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Tanger : À la croisée des pistes

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L’enquête menée par les services de sécurité espagnols en étroite coopération avec leurs collègues marocains s’oriente de plus en plus vers l’implication des activistes du « Salafisme combatif » dans les attentats terroristes du 11 mars à Madrid. Les différentes données échangées puis recoupées et analysées de part et d’autre dans les deux sens ont permis une meilleure célérité dans le décryptage des réseaux tentaculaires ayant planifié et exécuté les attentats qui ont fait 201 morts et plus de 1500 blessés dans la capitale espagnole à trois jours des élections législatives.
Mais, si l’enquête avance aussi rapidement c’est surtout grâce à une base de données que les services de sécurité marocains ont brillamment établie depuis les attentats perpétrés à Casablanca le 16 mai de l’année dernière. Des données dont quelques éléments ont été transmis aux services espagnols qui, apprend-on, n’avaient pas été prises au sérieux à Madrid. Négligence ou omission préméditée de la part des agents espagnols ? Le moment n’est pas opportun pour se poser cette question, affirme-t-on à Madrid. L’heure est au travail pour déterminer le plus tôt possible les responsabilités et de démanteler tous les réseaux impliqués.
Pour ce faire, les enquêteurs concentrent de plus en plus leurs efforts sur la piste de ce que l’on appelle désormais « la filière de Tanger ».
En effet, plusieurs noms cités dans cette affaire et des liens établis entre eux convergent tous vers la ville du détroit. Jamal Zougam, considéré jusqu’à maintenant comme le principal accusé dans cette affaire, est originaire de Tanger.
L’arrestation de Zougam intervient deux jours après les attentats de Madrid. Selon le ministère espagnol de l’Intérieur, son implication aurait été découverte grâce à la carte SIM du téléphone mobile qui allait servir de télécommande du détonateur de la bombe que la police avait trouvée cachée dans un sac à bord de l’un des trains qui avaient été l’objectif des attentats.
Aussitôt, Zougam, propriétaire d’une boutique spécialisée dans la vente de téléphones mobiles est arrêté en compagnie de ses trois associés marocains dont l’un est son demi-frère. Il s’agit de Mohamed Bekkali et Mohamed Chaoui. Les trois seront désormais les premiers suspects à être arrêtés dans le cadre de l’enquête sur les attentats du 11 mars.
Mardi soir, les services de police espagnols les emmenaient un par un à leur commerce situé dans le quartier madrilène de Lavapiés. Encagoulés, Zougam et ses associés, entourés par des agents de police, sont restés une heure et demie à l’intérieur avant d’en ressortir avec des boîtes contenant du matériel confisqué. Quelques heures après, des informations émanant de services de sécurité espagnols affirmaient qu’une liste de 20 suspects marocains était transmise à tous les services de la police et de la Garde civile espagnole. Selon les mêmes sources, cette liste aurait été facilitée par les services marocains et qu’elle comprenait des noms de membres de la mouvance terroriste de la Salafiya Jihadia qui ont planifié les attentats de Casablanca du 16 mai 2003 et qui se seraient enfuis vers l’Espagne quelques jours avant cette date. Les services marocains, rappelons-le, en avaient alors alerté leurs homologues espagnols.
La plupart de ces suspects font partie de ce l’on appelle le groupe « Oussoud Khladen ». Rappelons que Khalden était un camp d’entraînement des terroristes d’Al Qaïda en Afghanistan.
La citation de ce groupe mène encore une fois à la filière de Tanger puisque le fondateur de la cellule dite « les lions de Khalden » n’est autre que l’unique étranger inculpé dans le cadre des attentats de Casablanca, le Français Robert Richard Antoine Pierre alias Haj alias Abou Abderrahmane considéré comme l’émir de Tanger condamné par la justice marocaine à la perpétuité. Et c’est dans cette ville que l’émir français avait fait la connaissance du principal suspect dans les attentats de Madrid, Jamal Zougam. La connaissance entre les deux hommes a lieu chez les Benyaïche. Un autre maillon de la filière de Tanger. En effet, les frères Benyaïche sont considérés comme les principaux dirigeants du Groupe islamique combattant marocain qui est à l’origine de la Salafiya Jihadia qui a perpétré les attentats du 16 mai. Ils sont trois frères originaires de Tanger, Abdellah, Abdelaziz et Salaheddine. Le premier est mort en Afghanistan, le deuxième est arrêté en Espagne dans le cadre du procès intenté par le juge d’instruction Baltasar Garzon contre la cellule espagnole d’Al Qaïda et fait l’objet d’une demande d’extradition formulée par la justice marocaine et qui est restée sans réponse, et le troisième est en état d’arrestation au Maroc pour son implication dans les attentats de Casablanca.
Outre les frères Benyaïche, Tanger était aussi le fief de l’un des idéologues de la Salafiya Jihadia et qui est actuellement condamné à vingt ans de prison ferme, à savoir Mohamed Fizazi. Selon les services de sécurité marocains, Jamal Zougam aurait fait la connaissance de Fizazi et les deux hommes auraient eu d’éventuels liens de coopération.
Ainsi, l’on constate que, durant les dernières années, la ville du détroit a été utilisée comme une arrière-base des terroristes de la Salafiya Jihadia et un lieu de rencontre des différentes cellules maghrébines et européennes d’Al Qaïda.
L’ensemble des données sur cette mouvance tentaculaire sont détenues par plusieurs services de sécurité et d’intelligence marocains et européens. Mais, si le Maroc a toujours fait preuve d’une volonté exemplaire de coopération dans la lutte antiterroriste, il existait une certaine latence de la part de l’Espagne.
Aujourd’hui, alors que les deux pays sont en train de rebâtir leur coopération sur une nouvelle base, des deux côtés, on affirme qu’il est temps de créer une base de données commune et des cellules conjointes de lutte contre le terrorisme.

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