Se dirige-t-on vers un reflux de l’intégrisme au Maroc ?

Se dirige-t-on vers un reflux de l’intégrisme au Maroc ?

Comment se porte l’intégrisme au Maroc après les dix ans de règne de SM le Roi Mohammed VI ? Difficile d’avancer une réponse précise sur l’évolution de ce mouvement qui accompagne le développement de la société marocaine. Le Royaume a connu plusieurs événements marquants en mesure d’évaluer ce phénomène. «Durant la dernière décennie, l’intégrisme au Maroc a été marqué par trois évènements majeurs. Il y a eu tout d’abord la normalisation du PJD dans le champ politique. Cette tendance est perceptible à travers les différents scrutins. Par ailleurs, il faut relever une marginalisation croissante ou un isolement persistant de Al Adl wal Ihssane. Le mouvement de Cheikh Yassine n’a plus le poids politique qu’il avait auparavant. Enfin, il faut relever la question du terrorisme. Le Maroc a été touché par la vague du terrorisme et plusieurs tentatives d’attentats ont été avortées. Dans les affaires de terrorismes, certains réseaux tel que celui de Belliraj ont réapparu de manière assez inattendue», affirme Youssef Belal, professeur de sociologie politique et de relations internationales à l’Université Mohammed V de Rabat. La lutte contre l’intégrisme demeure une priorité au Maroc. La réforme du champ religieux figure parmi les initiatives pertinentes prises par le Souverain. Recensement des mosquées, fermeture des lieux de culte non autorisés, création d’une école d’imams et des femmes capables d’encadrer la communauté des croyants figurent parmi les principales mesures de cette réforme.
Dans le souci de préserver le référentiel religieux du Maroc basé sur la modération, la tolérance est de se prémunir contre les tentations de l’extrémisme, le Royaume s’est basé dans sa démarche de rénovation du champ religieux sur une stratégie intégrée, globale et multidimensionnelle, intégrant trois volets: l’institutionnel, l’encadrement et l’éducation islamique authentique. L’aspect institutionnel a concerné  la restructuration du ministère des Habous et des Affaires islamiques, avec la création par dahir de plusieurs directions chargées de l’enseignement originel, des mosquées, des affaires islamiques, outre la nomination de délégués régionaux du ministère. Les réformes institutionnelles se sont traduites par l’amélioration de l’encadrement religieux, à travers notamment la refonte des structures du Conseil supérieur des ouléma. Il faut aussi relever la réforme de «la Ligue Mohammédia des ouléma du Maroc»  qui est désormais une institution opérant en interaction avec les Conseils des ouléma, pour tout ce qui a trait à la gestion de la chose religieuse. Pour ce qui est du troisième volet, celui-ci a  concerné l’éducation islamique inspirée des préceptes magnanimes de la religion musulmane. À la question de savoir si cette réforme a eu un impact sur l’intégrisme, M. Belal reconnaît qu’il est encore trop tôt pour effectuer une évaluation. «Il est difficile de dresser un bilan à ce stade. Il y a  encore beaucoup trop de contrastes. Nous sommes encore très loin de certains pays telles que la Turquie où il y a  une réelle tolérance par rapport aux rites religieux et où il n’y a pas une pesanteur du contrôle social. Une réforme plus profonde s’impose», souligne M. Belal. Quant aux facteurs qui expliquent l’intégrisme au Maroc, ceux-ci sont multiples. «Parmi les facteurs, il y a l’aspect historique. Les courants d’idées qui se sont développés en Egypte et en Iran ont eu un impact sur l’intégrisme au Maroc. La pauvreté est aussi un facteur qui a contribué au développement de ce phénomène. Mais il ne constitue pas un facteur déterminant. La société marocaine est en pleine mutation. Nous sommes passés d’une société conservatrice à une société plus ouverte, moderne où les femmes sont plus instruites, elles ont accès au travail… Tous ces changements ont fait que les mécanismes de solidarité se sont effrités. L’intégrisme tente précisément de créer à nouveau ces mécanismes. Il faut relever que plus on est dans une société libre, multiculturelle et plus la société est armée contre l’intégrisme», explique M. Belal. Selon ce professeur universitaire, le véritable problème qui se pose aujourd’hui est le risque de « contre-société». «Les Salafistes ou encore des partisans de Cheikh Maghraoui peuvent constituer un risque pour la société marocaine. Ces derniers ont une image rétrograde de la femme». Et de poursuivre : « Le Maroc n’est pas à l’abri du terrorisme. Le risque est toujours persistant. Dans l’ensemble, le terrorisme n’a pas eu l’ampleur qu’il avait eue après le 11 septembre».

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