre. Heureusement, il a été vite maîtrisé. “ Cela fait beaucoup, note un habitant de Mohammedia. La Samir est devenu un État dans l’État.
Une pompe à fric où la sécurité a très peu de place“. Il convient maintenant d’en tirer les conclusions qui s’imposent.

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