Skhirat : Ces oubliés de la réconciliation

Skhirat : Ces oubliés de la réconciliation

Le 10 juillet prochain, l’opinion publique nationale et internationale prendra connaissance de toute la misère que vivent les familles des victimes de la tentative de putsch de Skhirat. Réunies dans le cadre d’une association, ces victimes diffuseront un documentaire dont les images sont "à fondre le cœur". Le documentaire en question a été préparé par les membres de l’association dont le devoir vis-à-vis des jeunes générations est de les informer et les mettre en garde quant à leurs responsabilités futures, car l’influence sur les décisions sera entre leurs mains".
En fait, les familles des victimes de la tentative de putsch de Skhirat se sentent abandonnées par l’Etat marocain, et traitées comme des "pestiférés". Trente-quatre ans se sont écoulés depuis le 10 juillet 1971, date à laquelle "un crime contre l’Humanité a été commis". Depuis, les enfants et proches des victimes n’ont obtenu aucun dédommagement. Par exemple, les enfants d’un général (il y en a eu quatre morts ce jour-là) n’ont eu droit qu’à 2.000 DH par mois. Les familles des victimes de Skhirat crient, depuis plusieurs années, au scandale et à l’injustice.
Première injustice à l’égard des victimes : le procès des putschistes. Celui-ci est considéré comme une véritable mascarade, "une parodie de jugement". Le général Oufkir fut nommé ministre de la Défense "alors qu’il était une des âmes du complot de Skhirat", regrettent les victimes et leurs enfants. "Les interrogatoires furent bâclés et la justice expéditive", poursuivent-il. Et d’ajouter : "Ceux qui ont attenté à tant de vies humaines et qui méritaient la peine de mort s’en tirèrent à bon compte". L’association cite le cas de l’aspirant Mohamed Raïss qui a reconnu avoir participé à la tentative de coup d’Etat. Il a été condamné à mort, une peine commuée en perpétuité deux mois plus tard. Le président de l’Association des victimes, Mohamed Maâzouzi, explique dans un entretien accordé à ALM que "lors du jugement des putschistes, la partie civile n’a pas eu le droit de citer. Elle a été écartée par un certain Oufkir qui, nourrissant dès lors ses desseins pour le deuxième coup d’Etat, s’était montré des plus cléments à l’égard des criminels. Les victimes, elles, ont été oubliées. Leurs familles devaient, et jusqu’à nos jours, se contenter de pensions de 400 à 600 DH".
Deuxième injustice : le dédommagement des criminels. Et pour cause, ils se disent offensés par "l’apologie du crime qui sévit ces derniers temps".
L’association condamne les "dérapages" dans le comportement de certains responsables "parfois sous des pressions extérieures" allant jusqu’à "courtiser les criminels, les assister, s’enquérir de leur situation matérielle, leur promettre une vie meilleure en attendant de les doter grassement".
Mohamed Maâzouzi, fils d’Ahmed Wafik Maâzouzi, chargé de mission au Cabinet royal, assassiné le 10 juillet 1970, souligne que son association constate que "des criminels, ceux-là mêmes qui avaient pris part au putsch de Skhirate, sont comblés de faveurs. Ils font même preuve d’une certaine arrogance, que ce soit dans les livres que certains parmi eux ont écrits, ou dans les interviews qu’ils accordent à la presse. Ce comportement, injuste et douloureux, est une deuxième torture pour les familles des victimes qui, elles, sont restées dans l’isolement et la solitude. Cela a nourri une rancœur".
Le plus dur à supporter est sans doute le silence des autorités marocaines. Mohamed Maâzouzi explique que "le silence des autorités, considéré par les familles des victimes comme un châtiment, réveille chaque jour les douleurs du passé. C’est comme si, par ce mutisme, on voulait balayer le massacre de Skhirate et dire que les familles n’existent plus. C’est une grave erreur qui marquera aussi bien cette génération que celles  futures".
Et d’ajouter que l’association a "demandé depuis longtemps à ce qu’une plaque commémorative soit posée à la mémoire des victimes, mais rien n’a a été fait. On attend toujours, surtout que la date de la commémoration de ce triste anniversaire, le 10 juillet, approche". En somme, ce que les familles des victimes de Skhirat exigent, c’est que les pouvoirs publics cessent leur politique des deux poids deux mesures. L’action à ce niveau-là doit être cohérente et logique. Avant de dédommager les criminels d’hier, il faut d’abord rendre justice à leurs victimes. C’est le message que veut adresser l’association aux milieux concernés.

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