Tourisme : Les MRE sauvent la mise

Tourisme : Les MRE sauvent la mise

Dès le lancement de la campagne « Transit 2003 », le 15 juin dernier, plus de 107.000 Marocains ont traversé le détroit de Gibraltar. Ce chiffre atteste d’une hausse supérieure à 14% comparativement avec l’an dernier. Le port de Tanger est ainsi le principal point de passage des MRE qui préfèrent regagner leur pays en bateau. Ce n’est donc pas un hasard que SM le Roi Mohammed VI ait effectué une visite surprise à ce port pour s’enquérir de l’état d’avancement de l’opération de transit et des dispositifs mis en place par la Fondation Mohammed V pour la solidarité. En effet, depuis le début de l’opération, la Fondation Mohammed V pour la solidarité a mobilisé plus de 50 médecins et 70 infirmiers et une centaine d’assistantes sociales, dont le tiers exerce dans le port de Tanger. Il va sans dire que les MRE représentent une population hautement stratégique pour le Maroc. Les flux financiers que cette population est capable de mobiliser sont considérables. A la fin de l’année 2002, le GPBM (groupement professionnel des banques du Maroc) avance le chiffre de 71 milliards de DH en dépôts bancaires (comptes-chèques, dépôts à terme et compte sur carnet). Quant à l’Office des Changes, le dernier chiffre dont il dispose concerne le transfert des MRE pour l’année 2001: elle atteint presque les 37 milliards de DH. Cette manne financière est devenue vitale pour toute l’économie marocaine. Les secteurs publics et privés lancent chaque année des campagnes de séduction pour bénéficier de ces transferts. Tout le monde est intéressé, les banques et les promoteurs immobiliers viennent en tête. Cette année, l’ONMT et le ministère du Tourisme se sont joints à eux. Une offre intéressante a été mise sur le marché en partenariat avec les établissements hôteliers et les agences de voyages. Le secteur immobilier n’est pas en reste. Aujourd’hui, les clients MRE sont de deux types, correspondant à deux générations. La première est composée de travailleurs immigrés en Europe au cours des années 60 et 70. Leur épargne est destinée en premier lieu à l’achat d’un bien immobilier dans leur région d’origine. Quant à la deuxième génération, celle des enfants, ses préoccupations et ses goûts sont totalement différents. Ils visent d’autres types de produits immobiliers. Il s’agit de logements « prêts à habiter », des chalets ou des bungalows, dans des villes touristiques, les plus souvent balnéaires. Cette demande est prise au sérieux par les promoteurs immobiliers, publics et privés. Au-delà de leur importance économique, les MRE jouent un rôle considérable et peu connu en matière écologique. Peut-être même sans le savoir, ils luttent efficacement contre la désertification de plusieurs zones à risque. En effet, grâce essentiellement aux transferts de leurs proches installés à l’étranger, des familles entières survivent tant bien que mal dans des oasis en plein centre des déserts du Sud (Rachidia, Ouarzazate, Souss…). Sans l’aide des MRE, ces personnes se dirigeraient inéluctablement vers les villes. En les maintenant sur place, les MRE rendent un service colossal à l’environnement. Ces familles restées dans les oasis pratiquent des cultures qui sont en majorité peu rentables. Mais leur présence est importante car elles freinent énormément l’essor du désert. Toujours dans la région du Sud, et spécialement dans le Souss, les MRE ont été à l’origine de la construction de plusieurs routes rurales. Là encore, leur contribution indirecte à la lutte contre l’exode rural et parfois même son développement, est peu connue. Tout cela est un corollaire de la solidarité familiale et découle de l’attachement sans faille des MRE à leurs origines. La question qui demeure posée est celle de savoir si la deuxième génération des MRE est attachée, autant que la première, à ces valeurs. Une réflexion profonde doit être entamée par les autorités publiques au plus vite possible avant qu’il ne soit trop tard. Vraisemblablement, les jeune MRE ont d’autres soucis. Ils préfèrent vivre au même rythme que leurs voisins et collègues européens. Au Maroc, ils se comportent généralement comme des touristes… exigeants.

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