Terrorisme : Le juge antiterroriste entame l’instruction de l’affaire du réseau «Abdelkader Belliraj»

C’est chose faite. 35 membres soupçonnés d’appartenir au réseau terroriste « Belliraj », récemment démantelé, ont été déférés, jeudi matin, devant le procureur général du Roi près la Cour d’appel de Rabat. Les prévenus, arrivés à bord de cinq véhicules, sous la surveillance des éléments de la police judiciaire, ont été transférés dans l’après-midi vers l’annexe à Salé de la Cour d’appel de Rabat, où ils seront traduits devant le juge d’instruction. « 3 membres du réseau incriminé, dont le nombre s’élève à 38, n’ont pas été présents lors de cette première audition », a affirmé à ALM une source sur place. D’après la même source, « les trois suspects se trouvaient encore à Nador », où un impressionnant lot de munitions et d’armes a été découvert, au début de la semaine dernière, par des éléments de la police judiciaire. Le réseau, dont le démantèlement a été annoncé le 18 février, projetait de perpétrer des actes terroristes à l’aide d’armes à feu et d’explosifs. Le ministre de l’Intérieur, Chakib Benmoussa, avait annoncé, au lendemain du démantèlement de ce réseau, « le plus dangereux » qu’ait connu le Maroc depuis l’attentat terroriste d’Atlas Asni en 1994, à Marrakech, que ce réseau planifiait d’assassiner des « personnalités marocaines en vue, dont des ministres, des hauts officiers des Forces armées royales, et des citoyens marocains de confession juive ». L’enquête, menée récemment par les services de la police judiciaire, a permis la découverte de « connexions » entre le réseau et des dirigeants politiques, notamment Mohamed Moâtassim et Mohamed El Amine Ragala, respectivement secrétaire général et porte-parole du parti « Al Badil Al Hadari » (Alternative civilisationnelle). Le parti en question a été dissous, au lendemain de l’arrestation de ses deux dirigeants. L’enquête a permis de révéler des «liens avérés» entre le réseau en question et le dirigeant du parti «Hizb Al Oumma» (interdit), Mohamed Merouani, un correspondant de la chaîne de télévision « Al Manar », Abdelhafid Sriti, et deux membres des partis PJD et PSU, respectivement Alaâ Badella Maâ-El Aïnine et Hamid Najibi. Un comité d’avocats restreint s’est constitué dernièrement, pour défendre les six derniers suspects. Il s’agit de Me Mustapha Ramid, Khalid Sefiani, Mhamed Benâmar, et Mohamed Sebbar. Ces derniers, qui ont rencontré leurs clients, dans le courant de la semaine, entendent mener bataille pour obtenir, sinon la liberté des suspects, du moins « leur poursuite en état de liberté ».
En rapport avec cette affaire, l’enquête menée par les services de la PJ a lancé leurs homologues belges sur les traces du chef du réseau, Abdelkader Beliraj, alias « Iliass » et « Abdelkrim ». Mardi dernier, la police belge avait effectué une perquisition au domicile de « Belliraj » situé à Evergem. « Les enquêteurs ont notamment fouillé le jardin à l’aide de détecteurs de métaux. Ils s’intéressaient aussi à des notes et à du matériel informatique », a rapporté, mercredi, la presse bruxelloise. Une équipe d’enquêteurs belges doit se rendre en cette fin de semaine au Maroc pour un « échange d’informations » sur « Belliraj », accusé d’avoir perpétré un sextuple assassinat en Belgique entre 1986 et 1989, sans oublier le braquage qu’il a commis, avec la participation de truands européens, à l’encontre d’une institution financière au Luxembourg, «Brinks». Mercredi dernier, la presse belge évoquait la possibilité de dévoiler des «connexions» entre le réseau et le grand banditisme.
Sous le tire «La justice marocaine rattrape Belliraj », un magazine bruxellois a affirmé que « le démantèlement du réseau dirigé par le Belgo-Marocain Abdelkader Belliraj laisse apparaître des connexions troublantes entre le grand banditisme et l’islamisme », rappelant que des dossiers criminels non élucidés en Belgique sont remontés à la surface, à la faveur du coup de filet annoncé le 18 février. Un coup de filet qui a permis de faire capoter l’un des projets terroristes les plus redoutables.

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