Un béton armé mal dosé

Un béton armé mal dosé

Aujourd’hui Le Maroc : Comment réagissez-vous à la polémique concernant les normes de constructions parasismiques qui a suivi le séisme d’El Hoceïma ?
Bouchaïb Benhamida : Depuis mardi matin, j’ai vu de multiples déclarations mettant en évidence la non-conformité des constructions aux normes parasismiques. Mais je pense que c’est un faux-débat. La gravité de la situation est essentiellement due au fait que les bâtiments qui ont été démolis n’ont pas été construits par des professionnels qui répondent aux exigences des autorités de tutelle, notamment le ministère de l’Habitat. Le séisme qui a frappé la région d’El Hoceïma a détruit de nombreuses constructions, non parce qu’elles ne répondent à pas à des normes de sécurité contre les tremblements de terre, mais parce qu’elles n’ont pas été construites par des professionnels qualifiés. Le danger est d’autant plus grand quand il s’agit de bâtiments collectifs destinés à loger de nombreuses familles, ou encore à de la promotion immobilière. Construire un R+3 ou R+4, en faisant appel à des tâcherons relève de l’inconscience et de l’irresponsabilité. Ces derniers, qui n’ont suivi aucune formation adéquate, se permettent d’ériger des constructions qui ne répondent à aucune norme technique et de construire en béton armé sans savoir le doser. A la moindre secousse, le tout s’effondre faisant des dizaines de victimes.
Respecter un code de construction parasismique est tout de même important dans une région qui connaît une importante activité sismique ?
Les normes parasismiques prennent de l’importance dans des zones à haut risque sismique, comme les régions d’El Hoceïma ou Agadir où il est obligatoire de les respecter. Les constructions dans les autres régions du Maroc, qui ne connaissent qu’une faible activité sismique, ou qui n’en connaissent pas du tout, ne sont pas obligatoirement soumises à ces normes-là. Ceci ne les met pas à l’abri d’éventuels tremblements de terre dont le danger n’est pas à écarter à 100 %. A El Hoceïma par exemple, toutes les constructions ne se sont pas effondrées. Il est donc judicieux de se poser la question : Qu’est-ce qui a fait que tel bâtiment n’a pas été détruit par le séisme, alors qu’à quelques mètres, des rues entières sont tombées sur la tête de leurs habitants ?
Pourquoi ne pas avoir recours systématiquement à des entreprises qualifiées répondant aux normes du ministère de l’Habitat?
Tout simplement parce que personne n’oblige les promoteurs immobiliers à s’adresser à ces entreprises qui disposent pourtant du savoir-faire nécessaire et qui respectent les systèmes de qualification et classification du ministère de l’Habitat. Au Maroc, il existe un millier d’entreprises qui répondent à ces normes, c’est-à-dire qui ont l’encadrement technique qu’il faut. Mais on ne fait pas appel systématiquement à elles.
Il n’y a que les établissements étatiques qui le font. Et prenez l’exemple des constructions commandées par ces derniers, elles ne sont faites que par des sociétés spécialisées après expertise. Les ponts et différents gros ouvrages de la province d’El Hoceïma, en plus des hôpitaux, écoles et autres bâtiments publics n’ont pas été touchés par le séisme. Vous comprenez maintenant pourquoi.
Serait-ce un problème de coût de construction ?
Les constructions faites par des professionnels et qui sont le fruit du travail d’architectes et ingénieurs entre autres, reviennent certes plus chères. Il est clair que l’expertise d’un bureau d’études, qui intervient à de différentes étapes du processus de construction, nécessite plus d’argent à investir. Mais c’est le prix à payer pour un minimum de sécurité. Quand il s’agit de vies humaines, l’argent n’a pas de valeur.
Que faut-il faire dans le futur pour éviter de pareilles situations dramatiques ?
L’Etat doit exiger le recours systématique aux entreprises qualifiées pour toute construction collective. N’importe quelle société ne peut mettre en péril la vie des innocents. En parallèle, un contrôle de ces normes de construction doit être mis en place, et ce tout au long du processus de construction.

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