Surliquidité : Des milliards de dirhams qui dorment

Le chiffre qui chiffonne :75 milliards de dh dorment dans les banques marocaines. Un argent qui n’est pas placé, qui n’est pas utilisé, pas investi» lâche le ministre des Affaires générales, Rachid Talbi Alami sur les colonnes de notre confrère «Libération». Cette donne s’ajoute au fait que depuis plusieurs années, la sur-liquidité bancaire se présente comme une donnée structurelle. L’argent, nerf de la guerre dans la bataille économique ne fait pas apparemment défaut.
Parallèlement, le cadre juridique du financement des entreprises évolue. Une nouvelle loi bancaire en 1993 suivie de la libéralisation des taux d’intérêt en 1996. En théorie, l’entreprise marocaine peut aujourd’hui avoir recours à tout un arsenal de fonds de garanties et de lignes de crédit qui n’existait pas il y une décennie. Et pourtant…
Toutes les études qui se sont penchées sur la question du financement des entreprises révèlent la persistance d’une mésentente chronique entre les banques et les entreprises, particulièrement les PME-PMI.
Dans le secteur industriel par exemple, la majorité des entreprises ont recours à leurs propres bénéfices pour financer leurs investissements. Peu d’entreprises ont recours au prêt bancaire. Selon les analystes, cette situation s’explique surtout par une gestion peu efficace des dossiers de demande de crédits. Les gérants des PME le savent bien : les banques préfèrent, contre le prêt, offrir des facilités de découvert, moins risquées et plus juteuses. Autre problème : la cherté des taux de crédits, particulièrement élevés puisque alignés le plus souvent sur la limite maximale autorisée.
La Bourse reste une alternative limitée aux seules grandes entreprises, et elle ignore 90% du tissu économique du pays, représenté par les PME –PMI. Pourquoi ces dernières sont-elles fâchées avec les banques ? Le Problème est d’abord d’ordre psychologique. Car entre banques et PME, la confiance est rompue depuis des lustres.
D’une part, les banques reprochent aux PME-PMI leur manque de transparence, notamment en ce qui concerne l’établissement des bilans et la fiabilité de leur comptabilité. D’autre part, les PME-PMI continuent de traiter les banques comme des «banques-épicerie», qui se contentent de donner de l’argent, sans valeur ajoutée.Au lieu d’être un établissement d’affaires, véritable partenaire du développement, la banque marocaine garde encore l’image d’un établissement de dépôt. Pour les PME, les banques continuent de se cacher derrière le fait que la sur-liquidité est la résultante de la manne financière qu’ont engendrée les opérations de privatisation et l’augmentation des volumes des transferts des MRE. Les banques ne cessent d’avancer l’argument des 42 milliards de créances non acquittés, même s’il s’agit en bonne partie de créances de grands groupes qui ont profité des multiples dysfonctionnements du système bancaire.
Maintenant, comment sortir de l’impasse ? Tout le monde s’accorde à dire qu’il n’existe pas de recette magique, mais toutes les parties sont appelées à fournir un effort. Les PME doivent se restructurer, se mettre à niveau et intégrer une fois pour toutes les concepts de la gestion propre à l’entreprise moderne.
Les pouvoirs publics et les banques sont appelés, pour leurs parts, à se pencher plus sérieusement sur la problématique de liquidité monétaire, pour l’harmoniser avec les besoins de financement. Il s’agit principalement de la simplification des conditions d’accès aux lignes de crédits bancaires et autres. Comment ? Par la mise en place d’une structure de financement dédiée aux PMI/PME ainsi que par la création de fonds de cautionnement mutuel avec l’aide du public pour aider la PME. En attendant, quelques dizaines de milliards peuvent continuer à dormir tranquillement dans les banques…

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