Sidi Rahal : Des escrocs en action

Sidi Rahal : Des escrocs en action

S’il y a une commune qui a battu tous les records et à tous les niveaux, c’est bel et bien celle de Sidi Rahal. Animé en été, paisible hors saison estivale, ce territoire est l’illustration parfaite du système politique-économique mis en place sous l’ancien système. Un des fiefs des partis récupérés par l’ex-homme fort de l’Etat marocain, Sidi Rahal a toujours été victime des jeux de pouvoir. Des scandales par-ci et par-là. Le tout dans un silence de cimetière. À Sidi Rahal, toutes les affaires sont obscures à l’image du scandale Slimani-Laâfora.
Au centre des accusations : la commune. Créée en 1992 suite au découpage administratif de la même année, la commune de Sidi Rahal s’est transformée, au fil des années, en un club d’affaires : passation, sous le manteau, de marchés publics et privés, expropriations en série, occupation illégale de terrains, arnaques et escroqueries et la liste est longue. Selon une source proche du dossier, témoignant sous couvert de l’anonymat, les présidents qui se sont succédé à la tête de la commune en question y sont pour beaucoup. Les élus aussi. Comment se fait-il qu’une région riche en terres agricoles, ressources halieutiques et humaines, en atouts touristiques, soit si pauvre en infrastructures et espaces culturels, sportifs et éducatifs ? Selon un élu local, c’est la commune qui est responsable de ce désastre.
Tout a commencé à la fin des années 90, quand Mohamed Hassini, sans appartenance politique à l’époque, fut élu président de la commune. Sollicité de partout, ce dernier n’a pas mis longtemps à retourner sa veste et porter la couleur du PSD d’Issa Ouardighi auquel il est toujours fidèle. Tout se passait bien pour ce président qui a réussi à rassembler 4000 voix lors des dernières élections législatives, jusqu’au jour où une affaire éclatera en faisant l’effet d’une bombe. Le président de la commune n’avait pas le certificat d’études primaires (CM2).
Comme par hasard, certains élus, qui le détestent cordialement, se sont rendus subitement compte que Hassini ne remplissait pas les conditions définies par la nouvelle charte communale pour présider aux destinées de cette commune. « Ladite charte stipule que le président et ses délégués doivent avoir au moins le niveau de fin d’études primaires niveau qu’il n’a pas », a expliqué notre source. Pis encore, le certificat présenté lors de sa candidature était falsifié.
L’affaire sera portée devant le tribunal administratif de Casablanca pour faux et usage de faux puis devant la Cour suprême. Le verdict tombe, le président indélicat est destitué de ses fonctions.
Soulagement à Sidi Rahal dont les édiles, qui ont cru que la mise à l’écart de l’accusé allait ouvrir une nouvelle ère de changement au niveau local, ont dû vite déchanter.
C’était sans compter avec la détermination de l’ex-président déchu qui reviendra dans le jeu local sous les habits de vice-président mais tout en se comportant comme s’il était un président qui aux pleins pouvoirs. En dépit des plaintes déposées contre lui depuis son premier mandat, M. Hassini aurait continué à défier tout le monde, transformant les espaces verts en chantiers de constructions. «Le comble dans toute cette histoire c’est que ladite commune est allée jusqu’à défier certains ministères sur leurs propres terrains», indique un élu. Avant d’ajouter : «la commune a transformé trois espaces verts de 50 lots, dont la superficie se situe entre 200 et 250 m2, en zone villas ».
Un projet qui, selon notre interlocuteur aurait vu le jour à l’insu du conseil communal de la province. Profitant de la ruée des investisseurs, dont une bonne partie est constituée de RME, la commune a cédé les terrains pour un prix de 1000 DH le m2, soit le triple du prix fixé au départ. «À voir la liste des bénéficiaires de cette tranche, force est de constater que plus de 20 personnes n’ont pas payé un seul centime», conclut un élu de l’opposition. On accuse M. Hassini d’avoir organisé la passation des marchés publics dans conditions, pour le moins que l’on puisse dire, sujettes à caution. Exemple: le chantier confié, en 2003, à une société du BTP pour la construction de routes et des voiries. Coût de l’opération : 70 millions de DH. Six mois après la fin des travaux, le constat est le même : inondations, voirie défaillante, sans oublier le problème du ramassage des ordures alors que les propriétaires de villas, contribuables potentiels pour la commune, payent la taxe d’édilité. Selon les détracteurs de l’ex-président, les pratiques abusives de la commune ne se sont pas limitées aux terres makhzéniennes, elles se sont entendues jusqu’au domaine de ce qu’on appelle communément les «Chorfa», terres agricoles d’une superficie de 470 hectares placées sous la tutelle du ministère des Habous et des Affaires islamiques. Terres sur lesquelles ont poussé, comme des champignons, des habitations insalubres.
Dans une lettre adressée, en octobre 2004, au président de la commune de Sidi Rahal, et dont ALM a pu se procurer une copie, un des héritiers des terres «Chorfa», Azeddine Rouissi, avait demandé à ce dernier de cesser toutes formes de construction sur ce terrain tant qu’il est litigieux. Mais la commune, selon toute vraisemblance, n’a rien voulu savoir, autorisant certains promoteurs à construire des lotissements avec l’accord de l’Agence Urbaine. «Le problème c’est que dans ces lotissements, il n’y a ni eau ni électricité», tient à souligner un habitant. Même le domaine forestier n’a pas été épargné. Et c’est là où la bataille bat son plein entre le ministère de tutelle qui veut récupérer ses terres et la commune, qui veut se les approprier. On raconte aussi que la commune aurait loué un terrain de 1000 m2 à un proche d’un responsable d’autorité de premier plan, gérant du restaurant du Golf de Settat, pour la construction d’un restaurant-bar avec une autorisation provisoire de trois mois. «Au début, Hassini était contre ce projet, mais, à force de pressions, il a fini par céder», confie-t-on . À Sidi Rahal, tout le monde ne parle que des manigances de la commune.
Pour les trois tranches construites au détriment de l’espace vert, les propriétaires n’ont pas encore obtenu leurs titres fonciers. Sur une centaine de maisons, et à en croire le président de la commune, Mohamed Miftah, une centaine vont recevoir leurs titres.
«La commune a réglé uniquement le problème de la troisième tranche»,fait-il remarquer. Pour le reste, ils sont des MRE pour la plupart. Las d’attendre, ces derniers auraient sollicité, il y a deux ans environ , une réunion avec le wali, Omar Hadrami, au cours de laquelle ils avaient abordé ce problème. Sensibilisé, ce dernier leur aurait promis de débloquer la situation dans les plus brefs délais. Mais rien n’a été fait jusqu’à aujourd’hui.
Certaines victimes , ne sachant sur quel pied danser, onteu recours à la Fondation Hassan II. «Les responsables de la Fondation nous ont assuré que le problème serait bientôt résolu», a déclaré Abdelhamid Nasser Eddine, un ressortissant marocain résidant en Angleterre. Récemment, une commission d’enquête du ministère de l’Intérieur s’est rendue à Sidi Rahal.
Si le département de tutelle a fini par bouger, c’est parce que la situation était devenue urgente. Devant la montée en puissance de la société civile, entre autres, l’association «Alternatives», et pour apaiser les tensions, les autorités locales ont sorti des placards un plan de réhabilitation de cinq douars, dont un qui porte le nom d’un ex-coopérant français et qui compte 300 bidonvilles. Ce projet ambitieux, soutenu par le ministère de l’Habitat n’a pas séduit la population locale. «Le ministère de l’Habitat, qui devait débloquer un budget de 150.000.000 de DH, s’est, finalement, retiré. Car c’est un projet dont les chantiers se situent sur le territoire du ministère des Habous et des Affaires islamiques», a expliqué une source digne de foi.
Depuis que Sidi Rahal relève de la préfecture de Settat, les scandales politico-financiers se multiplient à l’envi. Pendant plus de dix ans, cette petite commune, la seule présidée par le PSD grâce à ses 18 voix, a été la vache à lait d’un grand nombre d’élus. Et ce dans l’impunité la plus totale.

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