Trafic de soie à grande échelle

Trafic de soie à grande échelle

L’étau se resserre autour de David Chetrit. Après l’affaire des conteneurs saisis au port (voir ALM n° 726 du 10 septembre 2004), l’homme d’affaires marocain est aujourd’hui épinglé dans une mystérieuse affaire de trafic de la soie à «grande échelle». D’une rare vigueur, le communiqué de l’Administration des douanes et impôts indirects part du cas «d’une entreprise de la place qui usait de manoeuvres frauduleuses pour écouler sur le marché local des tissus importés sous régime d’Admission temporaire», pour finir sur une véritable toile d’araignée.
Selon le communiqué, tout est partie de vagues soupçons à propos d’une société dénommée Jafar Confection pour le retrait de sommiers importés. De là, les douaniers ont découvert que cette société utilisait des manoeuvres frauduleuses pour écouler sur le marché local des tissus importés sous le régime de l’Admission temporaire pour perfectionnement actif.
Normalement, ce régime suspensif des droits de douane permet à des entreprises, d’importer des produits, de les transformer au Maroc pour ensuite les réexporter. Cela permet à l’entreprise d’économiser en procédures, d’être plus réactive vis-à-vis de ses donneurs d’ordre et au Maroc de faire tourner ses usines de textiles, de créer des milliers d’emplois, et d’améliorer ses performances à l’exportation.
Mais au lieu de jouer le jeu de l’Admission temporaire jusqu’au bout, Jafar Confection acheminait les marchandises ainsi introduites au Maroc dans un dépôt situé au quartier Roches Noires de Casablanca. Là apparaît le nom de David Chetrit, propriétaire dudit dépôt et que la Douane présente comme un homme ayant été impliqué dans des affaires d’abus de régime économique lors de la campagne d’assainissement de 1996. La Douane poursuit ses investigations et découvre dans d’autres dépôts du même homme, situés cette fois-ci à Derb Omar et à Aïn Sebaâ, d’importantes quantités de tissus qui seraient également détournées de leur destination.
L’affaire se complique encore un peu plus quand ldes investigations complémentaires révèlent que des comptes d’ATPA souscrits par la société Jafar Confection ont été apurés par des cessions faites à la société Devec. Ce dont le responsable de cette société dit ne pas être au courant, arguant n’avoir jamais entretenu de relations commerciales avec Jafar Confection. D’où viennent donc ces mentions de cessions faites par la société Jafar Confection à Devec? A en croire le responsable de cette entreprise, lesdites cessions seraient faites à son insu. Si tel était le cas, la défaillance ne pourrait venir que du système informatique de l’ADII.
La consultation du système informatique de la Douane révèle justement que ces cessions ont été faites par une personne qui avait connaissance du code attribué par l’ADII à Devec. L’auteur de cette manoeuvre frauduleuse serait une personne employée par cette dernière entreprise et actuellement dans une autre société.
La Douane n’a aucun mal à faire auditionner cet employé, qui, connaissant les codes attribués à Devec et à une autre société appelée Convex, reconnaît avoir été soudoyé pour enregistrer des cessions fictives à ces sociétés, pour décharger abusivement Jaafar Confection.
Ces aveux confortent l’ADII dans ses présomptions. Différentes opérations de recensements sont en cours dans les trois dépôts. David Chetrit quant à lui a été convoqué par la Douane. Les choses n’en resteront sans doute pas là, puisque les services de la Douane sont en train de procéder, d’après les opérateurs, à une sorte d’assainissement sous couvert d’opérations de recouvrements.
L’affaire est pourtant des plus banales, notent quelques membre de l’Amith contactés par ALM. David Chetrit était suffisamment connu des services de la Douane pour que ses nombreuses activités, licites ou pas, soient connues et répertoriées par les services de la Douane . Les opérateurs qui soupçonnent le nouveau directeur de la Douane de vouloir réformer l’admission temporaire et d’une manière générale les régimes économiques en douanes, craignent que ce qu’il est convenu d’appeler désormais l’affaire Chetrit ne soit qu’un prétexte.

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