Sitaïl : «La lutte contre l’obscurantisme continue»

Sitaïl : «La lutte contre l’obscurantisme continue»

Aujourd’hui Le Maroc : Le Syndicat national de la presse marocaine (SNMP) vient de rendre public un communiqué sur la polémique opposant la deuxième chaîne au PJD. Quel commentaire en faites-vous ?
Samira Sitaïl : De quel syndicat parlez-vous? Parce qu’il y a un syndicat de la presse dans notre pays ? Si vous parlez du Syndicat national de la presse marocaine (SNMP), ce syndicat de la presse qui attend trois semaines pour condamner les propos pour le moins injurieux d’Attajdid, il serait judicieux de se poser la question suivante : est-il un organisme qui prétend défendre les intérêts de la profession ? Il serait également judicieux de se poser la question sur les circonstances de la publication de ce communiqué qui est une sorte de réponse au Parti de la Justice et du Développement (PJD) qui s’est plaint de la tenue dans les locaux du bureau du syndicat à Casablanca d’une réunion par de nombreuses associations en préparation d’un sit-in qu’elles envisagent de faire samedi prochain. Ce n’est donc pas en réponse à un média. Et je tiens à ce sujet à préciser qu’au sein de la deuxième chaîne, nous n’avons à aucun moment saisi le syndicat. Pour revenir au contenu de son communiqué de presse, dégageant des relents de haine vengeresse inspirée par une ou deux personnes au sein de ce syndicat, il montre bien la totale irresponsabilité de cette institution et son incapacité à fédérer, avec une vision claire et des propositions efficaces, la presse nationale. Ce syndicat qui organise des sit-in devant les représentations diplomatiques étrangères au Maroc pour protester contre la détention de journalistes étrangers ne bouge pas le petit doigt quand il s’agit de journaliste marocain dans les prisons marocaines. Malheureusement, les agissements d’une ou deux personnes jettent le discrédit sur l’action de toute une équipe, où, rappelons-le, il y a des éléments qui, malgré tout, essayent de défendre les intérêts de la profession.
Que voulez-vous dire par irresponsabilité du SNPM ?
Sortir un communiqué le jour même où la Haute autorité de la communication audiovisuelle se réunit pour statuer sur la question est, à mon sens, irresponsable dans la mesure où ce n’est pas le syndicat qui a été saisi. Le SNPM ne dispose pas de tous les éléments à même de lui permettre de se prononcer sur la question. Il ne détient pas non plus les compétences nécessaires pour discuter d’un sujet relevant du journalisme audiovisuel, qui est aujourd’hui une spécialité à part entière. Ce communiqué nous pousse à se poser une nouvelle fois la question de la représentativité de la presse audiovisuelle. Il nous démontre l’urgence de la création d’un syndicat de cette presse capable de prendre des positions claires et nettes. Il met en évidence également l’importance d’avoir un syndicat indépendant de toute tendance politique ou autre.
Que pensez-vous du traitement qui été réservé à la polémique opposant votre chaîne au PJD ?
Cette polémique a démontré le pouvoir que détiennent la télévision et l’image. Ce qui est très positif à mon avis. En outre, elle a mis en exergue l’engagement éditorial de la deuxième chaîne qu’il fallait à tout point respecter. Et nous ne sommes pas les seuls à l’avoir. La multiplicité des réactions à travers de nombreux titres de la presse nationale, condamnant les propos d’Attajdid, est la preuve que nous ne sommes pas seuls dans notre lutte contre l’obscurantisme, le fanatisme, l’apologie de la violence, et la manipulation politique sous couvert de la religion. La lutte continue. En tant que service public, nous nous sommes tous engagés pour l’éveil des consciences afin de défendre les valeurs et les fondements qui font le socle de la société marocaine.
Quel est votre regard sur la réaction du PJD ?
C’est une réaction maladroite. D’un côté, on nous affirme qu’Attajdid est un organe de presse indépendant alors que l’on nous fait la démonstration du contraire en se mobilisant pour le défendre. Quels que soient les subterfuges utilisés par les responsables du PJD pour déplacer le débat, il ne faut surtout pas oublier le fond du problème. Cette polémique avec la deuxième chaîne ne doit pas occulter que cette formation politique n’a pas réagi à de tels écrits. Que je sache, aucun responsable du PJD ne les a condamnés.
La Haute autorité de la communication audiovisuelle s’est réunie cette semaine mais elle ne s’est pas encore prononcée. À quoi vous attendez-vous ?
À travers cette affaire, la HACA émettrait de nombreux signaux. Le premier se rapporte à son indépendance. Elle doit aussi donner sa vision et sa lecture des faits en se référant aux valeurs fondamentales de la société marocaine. Il est important de noter à cet effet que la HACA, dans cette mission, ne doit pas se laisser influencer par n’importe quelle partie. Mais il faut aussi remettre cette affaire à sa juste place puisque la HACA aura dans l’avenir à se prononcer sur des centaines d’affaires de la même nature. Et quelle que soit sa décision, je la respecterais. Cela dit, je considère avoir fait mon travail, dans le respect des règles professionnelles et de la déontologie.

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