Terrorisme : Une cellule neutralisée

Terrorisme : Une cellule neutralisée

Le récent démantèlement de la cellule terroriste a été au centre des travaux du Conseil de gouvernement, tenu jeudi 15 février. Le ministre de l’Intérieur, Chakib Benmoussa, y a affirmé que le Maroc était prêt à parer à toute tentative d’atteinte à la sécurité et à la stabilité du pays, des citoyens et de leurs biens.
Chakib Benmoussa a affirmé que l’ensemble des mesures et dispositions décidées par le ministère de l’Intérieur et les services de sécurité visent à «élever le niveau de sensibilisation de l’opinion publique nationale quant à ces dangers et de mobilisation pour la protection de notre pays».
Le renforcement de tout le dispositif a été décidé, à en croire M. Benmoussa, «eu égard aux mouvements, dans la région, de groupes terroristes extrémistes, sur la foi d’informations disponibles confirmées par les services nationaux et internationaux de sécurité, en tenant compte des évènements et opérations survenus sur la scène régionale et du démantèlement d’un certain nombre de réseaux terroristes». Ledit dispositif concerne notamment le niveau de vigilance aux frontières, terrestres, maritimes et aériennes.
Les déclarations du ministre de l’Intérieur interviennent après près d’une dizaine de jours ayant suivi le démantèlement d’une cellule terroriste liée à «Al-Qaïda» au Maghreb. En effet, vers la fin de la première semaine de février, les autorités marocaines ont démantelé une structure terroriste qualifiée d’extrêmement dangereuse et qui serait directement liée au GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat) qui s’est dissous dans «Al-Qaïda» en devenant sa branche pour les pays du Maghreb.
Selon des sources informées, à la date de mercredi dernier, divers services de sécurité marocains ont réussi à arrêter, dans des opérations conjointes, 32 personnes soupçonnées d’appartenir à cette nouvelle structure terroriste. Les arrestations, selon les mêmes sources, avaient eu lieu dans différentes villes du Maroc et notamment dans l’Oriental, à Tanger et à Tétouan. Parmi les personnes appréhendées, figurent des Marocains portant la nationalité de plusieurs pays européens, mais surtout un bon nombre de personnes ayant déjà combattu en Afghanistan et, plus récemment, en Irak.
Tout avait commencé quand les dénommés Y.A. et F.H. avaient réussi, via un pays européen, à rejoindre l’un des camps du GSPC sur le sol algérien. Les deux avaient pu s’y rendre, précise-t-on, grâce à l’entremise d’un autre ressortissant marocain installé en Belgique. Lors de leur séjour chez le GSPC, les deux recruteurs d’»Al-Qaïda» se seraient entraînés au maniement des armes et des explosifs avec une formation plus pointue concernant les voitures piégées, nouvelle «mode» en Algérie, mais qui a déjà fait d’énormes dégâts en Irak.
A leur retour au Maroc, la première semaine de février 2007,  Y.A. et F.H., avaient opté cette fois pour les frontières terrestres entre le Royaume et l’Algérie. Ils ont été aussitôt arrêtés par les autorités marocaines qui surveillaient toutes leurs communications sous supervision du Parquet de Rabat. Selon des sources bien informées, les équipes chargées de cette enquête, relevant de la DGST (Direction générale de la surveillance du territoire) et de la BNPJ (Brigade nationale de la police judiciaire), avaient analysé, durant plusieurs semaines, toutes les communications du groupe (courriers électroniques et appels téléphoniques) avec le concours des services de renseignement américains impliqués dans la lutte antiterroriste. Mais aussi des services de quelques pays européens.
Par la suite, c’était sur la base des renseignements recueillis lors des interrogatoires de Y.A. et F.H que le reste du groupe a été déterré : des arrestations effectuées de manière simultanée pour ne rien laisser au hasard.
Selon des sources informées, et en plus des 32 personnes déjà arrêtées, plusieurs autres membres de ce groupe font toujours l’objet de recherches par les services de sécurité. Il s’agit, entre autres, d’un groupe de Marocains qui avaient déjà séjourné en Syrie dans l’espoir de rejoindre l’Irak. Des mandats d’arrêt internationaux auraient également été émis par le juge antiterroriste marocain, Me Abdelkader Chentouf, contre plusieurs autres personnes.
Selon les mêmes sources, la cellule démantelée, mercredi à Meknès, n’a aucun lien avec la première. De sources officielles, la cellule démantelée dans la capitale ismaïlienne était composée de sept membres dont quatre ont déjà été remis en liberté. Les trois autres membres, eux, avaient été transférés à Rabat pour complément d’enquête. Les membres de la cellule de Meknès ne disposaient d’aucune quantité d’explosifs, mais, d’après une source sûre, de sabres (de la même catégorie que ceux utilisés par les Samouraïs).
La cellule relevant de l’ex-GSPC, elle, devait bénéficier d’un soutien logistique de la part d’»Al-Qaïda» au Maghreb et notamment en ce qui concerne les explosifs nécessaires. Auparavant, et une fois ficelée l’opération de recrutement, elle devait définir les cibles à attaquer : des cibles nationales, mais également les intérêts américains et occidentaux en général. C’est d’ailleurs le sens de la dernière mise en garde, mais aussi l’une des premières du GSPC sous sa nouvelle appellation, qui avait précisé que des attaques de grande envergure allaient être menées contre la France et les Etats-Unis.
Est-il d’ailleurs besoin de rappeler que, dans le cadre de son «redéploiement», «Al-Qaïda» a choisi de revendiquer les récents attentats en Algérie via les bureaux de la chaîne Al Jazira à Rabat ?



 Le plan de défense de Kénitra


A peine trois jours après le début du démantèlement de cette nouvelle structure terroriste, l’Institut royal de police de Kénitra abritait, dimanche dernier, une réunion de haut niveau pour préparer les services de sécurité à faire face à toute éventuelle menace. Cette rencontre, qualifiée de «stratégiquement importante», avait réuni les premiers responsables sécuritaires du Royaume : Chakib Benmoussa, ministre de l’Intérieur, Fouad Ali El Himma, ministre délégué à l’Intérieur, Yassine Mansouri, patron de la DGED (Direction générale des études et de documentation), mais aussi de Cherki Draiss, directeur général de la sûreté nationale (DGSN) et Abdellatif Hammouchi, patron de la DGST (Direction générale de la surveillance du territoire). Mais aussi les responsables aux niveaux régional et local pour évaluer la situation et préparer la réplique à toute éventuelle menace terroriste contre le Maroc. Cette réunion a été l’occasion d’évaluer les dispositifs mis en place pour assurer la sécurité des personnes et des biens et notamment l’expérience du déploiement ayant accompagné les dernières fêtes de fin d’année dans les principales villes du Royaume. La réunion de Kénitra, selon des sources bien informées, s’est essentiellement penchée sur les derniers développements dans la région du Sahel et notamment depuis que le GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat) a décidé de changer de nom et d’orientation pour renforcer ses liens avec «Al-Qaïda». Ce groupe avait annoncé avoir désigné, comme premières cibles, les intérêts français et américains dans la région, mais aussi son intention de mener des actions terroristes contre les pays partenaires des Etats-Unis dans la lutte antiterroriste. La réunion de dimanche intervient également après une série de réunions des responsables marocains avec leurs partenaires concernant la menace terroriste. Il s’agit, entre autres, d’une réunion de haut niveau, à Dakar, dédiée à renforcer la coordination et la coopération entre les armées de neuf pays africains en plus des Etats-Unis. Il faut également rappeler une série antérieure de réunions et d’entretiens entre les responsables marocains et leurs homologues espagnols et français concernant le même sujet et les moyens d’y faire face, de manière commune.

M.B.

Al-Qaïda : la dernière mue

Après les attaques terroristes qui ont secoué, mardi 13 février, la région de Kabylie, les craintes des observateurs se sont avérés justes. C’est une nouvelle forme de terrorisme qui est en train de voir le jour en Algérie. Sept attentats à la bombe et à la voiture piégée avaient explosé simultanément. Les engins ont été actionnés à distance. C’est la méthode même employée par le réseau Al-Qaïda en Irak et en Afghanistan.
Le changement de l’identité visuelle du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSCP) qui s’appelle désormais «Al-Qaïda au Maghreb» n’était donc pas symbolique. Il marque un changement dans la stratégie adoptée de ce groupe terroriste qui constitue actuellement une véritable menace pour toute la région. L’ex-GSPC se veut d’être une «filiale» en bonne et due forme de la nébuleuse Al-Qaïda. Depuis qu’il a prêté allégeance à Oussama Ben Laden, ce groupe terroriste n’a cessé de monter en puissance en multipliant les attentats et les embuscades visant les membres de services de sécurité algériens. Des actes qui vont crescendo. «Al-Qaïda au Maghreb» est considéré par les analystes comme l’un des groupes armés les plus organisés en Algérie. Il dispose de moyens sophistiqués et d’une logistique bien ficelée. Les opérations de ratissages menées par l’armée algérienne n’a pas diminué de sa capacité de nuire. À chaque fois que les autorités algériennes lancent une offensive, le groupe salafiste réplique par une attaque. Les attentats de l’ancien GSPC ont ramené l’Algérie plusieurs années en arrière. Les années de la décennie noire où le « terrorisme urbain» n’épargnait aucune région du pays. Les observateurs algériens affirment que cette flambée de violence est due en partie à l’application de la Charte pour la Paix et la Réconciliation. Selon eux, plusieurs islamistes relâchés dans le cadre de cette loi auraient rejoint le maquis pour reprendre la lutte armée contre le régime en place. 

R.A.

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