Santé : Les pauvres sacrifiés

Le brouhaha provoqué devant les services d’urgence de l’hôpital public s’entendent à une centaine de mètres à la ronde.
Un jeune maintenant son avant-bras tailladé se vidait de son sang en injuriant les vigiles et le personnel médical qui refusait de s’occuper de son cas. La raison: il n’a pas de quoi payer les soins dont il a besoin. Les responsables des hôpitaux sont stricts quant aux consignes données par le ministère de tutelle. Pas d’argent, pas de soins et que vous creviez sur place. La révolte du jeune homme blessé a failli provoquer une crise entre des infirmiers qui étaient prêts à lui administrer des soins quitte à lui faire payer par la suite ou encore garder sa carte d’identité nationale d’un côté et d’autres infirmiers qui ne voulaient rien entendre se pliant ainsi aux directives du ministère de la Santé publique. L’agent de police en fonction à l’hôpital fut obligé d’intervenir et maîtriser le jeune homme. Ce n’est qu’un aperçu vivant, et il y en a de plus en plus au fil des jours, des retombées de la décision gouvernementale d’augmenter les tarifs des soins. Devant le pavillon de la maternité, plus d’une quinzaine de femmes enceintes erraient désarçonnées entre les bancs de ciment et le gazon, attendant qu’on les écoute. Certaines d’entre elles se sont vues refuser leurs certificats d’indigence délivrés pourtant par les autorités compétentes, signés et validés. Le certificat en question ne couvre que 50 % des frais de soins. Sous la pression et les rouspétances des malades démunis, le personnel de l’hôpital est devenu encore plus aimable que d’habitude. Comme une porte de prison. Ce qui rend l’atmosphère plus tendue. Les gens maudissaient à haute voix «ceux qui sont derrière cette situation». A l’hôpital Moulay Youssef à Casablanca, la direction affiche une note de service exigeant textuellement 50 % à tout ce qui se rapporte aux soins (Endoscopie, scanner, rééducation, etc). Le personnel n’a qu’une seule réplique vis-à-vis des visiteurs : nous ne faisons qu’appliquer «la loi» !! Mais le directeur de ce même hôpital a déclaré, lors du journal télévisé de la mi-journée de la 2ème chaîne nationale, mercredi dernier, que les certificats d’indigence dispensaient leurs bénéficiaires de tout payement.
Qui croira-t-on ? Toujours est-il que le citoyen continue d’en pâtir de cette lourdeur gouvernementale avec ses oeillères et ses règlements ubuesques. Du coup, le poids retombe sur les responsables des arrondissements qui délivrent les certificats d’indigence en se basant sur la situation matérielle du citoyen dont les services de l’arrondissement connaissent l’état. Un manque de confiance ? Certainement, puisque certains infirmiers prétendent que tous les certificats d’indigence ne sont pas justifiables. Mais si c’était le cas, les ministères de tutelle pourraient trancher rapidement en mettant une procédure qui détermine exactement les conditions de délivrance des certificats d’indigence, car il semble que cela n’a rien de sérieux.
Et pourquoi les services de la santé publique n’ont pas reçu de consignes de malléabilité et de souplesse selon la gravité et l’urgence des cas ? Se dirige-t-on vers une privatisation du secteur à l’insu et au détriment du citoyen pauvre ? La santé est-elle une fin pour les uns et un moyen pour les autres? Les gens commencent à reposer des questions et à démontrer une certaine nervosité qui précède en principe la grande colère. La situation n’est pas loin de l’émeute. D’un autre côté, il est vrai que les hôpitaux publics sont tellement déficitaires qu’ils ne tournent presque plus, devant le manque effroyable de moyens et de matériel.
Avec un budget dérisoire réservé à ce secteur, il n’y a pas lieu d’en vouloir au personnel médical. Il n’en demeure pas moins que les pauvres citoyens ne doivent pas payer les déficits, tout simplement parce qu’ils en sont incapables. Il faut signaler que les gens espèrent qu’il s’agit d’une erreur rectifiable, car dans le cas contraire c’est une vraie crise qui aura lieu devant tous les établissements sanitaires de l’Etat. Que fait le ministre de la santé entre temps ? Il prépare la première campagne nationale de communication sociale de lutte contre le Sida !!! A noter que la phrase est axée sur le mot «social».
Le vrai «social» ne trouve même pas de quoi se recoudre un bras profondément tailladé suite à une bagarre de bon voisinage dans un marché ambulant, ou entre deux membres de familles locataires de chambres. Le pire des traumatismes, c’est de se voir refuser des soins urgents, même sous la force d’une loi inutile, car les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires. Dixit Montesquieu.

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