Un laxisme explosif

Avis de détonations sur le Maroc. À l’approche de la fête d’Achoura, qui aura lieu du 23 au 24 mars, les autorités locales sont mobilisées. Comme chaque année, à cette occasion, le ministère de l’Intérieur a adressé aux divers corps représentant l’autorité locale (police, protection civile, douane…) une circulaire datée du 2 mars. Le message attire l’attention sur le commerce dangereux de ce rituel fait de pétards, d’explosifs et de feux d’artifices sophistiqués et à forte détonation. Un attirail dangereux manié, pour faire joujou, par les enfants, en mal de loisirs, dans différentes villes du pays.
Ce jeu périlleux occasionne régulièrement des accidents terribles. Qui perd un oeil, qui se blesse au visage… L’inconscience totale. Or, l’auteur du message recommande de “prévenir tout risque pouvant découler de l’utilisation abusive de ces produits“ en en contrôlant l’introduction, la commercialisation et l’utilisation avec une attention particulière pour les lieux de stockage assortie d’une action de sensibilisation des citoyens.
Tout destinataire de cette note vous dira tout de go que la tâche qui lui est assignée à cette occasion est une gageure. Comment contrôler, en effet, a posteriori diverses variétés d’explosifs une fois introduites sur le sol national pour y être commercialisées ? Et puis, la mise en vente de ces produits périlleux, de fabrication essentiellement chinoise et qui rentrent en contrebande par Sebta et Mellilia, est libre comme le vent. Le quartier commerçant de Casablanca, Derb Omar par exemple, est plein de magasins qui vendent au su et au vu de tous les pétards de Achoura qui s’apparentent souvent à de la vraie dynamite. “ La solution idéale serait d’interdire ces explosifs à l’importation, explique un responsable. Le problème sera ainsi résolu à la source.“
Seulement voilà, il n’existe pas actuellement de loi qui interdit cela. Un responsable explique que les pétards d’Achoura sont prohibés légalement mais le contrôle est défaillant en raison notamment de la contrebande.
Le plus grave, en plus de l’usage de cette matière explosive par les enfants, demeure les conditions de son stockage qui ne respectent aucune norme de sécurité. Imaginez les ravages éventuels d’un dépôt non sécurisé et bourré d’explosifs… Cela donne froid dans le dos.
Du côté du ministère de l’Énergie et des mines, on signale que la législation ne gère pas les feux d’artifice et autres pétards de Achoura. Alors quelle est l’instance habilitée à s’occuper du problème ? Quand la patate est chaude et le cas échéant, explosive, on comprend que personne ne veut la garder pour lui…
De son côté, le ministère en question a élaboré récemment un nouveau texte sur l’usage des explosifs à usage civil qu’il a transmis au secrétariat général du gouvernement et aux instances concernées. Le détonateur de cette initiative aura été les drames, qui ont fait des victimes, survenus au cours de ces dernières années à cause de la poudre explosive, connue au Maroc sous le nom du baroud. La dernière catastrophe en date a eu lieu l’été précédent lors du Moussem de Boujaâd. La poudre qui traînait sur les lieux a engendré une forte déflagration.
À la gare routière de Ouled Ziane à Casablanca, un autocar, il n’y a pas longtemps, a carrément sauté, faisant des morts et des blessés. Un voyageur inconscient transportait avec lui une quantité de baroud pour aller participer à une fantasia dans la campagne. Dans nombre de tribus marocaines, à Beni-Mellal et à Essaouira par exemple, les habitants continuent à fabriquer eux-mêmes, de manière clandestine et souvent en complicité avec les agents de l’autorité, la poudre noire explosive à partir d’un mélange du potassium et du soufre. Une activité artisanale héritée de père en fils.
En attendant l’adoption du projet de loi, qui se veut répressif et contraignant, du département de l’Énergie et des Mines, force est de constater que la législation en la matière reste défaillante. Les textes de loi régissant les explosifs au Maroc datent du protectorat, de 1914 exactement. Une quantité de dahirs et d’arrêtés viziriels promulgués ensuite, en 1932 et 1954, sur l’importation, la circulation, le stockage et la fabrication de l’explosif sont venus compléter cet arsenal juridique qui a besoin d’urgence d’un toilettage en profondeur. L’affaire est sérieuse. On ne joue pas impunément avec le feu. Quand l’étincelle du laxisme rencontre la mèche du détonateur, cela ne peut faire que des dégâts.…

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