Silence complice

Le scandale couvait et on le savait. Al Najat n’a jamais été une société à même de permettre à des milliers de personnes de trouver un emploi. Et pas n’importe quel emploi. Elle a sévi au Pakistan, au Kenya et en Syrie, et sa dernière victime était le Maroc. Et bien avant que son opération d’arnaque ne démarre chez nous, les scandales kenyan et pakistanais puis syrien étaient déjà connus. Des sanctions contre des ministres et autres responsables ont été prises et la justice s’est saisie des dossiers.
Au Maroc, ce n’était pas le cas. Pire, c’est l’Anapec, agence nationale spécialisée, dont la tutelle est assurée par le ministère de l’Emploi, qui s’est portée garante de l’opération. Garante en ce sens que c’est chez cette agence et ses bureaux à travers le Royaume, que les opérations d’inscription et de dépôt de dossiers étaient effectués… Son directeur général, Chafiq Rached, a effectué le déplacement aux émirats arabes unis, au siège d’Al Najat pour avoir la certitude de la réussite de l’opération. Trente mille marocains au départ, puis le quota a été revu à la hausse. Les Marocains étant plus coopératifs que les autres. Plutôt plus facile à arnaquer surtout quand on sait que les bureaux d’Al Najat c’est à peine un minuscule deux pièces dans un petit centre d’affaires à Dubai.
Les sorties de l’ancien ministre de l’Emploi pour calmer les esprits ou s’attaquer à ceux qui ont tiré la sonnette d’alarme ont ravivé des espoirs qui se trouvent actuellement anéantis. Parce que justement le gouvernement et l’Anapec ont admis qu’il s’agissait d’arnaque.
M. Rached a été convoqué devant la police, puis rien. Abbas El Fassi, l’ex-ministre de l’Emploi a été maintenu dans le gouvernement Jettou. Comme quoi l’arnaque n’a été que pour les chercheurs d’emploi. Pire, le conseil d’administration de l’agence, tenu dernièrement sous la présidence du Premier ministre, n’a pas pris les mesures attendues, à savoir le limogeage du directeur général au moins. Il n’en a rien été et des membres du conseil considèrent cette donne comme un mauvais signe.
Il est vrai aussi que le ministre Moulay M’Hamed Khalifa a défendu Rached en tentant de lui trouver des circonstances atténuantes. Il ne pouvait pas en être autrement. C’est juste une affaire de temps. “Autrement, c’est la crédibilité du gouvernement qui serait en jeu“, déclare un participant.
Avec celui du mercredi 18 décembre, l’Anapec en est juste à son deuxième conseil. Après cet immense arnaque, M. Rached, au lieu de faire amende honorable, a chargé l’ambassade du Maroc aux Emiarats. “ C’est l’ambassade du Maroc aux Émirats-Arabes unis qui nous a induits en erreur“, a-t-il dit.Rien en fait ne dispensait les responsables de l’Anapec et les services du ministère de l’Emploi de faire leur travail de vérification du bien-fondé de l’opération de recrutement.
Driss Jettou n’a pas manqué d’épingler la légèreté assourdissante avec laquelle ce dossier a été traité du début jusqu’à la fin. “Cette supposée affaire d’embauche ne concernait pas seulement une centaine de personnes. Mais voilà, après tout, Rached reste en poste. Plus, l’Anapec qu’il continue de diriger a été choisie pour s’occuper des dossiers de cinq mille travailleurs immigrés qui partiront chaque année en Espagne.
Il a été convenu que la partie espagnole « spécifie les profils de main-d’oeuvre dont elle a besoin pour l’année 2003 afin de permettre à la partie marocaine de répondre à ces besoins », poursuit le communiqué. À cet effet, Mustapha El Mansouri, ministre de l’Emploi et héritier du dossier Al Najat, avait souligné que l’Agence Nationale de Promotion de l’Emploi et des Compétences (ANAPEC), qui est chargée de l’intermédiation au niveau national et international, se chargera de l’identification des candidats et assurera également la préparation de leur départ (sensibilisation, information, formation en langue, formation professionnelle…). C’était au mois de février dernier. Certes, on n’a pas vocation à jeter l’enfant avec l’eau de bain. Si l’anapec a failli sur une action, les mesures doivent être prises en conséquence.
Mais l’absoudre d’une arnaque pareille serait malvenu et risque de poser un grave problème social. Le sit-in des victimes en est l’illustration parfaite.

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