Un fait colonial

Un fait colonial

ALM : Le bilan de la Conférence de Madrid sur l’Irak reste mitigé. Quel regard portez-vous sur cet événement ?
Khalid Naciri : Apparemment, il s’agit d’un événement que l’on voulait être une conférence de bailleurs de fonds. De manière trop succincte, il y a lieu de dire qu’il s’agit d’un échec, ou du moins d’un succès modeste eu égard aux objectifs escomptés exprimés avant cette conférence, particulièrement en ce qui concerne les attentes américaines.
Ce qui nous intéresse le plus dans cette affaire, c’est la nature de la stratégie américaine dans la région. Qu’en est-t-il à présent des arguments avancés pour faire la guerre ?
Il est évident que l’histoire des armes de destruction massive est une feuille de vigne qui ne cache rien. Tout le monde sait que ce qui intéressait les Américains c’est la rente pétrolière, et il est évident que ce paramètre pétrolier est fondamental en la matière, c’est-à-dire en tant que facteur de mobilisation de l’armada américaine pour la prise d’assaut de l’Irak. Pour les Américains, la défense de leurs intérêts en énergie passe par la mise au pas des régimes sur place. Ils ont réussi avec l’Irak, ils ont une attitude décevante sur la question palestinienne, ils se sont installés pour une longue période durée en Afghanistan et menacent la Syrie et l’Iran. Bref, ils n’ont jamais autant mérité l’image de gendarme qu’au aujourd’hui.
Mais, en contre-partie, nous constatons que ce sont les forces «du passé» en Irak, qui livrent bataille contre l’occupation. Où sont donc la société civile, les syndicats, les partis politiques et les organisations de défense des droits de l’Homme ?
La raison du désordre est due à la désarticulation de la société et de l’Etat, d’où l’absence d’une autorité légitime. C’est la porte ouverte aux hypothèses les plus invraisemblables. L’ancien pouvoir a été balayé dans les conditions et circonstances que l’on connaît, mais le problème qui se pose, maintenant, ce sont les Américains qui installent le nouveau pouvoir. C’est, donc, normal qu’il y ait des résistances. Un tel phénomène n’est pas nouveau et a existé dans toutes les expériences qui ont été marquées par la colonisation. Que les Américains expriment leur étonnement et s’attendent à ce que les Irakiens les accueillent à bras ouverts; et ce sans leur donner le pouvoir, cela prouve qu’ils se trompent totalement.
Comment voyez-vous l’avenir?
Face à ce fait colonial, il n’y a qu’une seule solution qui consiste à ce que le peuple irakien soit mieux en mesure de gérer ses propres affaires et à exercer en toute liberté son droit à l’autodétermination. Il est évident que dans le cas échéant, seules les structures tribales sont restées intactes. Ce sont ces vieilles structures qui ont survécu à l’Etat et qui se confirment de nos jours en tant que réalité anthropologique et sociologique ; alors que, d’un autre côté, n’importe quel groupe peut réagir et déclarer la guerre pour la libération du pays, ce qui est en soi un véritable drame.
Selon plusieurs observateurs, le président Bush serait piégé par une guerre qui pourrait menacer sa reconduction à la Maison-Blanche. Partagez-vous cet avis?
La société américaine vit une mutation évidente. Les sondages qui étaient favorables au président Georges W. Bush ne le sont plus, ou de plus en plus défavorables à sa gestion. L’opinion publique réagit négativement au maintien de la présence américaine militaire en Irak, et il faudrait peut-être s’attendre à ce que cela évolue. Bien entendu, le clan Bush et l’extrême droite qui l’accompagne se heurtent à plus de difficultés. A priori, ce clan aura des difficultés et ne pourra plus continuer à flatter le sentiment nationaliste primaire. Les démocrates vont, apparemment, remonter la pente et ils sont assurément en train de gagner du terrain.

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