Terrorisme : Le peuple de Marrakech n’a pas cédé à la panique

L’attentat de Marrakech est un crime contre le peuple. Indépendamment des visées tendant à enrayer la marche des réformes démocratiques au Maroc, cet attentat a ciblé les centaines de milliers de petites gens qui vivent, de façon directe ou indirecte, de la présence de touristes à Marrakech. Ces personnes sont aux antipodes de l’anonymat des auteurs du crime. Elles ont des noms, des vies, des familles et sont artisans, commerçants, serveurs dans des restaurants, employés dans des hôtels, chauffeurs de taxis ou même charmeurs de serpents. Le souffle de l’explosion du café Argana a volontairement cherché à emporter, en même temps que des vies, le gagne-pain de ce peuple, dont la bonhomie tire ses sources d’une philosophie tendant à tout relativiser et à faire du quolibet et de l’humour des armes efficaces contre les difficultés du quotidien. Ce peuple que l’on cherche à mettre à genoux a les ressources nécessaires, à la fois historiques et socioculturelles, pour dépasser cette phase, aussi terrible soit-elle, et ne pas céder à la panique et aux pronostics de marasme économique. Au lendemain des attentats, la vie reprenait à Jamaa El Fna. Moins exubérante que la veille, mais les gestes habituels étaient là, rassurants, à l’image de cette place que son caractère immémorial rend indestructible. Le peuple de Marrakech n’a pas cédé à la panique, ne s’est pas lamenté de lendemains orageux. Nous devrions tous lui emboîter le pas et transformer l’inquiétude en élan de résistance contre ceux qui cherchent à nous terroriser. Faire ce que l’on a l’habitude de faire, c’est déjà rendre inefficaces les tentatives des terroristes. Les projets, les manifestations publiques, l’occupation de l’espace public devraient continuer avec la même détermination qu’auparavant. On a beaucoup insisté sur le caractère symbolique de la place Jamaa El Fna. On n’a pas suffisamment souligné que c’est l’espace public le plus important au Maroc – celui qui ne désemplit pas tout au long de l’année. Il est clair que l’attentat vise aussi à installer un état d’exception, voire un état d’urgence, contre les rassemblements publics. L’image quotidienne de milliers de personnes rassemblées en paix à Jamaa El Fna dérange les commanditaires de cet attentat. Le peuple marrakchi doit également être soutenu. Que ceux qui le peuvent se rendent autant de fois que possible à Marrakech. Qu’ils logent dans les hôtels, mangent dans les restaurants de la ville, achètent des produits dans les commerces… Il faut tenter localement de remplacer les touristes étrangers qui déserteront la ville. Ces touristes reviendront, c’est sûr ! Ils reviendront parce que l’appel de la place Jamaa El Fna est irrésistible, parce que la place Jamaa El Fna est forte de sa pérennité, alors qu’un attentat relève du circonstanciel et de l’éphémère. Ces touristes reviendront parce que nous ne céderons pas à la peur et ne renoncerons pas aux valeurs de tolérance et d’ouverture sur autrui. Ils reviendront parce que nous ne nous replierons pas sur nous-mêmes, ne renoncerons pas aux projets. Ils reviendront parce qu’ils comprendront que la vie continue. n

Par Aziz Daki
Directeur artistique du festival Mawazine

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