Sous les feux de la guerre

«Depuis le premier coup d’état du général Gueï en décembre 1999, la situation économique n’a pas cessé de régresser. La communauté marocaine n’a subi que quelques dégâts à l’époque, notamment plusieurs commerces saccagés par les manifestants dans les rues d’Abidjan.
La situation a empiré cette année: un couvre feu appliqué à partir de 19 heures. Ce qui empêchait les petits restaurants de travailler, la nuit. La présence des rebelles au nord et à l’Est du pays isolait ces régions du reste de la Côte d’Ivoire. Toutes les relations commerciales entre Abidjan et ces zones, qui représentaient une grande part des échanges commerciaux du pays, ont été coupées. Les recettes d’impôt collectées dans les zones occupées, ont été encaissées par les rebelles sur place.
Dans la capitale, le taux de chômage a augmenté, car plusieurs investisseurs ont quitté la Côte d’Ivoire à destination d’autres pays de la région. Ceux restés sur place étaient obligés de fermer leurs entreprises. Impossible d’investir en Côte d’Ivoire. A cela s’ajoutait un stress quotidien. Nous étions obligés de rester trois jours à la maison, le 26, 27 et 28 janvier, à cause des manifestations en réaction aux accords de Marcoussis. Durant ces trois jours, les intérêts français à Abidjan ont été visés (Centre culturel, collège de Mermoz, consulat de France, et plusieurs magasins…). La vie devenait de plus en plus difficile. Les gens ne pouvaient ni sortir ni travailler. Face à cette situation, le Maroc a présenté une aide à ses citoyens résidents en Côte d’Ivoire. S.M. le Roi Mohamed IV est venu en aide aux habitants de Bouaké et de Kourougou dans le Nord. La Royal Air Maroc y a participé également. Le transporteur national a offert des billets d’avions aux familles les plus démunies, afin de leur permettre de rentrer au Maroc. L’ambassade du Maroc s’est occupée de l’évacuation des citoyens marocains des régions touchées, et de leur accueil à Abidjan. Les autorités consulaires ont fait tout ce qui était en leur possible.
Pour ma part, j’étais obligé de faire rentrer ma famille au Maroc avant les derniers évènements de janvier. J’ai également été évacué par mon employeur Alcatel le 30 janvier, et c’était le cas pour les employés d’autres grands groupes français. Alors que la majorité des Français se trouvent toujours en Côte d’Ivoire. Ils ne peuvent pas quitter le pays pour des raisons économiques (tous leurs biens se trouvant dans le pays et il est donc difficile de vendre ou d’investir ailleurs) ou familiales (des liens de famille sur place). D’autres se trouvent dans l’incapacité de s’octroyer des billets d’avion, trop cher pour ceux qui ont des petits revenus.
Je trouve que c’est dommage qu’un pays comme la Côte d’Ivoire puisse vivre un tel chaos. Une situation qui n’a pu être cernée dés le début, ni par les pays africains de la région, encore moins par la classe politique ivoirienne. C’est un pays développé en comparaison avec ces voisins, et qui pouvait être un hub économique important en Afrique occidentale. Un pays comme la Côte d’Ivoire, doté d’une importante infrastructure (route, télécoms, bâtiment), de compétences en ressources humaines et de ressources naturelles (café, cacao et gaz), ne mérite pas ce qui lui arrive.
Le pays est en cours de démocratisation, car le soutien du peuple au président actuellement au pouvoir est un message fort que les Ivoiriens veulent transmettre à l’opinion africaine et internationale, pour montrer qu’ils veulent la paix, et non la guerre. Il leur faut donc former un gouvernement de transition le plus rapidement possible, dans lequel seront représentés les différents antagonistes, en respectant, bien sûr, la constitution ivoirienne. »

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