Séquestrés de Tindouf : La fin du calvaire ?

La dernière visite de James Baker dans la région du Maghreb, dans le cadre de sa mission de représentant personnel du secrétaire général des Nations unies au Sahara, aura au moins permis de dépoussiérer le dossier des prisonniers marocains à Tindouf.
M. Baker ne peut admettre qu’un calvaire puisse durer alors que l’on parle de tentative de règlement pacifique de la question. Il n’est pas exclu que le représentant onusien ait abordé cet épineux problème avec les dirigeants algériens et à leur tête le Président Bouteflika, sachant pertinemment que le lieu de leur détention est sur le sol algérien.
L’association des familles des martyrs, des disparus, des prisonniers et des détenus libérés, qui n’arrête pas de crier son indignation, quant au silence qui dure et au clavaire qui perdure, compte organiser, après-demain mercredi à partir de 17 heures, une manifestation devant le Parlement suivie d’une conférence de presse au siège du Syndicat national de la presse marocaine.
Ce regain d’intérêt pour les prisonniers de guerre marocains ne doit pas être épisodique et ne doit pas non plus être une affaire de conjoncture. Cela fait plus d’un quart de siècle que des militaires et des civils marocains ainsi que leurs familles endurent ce calvaire. Ils sont actuellement 1262 personnes encore séquestrées, selon les chiffres de l’association des familles des séquestrés de Tindouf. Ce chiffre est recoupé auprès du représentant au Maroc du HCR et militant actif de longue date pour la libération des prisonniers de Tindouf, Mohamed Mjid. « Nous avons pu libérer 290 en trois groupes: 80 pour le premier, 100 pour le deuxième et 110 pour le troisième. Les membres du HCR, qui ont pu visiter les lieux de détention à Tindouf, les considèrent comme les plus inhospitaliers au monde. Il fait plus de 30° à l’ombre à 5h du matin, racontent-ils », nous dit M. Mjid. La mobilisation actuelle coïncide avec deux actions européennes à relever. La première concerne la constitution d’une commission au niveau du Conseil de l’Europe. Une commission sous l’impulsion de la diplomatie française et dont le but est d’inciter la communauté internationale à oeuvrer pour la libération des prisonniers marocains. Il s’agit d’une commission consultative qui proposera éventuellement des actions à mener pour atteindre son objectif. Des pressions sur l’Algérie ou toute autre partie qui ne veut pas accélérer ce processus sont envisagées.
La deuxième initiative est la mise en place d’une commission au niveau du Parlement européen. Elle est composée de dix sept députés dont la plupart sont des personnalités de renom. Il s’agit, entre autres, du général Philippe Morillon, ancien commandant des forces de l’ONU en Bosnie, Michel Rocard, ancien Premier ministre français, Mario Soarès, ancien Président portugais, Ema Bonino, ancien commissaire européen, Catherine Lalumière… Cette commission veut agir pour que la libération des prisonniers de Tindouf ne soit plus liée au processus politique en cours. Elle n’est pas tributaire de la proposition de M. Baker. Qu’elle prenne forme ou non, les séquestrés doivent être libérés et l’initiative Passeport pour la liberté, lancée par cette commission, s’inscrit dans ce sens. Cette tentative, qui reproduit des initiatives similaires ayant permis la libération de détenus politiques de par le monde, veut que la libération des prisonniers marocains ne fasse l’objet d’aucun chantage. Et que l’Algérie respecte ses engagements internationaux.
En effet, depuis la signature des accords de 1991 sur le processus de règlement référendaire au Sahara, les prisonniers devraient être déjà mis en liberté. C’est dans ce cadre que l’Algérie est considérée comme défaillante vis-à-vis des Nations unies en ce domaine. Elle ne respecte pas la convention de Genève de 1949 sur les prisonniers de guerre.
Selon un rapport de l’association des familles des disparus, les prisonniers marocains aux camps de Tindouf et aux geôles algériennes sont sujets à des violations sadiques et barbares de la part des dirigeants militaires algériens et des sbires séparatistes. De telles violations ne peuvent être qualifiées que de crime contre l’humanité.
Le nombre de détenus a dépassé le seuil de 2000. 803 d’entre eux ont été libérés, par étapes, par le biais du croissant rouge et par des médiations internationales. Il en reste encore 1261 détenus, parmi lesquels 815 ont dépassé plus de vingt ans d’emprisonnement. Le plus ancien détenu à fait 27 ans d’incarcération. Selon le rapport, il y a 16 officiers dont deux médecins militaires, 13 pilotes et 1216 soldats appartenant aux forces armées royales, à la gendarmerie royale et aux forces auxiliaires. Alors que les civils sont au nombre de 16, dont un médecin.
De l’avis général, il s’agit d’un cas unique au monde. Jamais détenu ou prisonnier de guerre n’a subi un sort pareil. Et il est temps plus que jamais de se mobiliser pour libérer les séquestrés de Tindouf. Les plus vieux prisonniers du monde. La conjoncture est propice aujourd’hui plus que par le passé.

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