Sida : Les femmes marocaines surexposées

Sida : Les femmes marocaines surexposées

Battues, violentées, analphabètes, ignorantes, dans la plupart des cas, des risques qu’elles encourent, les femmes sont des victimes prévisibles du sida. C’est le triste tableau que brosse l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre le sida, fêtée mercredi dernier. Au Maroc, les chiffres sont effrayants. Aujourd’hui, une personne sur trois atteintes d’infection à VIH est une femme. Il y a dix années, les femmes représentaient uniquement le septième des personnes porteuses de ce virus.
L’épidémie progresse et c’est le moins que l’on puisse dire. Selon des chiffres fournis par la division d’épidémiologie et de lutte contre les maladies au sein du ministère de la Santé, sur les 1507 cas de sida déclarés au 30 septembre 2004, 38 % sont des femmes. Le tiers des personnes porteuses du virus, estimées entre 15.000 et 20.000, sont également de sexe féminin. Des personnes qui pourraient être, toujours selon la même source, à l’origine de 2000 à 2500 nouvelles infections par an. Au Maghreb, les chiffres, du moins ceux portant sur les cas de sida déclarés, ne sont pas aussi alarmants que dans notre pays. Mais toujours est-il que cette infection sexuellement transmissible gagne rapidement du terrain. Et ce sont les femmes qui risquent de payer le plus lourd tribut. En 2001, la proportion des femmes parmi les nouveaux cas de sida était presque égale à celle de la gent masculine avec un sex-ratio proche de 1. Beaucoup d’entre elles ont contracté le virus après un rapport sexuel non protégé avec un partenaire atteint, leur mari dans la grande majorité des cas. Si en Afrique subsaharienne par exemple, une femme séropositive sur deux a contracté le virus en remplissant ses devoirs conjugaux, dans notre pays, 65% des femmes suivies pour infection au VIH ont été contaminées par leur mari et celles-ci étaient probablement vierges au mariage. Parmi elles, 64 % sont sans profession (contre 43 % d’hommes), elles sont en moyenne plus jeunes de 10 ans par rapport aux hommes.
Les rapports hétérosexuels représentent donc le mode de transmission qui est à l’origine de la souffrance de ces femmes qui vivent au quotidien avec un virus qui ronge non seulement leur corps, mais toute leur vie.
Les raisons de cette sur-exposition féminine sont nombreuses. En premier lieu arrive des considérations d’ordre biologique. Les femmes, en raison de leur anatomie, sont nettement plus exposées que les hommes. C’est un fait que de nombreuses études européennes et américaines faites à ce sujet ont clairement démontré. Viennent par la suite des raisons sociologiques. Les femmes ont beaucoup plus de mal que les hommes à avoir accès à l’information les prévenant des risques qu’elles courent.
L’analphabétisme est donc pour beaucoup dans la propagation de ce fléau au milieu des Marocaines. 57 % sont analphabètes. Un autre critère entre également en jeu. Il est d’ordre sociologique et se rapporte à la perception des deux sexes des rapports intimes. Il demeure encore très difficile pour une femme au Maroc d’exiger de son partenaire d’utiliser un préservatif. Pour faire face à cette situation, contre laquelle les associations et organisation de lutte contre le sida ne cessent de tirer la sonnette d’alarme, plusieurs actions ont été entreprises. La plupart d’entre elles visent essentiellement à sensibiliser le plus grand nombre de femmes aux moyens de préventions. En outre, un système de surveillance, basé sur les femmes enceintes et les malades en consultation dans les dispensaires pour des infections sexuellement transmissibles en général, s’intéresse depuis 2003 à l’infection au VIH. Les pensionnaires des différents centres pénitentiaires à travers le Maroc ne sont pas exclues de cette surveillance.
La situation au Maroc, certes critiques, reflète un sombre tableau vécu à l’international. Sur les 39,4 millions d’adultes séropositifs ou malades du sida de par le monde, près de la moitié sont des femmes, indique le rapport annuel de l’Onusida, le Programme commun des Nations unies sur le VIH/Sida. La situation est d’autant plus critique que 90 % des femmes porteuses du VIH vivent dans un pays en voie de développement, la majorité sont africaines et ont entre 15 et 35 ans.

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