Tout n’est pas pourri

Tout n’est pas pourri

ALM : Comment certaines maisons de bienfaisance sont-elles arrivées à l’état de délabrement dans lequel elles sont actuellement?  
Mohamed Talbi : A l’analyse de la situation à laquelle sont arrivées certaines associations de bienfaisance, on se rend compte que ce n’est pas uniquement ce secteur qui a fait les frais de la mauvaise gestion. On se rappelle des événements liés à des établissements comme la CNSS ou encore le CIH. A un moment donné de notre Histoire récente, des notions comme l’évaluation, le suivi, le contrôle n’étaient pas généralisées. Tous les secteurs où ces règles de bonne gestion étaient absentes ont connu des fins tragiques.
Ceci d’une part. De l’autre, la priorité a été, pendant de longues années, accordée aux secteurs à fort potentiel de développement et de croissance. L’intérêt porté aux secteurs productifs s’est fait au détriment des secteurs sociaux. Ce qui explique la baisse des budgets alloués à ces secteurs. Ce n’est que depuis 1999, année où S.M Mohammed VI a dès son intronisation fait de la politique de proximité une priorité totale, que la tendance a été inversée. Un nouvel esprit s’est installé et il a été couronné par la mise en place d’un ministère, qui n’est autre que  le ministère du Développement social, de la Famille et de la Solidarité, chargé de ce secteur.  

Une nouvelle stratégie, supposée remédier aux problèmes que vit une bonne partie de ces associations, est en élaboration. Quels en sont les principaux axes ?
La nouvelle stratégie tourne autour de deux axes. Le premier à trait au niveau réglementaire et législatif. Là-dessus, tous les départements concernés travaillent actuellement sur l’élaboration de nouveaux textes, à même de donner plus de clarté quant aux  attributions de chaque département et aux missions à mener. Le deuxième volet concerne la mise à niveau des institutions de bienfaisance. Une mise à niveau qui comprend plusieurs niveaux. Les ressources humaines, que ce soit sur le plan de la gestion administrative et financière des établissements de bienfaisance ou celui du le personnel d’encadrement éducatif, sont appelées à se mettre à niveau. Il en est de même pour les structures elles-mêmes. Des travaux d’extension, d’aménagement et d’équipement des établissements seront menés incessamment et sur une échelle nationale. La modernisation des outils de travail, notamment par la généralisation de l’outil informatique dans la gestion des établissements comme dans la formation des pensionnaires, occupe une large place dans ce programme.

Qu’en est-il des sources de financement de ces projets ? L’Etat, a-t-il les moyens de ses ambitions?
Nous tablons, concernant ce registre, sur plusieurs sources de financement. Il y  aura naturellement une grande partie de ces mesures qui sera prise en charge par l’Etat. Mais nous allons également faire appel à la coopération internationale, aux associations de bienfaisance et aux mécènes. Je pense qu’une fois l’architecture globale de cette nouvelle stratégie est définie et mise en place, le problème du financement ne se posera pas. Ce qui est d’ores et déjà prévu de notre part, c’est l’augmentation, à hauteur de 20%, de nos subventions aux établissements de bienfaisance, qui se sont élevées l’année dernière à 60 millions de DH. Nous allons également débloquer un autre budget, de 10 millions de DH, à des actions urgentes. Ceci, en plus du déblocage de 4 millions de DH auquel va procéder le ministère du Développement social, de la Famille et de la solidarité.

Des mesures de contrôle sont-elles envisagées pour éviter que des scénarios comme celui de l’Association de Aïn Chok ne se répétent ?
Côté Entraide nationale, nous allons d’abord lancer 250 audits, qui seront menés par des cabinets externes. Dans le même sens, le service général d’inspection, dont le travail consiste en l’envoi régulier d’inspecteurs dans les différentes maisons de bienfaisance du pays, sera régionalisé. Cette démarche permettra un suivi plus régulier et plus pointu. D’autres départements, des ministères aux  collectivités locales, pourront également demander des comptes aux établissements qu’ils subventionnent.

Qu’en est-il des maisons de bienfaisance qui, au lieu de répondre à leur vocation première, sont actuellement squattées par des familles entières ?  
Il est vrai que de tels cas existent. Mais il ne s’agit en principe que de solutions transitoires et de problèmes imprévus. A chaque fois qu’un problème de relogement ou de prise en charge de familles se pose, la première des choses à laquelle on pense, ce sont bien évidemment les  associations de bienfaisance. Maintenant, ce qu’il faut, c’est que les organismes et départements chargés de ces questions puissent les prendre en charge et laisser les maisons de bienfaisance répondre à leur vocation première.

A quand des maisons de bienfaisance qui remplissent comme il se doit leurs rôles ?
Il faut, à mon avis, faire la distinction entre les agissements de quelques personnes et le rôle très important que jouent les institutions de bienfaisance dans notre pays. Des institutions dont certaines datent des années 1920 et qui ont permis la prise en charge de plusieurs dizaines de milliers de personnes. Dénigrer ces institutions, c’est nier tous leurs bienfaits. Tout n’est pas pourri. Ces associations sont appelées, maintenant et plus que jamais, à continuer leur noble travail. En cela, elles seront désormais couvertes par la loi.

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