Titna Alaoui : «Afilal peut rester à son poste»

Titna Alaoui : «Afilal peut rester à son poste»

ALM : Comment avez-vous réagi quand le Premier ministre, Driss Jettou, s’est réuni avec Abderrazak Afilal ?
Titna Alaoui : Sincèrement, quand la Primature avait décidé d’écarter l’UGTM à cause des problèmes internes qu’elle connaît, nous avons été tous choqués. L’UGTM ne doit pas être absente. Qu’Abderrazak Afilal soit reçu par le Premier ministre ne nous dérange absolument pas, car pour nous, c’est l’UGTM qui était présente à la Primature.

Qui détient aujourd’hui les rênes du pouvoir au sein de l’UGTM ?
La réponse à votre question se trouve dans les textes qui régissent l’UGTM, en l’occurrence les statuts adoptés et approuvés par le congrès. L’article 15 stipule clairement que le bureau exécutif a le droit d’écarter du syndicat toute personne, y compris le secrétaire général, si l’intérêt de l’UGTM l’exige. L’article 17, quant à lui, donne le droit au Conseil national de l’UGTM, si le secrétaire général décède, tombe malade, démissionne ou se trouve dans l’incapacité de gérer le syndicat, de nommer une nouvelle personne au poste de secrétaire général jusqu’à l’organisation d’un congrès.

Comment êtes-vous arrivé à la conclusion que l’actuel secrétaire général, Abderrazak Afilal, gère mal le syndicat ?
Le conflit au sein de l’UGTM date de la fin des années 90. Depuis, le syndicat vit une décadence totale. Aujourd’hui, tout le monde sait que l’UGTM s’est dégradée. Alors qu’elle a toujours occupé la deuxième place, l’UGTM arrive actuellement à la cinquième position.

Qu’avez-vous entrepris comme démarche pour mettre un terme à cette chute libre ?
Lorsque nous avons senti que les choses allaient de mal en pis, nous avons saisi le secrétaire général du Parti de l’Istiqlal, Abbas El Fassi. Nous lui avons demandé d’intervenir pour que cesse la déchéance de l’UGTM. Cette sollicitation du secrétaire général du parti de l’Istiqlal n’est pas fortuite. Nous estimons que le parti est responsable de l’UGTM. C’est un principe immuable pour nous. En tout cas, le secrétaire général, Abbas El Fassi, nous a réunis en juillet 2003 chez lui, en présence d’Abderrazak Afilal, afin de mettre un terme à l’hémorragie que connaît l’UGTM.

Quelles étaient les mesures prises par le secrétaire général de l’Istiqlal lors de cette réunion ?
Vous savez, Abbas El Fassi est un homme intelligent et courtois. Il a clairement exprimé son souhait de voir l’UGTM reprendre du poil de la bête, tout en restant unie et solidaire. Nous ne demandions pas plus que ça. D’ailleurs, nous n’avons jamais exigé le départ d’Abderrzak Afilal. Tout ce que nous voulions c’est que les instances du syndicat se réunissent régulièrement. Nous fûmes réconfortés par la position du secrétaire général du Parti de l’Istiqlal qui a exhorté Abderrazak Afilal de convoquer et de réunir les instances du syndicat, notamment son Conseil général et sa Commission centrale.

Est-ce que le secrétaire général de l’UGTM a répondu favorablement à cette demande d’Abbas El Fassi ?
En effet, le secrétariat permanent de l’UGTM, qui compte six membres du bureau exécutif dont le secrétaire général, s’est réuni juste après la rencontre avec Abbas El Fassi pour discuter des mesures à prendre pour dynamiser l’action du syndicat. J’étais personnellement présent à cette réunion présidée par Abderrazak Afilal. Nous avons convenu de démarrer, dès le mois d’août 2003, une série de réunions et de congrès régionaux pour convoquer, en fin de compte un congrès national et partir sur de nouvelles bases, solides et saines.

Que s’est-il passé en août 2003 ?
Abderrazak Afilal a coupé l’écoute. Il ne nous a pas convoqués et a continué à gérer le syndicat comme une épicerie. Il s’est mis à réunir les instances du syndicat sans respecter les engagements qu’il a pris en présence du secrétaire général de l’Istiqlal, et sans tenir compte ni des statuts de l’UGTM ni même de son organigramme. Des inconnus se retrouvaient, du jour au lendemain, membres du Conseil général ou du bureau central. Et des militants de la première haure et grands responsables de l’UGTM étaient carrément écartés des réunions des instances du syndicat. En somme, la situation se dégradait à vu d’œil.

Ceci s’est déroulé lors de l’été 2003. Qu’avez-vous fait depuis ?
Nous avons rédigé une lettre adressée à Abderrazak Afilal et dans laquelle nous lui avons rappelé la fameuse réunion de juillet 2003 organisée par le secrétaire général du Parti de l’Istiqlal. Nous avons attiré son attention sur le fait que l’UGTM est en dégradation continue. L’UGTM ne ressemblait plus à une Centrale syndicale qui se respecte et couvre l’ensemble du territoire national et une pléthore de secteurs, mais à une petite association insignifiante.
Face au silence prolongé d’Abderrzak Afilal, nous avons encore une fois relancé le secrétaire général du parti, Abbas El Fassi. Celui-ci nous a conviés, cette année, à une réunion à laquelle Abderrazak Afilal n’a pas assisté. Le secrétaire général de l’Istiqlal a demandé au Comité exécutif du parti de prendre l’affaire en main. Ses membres se sont réunis avec, chacun de son côté, Abderrazak Afilal et nous. Mais apparemment, les choses n’ont pas évolué.

Et c’est ainsi que vous avez décidé d’écarter Abderrazak Afilal ?
Effectivement, il y a quelques semaines, nous avons finalement décidé de passer aux choses sérieuses et d’organiser une réunion du conseil national de l’UGTM pour prononcer le limogeage du secrétaire général et son remplacement, le cas échéant, par quelqu’un d’autre. Mais le bureau exécutif de l’Istiqlal est intervenu à la dernière minute en nous demandant de patienter un peu et d’éviter l’expulsion d’Abderrazak Afilal. Mais c’était trop tard. Des représentants venus de toutes les régions du Maroc étaient déjà venus à Rabat pour assister à la réunion. Celle-ci s’est donc tenue en temps prévu, mais elle a évité de prononcer le limogeage. Toutefois, les membres du Conseil ont chargé le bureau exécutif de prendre toutes les mesures nécessaires notamment de limoger le secrétaire général. Depuis, Abderrazak Afilal a continué à faire preuve d’excès de zèle. Il a placé son épouse à la tête de la section féminine de l’UGTM et son fils comme responsable du secteur de la jeunesse. Quant à nous, nous nous sommes réunis au sein du bureau exécutif et avons décidé de le limoger.

Mais la décision du bureau exécutif n’a pas été validée par le Conseil général. Pourquoi ?
C’est exact. Le Conseil général devait se réunir à Casablanca dimanche dernier. Dès que nous avons fixé cette date et le lieu de la réunion, Abderrazak Afilal s’est empressé d’annoncer la tenue d’une autre réunion le même jour, au même endroit. Son but étant bien évidemment de provoquer une bagarre. Et quand le secrétaire général de l’Istiqlal, Abbas El Fassi, nous a demandé d’éviter tout débordement, nous avons suspendu cette réunion en attendant des jours meilleurs.

Jusqu’à quand allez-vous attendre?
Le Parti de l’Istiqlal a chargé de ce dossier deux membres du bureau exécutif, en l’occurrence Abdelhaq Tazi, président du groupe istiqlalien à la Chambre des conseillers, et Mohamed Soussi, inspecteur général du parti. Ces deux hauts responsables du parti vont prendre contact dès cette semaine avec nous et avec Abderrazak Afilal.

Donc, la balle est dans le camp du parti…
Absolument. Abderazzak Afilal nous a mis dans cette situation. Nous ne voulions pas l’écarter de cette manière. Et j’en profite pour vous dire que dès demain, nous sommes prêts à tourner la page et qu’il reste à son poste éternellement s’il le veut. Mais à condition qu’il accepte de travailler en équipe et dans le respect total des règles syndicales, comme cela a toujours été le cas à l’UGTM. Nous voulons uniquement raviver la flamme de notre centrale. Vous savez, le syndicalisme n’est pas une tâche saisonnière, c’est un travail de tous les jours, 24 heures sur 24.

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