Trou d’air à la RAM

Le torchon brûle de nouveau entre la RAM et une partie de son personnel, les techniciens notamment. Ceux-ci ont déclenché, jeudi et vendredi derniers, un mouvement de grève en guise de protestation contre leur situation matérielle. Les grévistes ont choisi ce timing pour faire pression sur la direction. Un timing coïncidant avec la période de retour des RME dans leurs pays d’accueil. En somme, le moment propice de clouer les avions au sol et de perturber le trafic aérien de la compagnie.
Lancée le15 août par les syndicats, cette grève n’aura pas atteint ses objectifs selon la direction, puisque les vols en direction des principales destinations européennes n’ont pas subi de perturbation notable. Ce qui n’est pas de l’avis des techniciens qui expliquent que deux avions sont restés immobilisés, l’un à Marrakech et l’autre à Casablanca. En fait, il est difficile de paralyser le trafic d’une compagnie aérienne, à moins que les pilotes ne participent, eux aussi, au mouvement débrayage. “Pour la maintenance technique de la flotte, le transporteur arrive toujours à se débrouiller“, explique un cadre de la RAM.
Une chose est sûre : le malaise des techniciens de la RAM reflète le climat à l’intérieur de cette boîte. Les protestataires mettent en avant des revendications essentiellement matérielles : la gratuité des billets réservés qui ne bénéficie qu’à certaines catégories, la mise en place de la couverture maladie, la réintégration des licenciés “abusivement“, l’octroi des prêts sans intérêts de l’ordre de 250.000 DH, l’application de la semaine de 40 heures et l’intégration des charters, Pèlerinage et Omra dans la prime de productivité.
Les partenaires sociaux de la RAM accusent la direction de négliger les demandes “légitimes“ des mécaniciens et d’user de manoeuvres dilatoires tout en faisant semblant d’ouvrir un dialogue sérieux pour assainir la situation et améliorer les conditions de ceux qui s’estiment lésés.
Du côté de la direction, on précise que la conjoncture traversée depuis quelque temps par la compagnie ne lui permet pas d’accéder aux revendications financières des mécontents. Rien que la généralisation des billets réservés aurait un coût considérable de plus de 100 millions de DH par an au transporteur. Une charge supplémentaire, explique-t-on, qui grèverait le budget déjà peu reluisant de la boîte. Or, en période de vaches maigres, tout le monde est censé serrer la ceinture et faire des sacrifices par des réaménagements appropriés comme la révision de la masse salariale. Or, à la RAM, cela ne semble pas être le cas. Le président-directeur général et les directeurs s’octroient avantages et privilèges ainsi les salaires qu’ils veulent comme si l’entreprise était en très bonne santé“, note un syndicaliste en colère.
Cependant, l’arrivée de Mohamed Berrada à la tête de la RAM est intervenue alors que cette dernière a du plomb dans l’aile. Les événements du 11 septembre et l’attaque terroriste de Djerba. Ces deux catastrophes, la dernière plus que la première, ont eu des effets négatifs sur l’activité commerciale de la RAM. Celle-ci va rentrer dans une zone de turbulence avec la disparition du monopole et l’avènement de “l’open Sky“. Déjà, une compagnie privée marocaine du nom de Mondair, qui a obtenu l’autorisation d’opérer sur le créneau des charters, a transporté cette saison des RME à partir de la France vers le Maroc. Une deuxième entreprise, Morocco Airways, est en train de se préparer pour la même activité à partir de Casablanca.
L’avantage de ce genre de compagnies, c’est qu’elles offrent des vols à tarifs réduits, un peu à l’image de Easy Jet, qui est considérée comme un exemple de compétitivité et de professionnalisme. Avec une flotte de 32 avions, la RAM doit consentir des efforts colossaux pour affronter cette concurrence rude qui pointe du nez. Le ciel promet d’être embouteillé pour la compagnie nationale. Fin d’une époque.

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