Un politique pour les femmes

Ce n’était pas une retraite. Juste un retrait. M’hamed Boucetta est de retour au-devant de la scène politique comme président de la commission consultative royale chargée de la révision de la Moudawana. Une nomination inattendue mais qui, en y regardant de plus près, va au successeur de Driss Dahak comme un gant. Signe significatif, l’ex-leader de l’istiqlal était parmi les rares personnalités politiques invitées par S.M le Roi Mohammed VI à assister à la cérémonie d’inauguration de la Place Mohammed V qui a eu lieu récemment à Paris. L’éclipse de Me Boucetta de la vie publique aura duré près de cinq ans. C’était en février 1998, lors du congrès de l’Istiqlal qui a vu le secrétaire général du parti passe le flambeau à Abbas El Fassi.
Ce fut une cérémonie émouvante qui a renvoyé à ce moment-là l’image d’une formation qui a le souci du rajeunissement. Mais les hommes d’expérience ne jettent jamais complètement l’éponge, Me Boucetta devient en effet membre du conseil de la présidence aux côtés des historiques, en l’occurrence, Hachemi Filali, Boubker Kadiri, M’Hamed Douiri et Abdelkrim Ghallab. Un comité de sages en quelque sorte chargé de veiller à l’élaboration des “grandes orientations du parti“.
La mine un peu spartiate, le verbe haut, ce natif de Marrakech le 23 décembre 1925 tombera très tôt, encore élève à l’école primaire, dans le chaudron de la politique. La rencontre avec Allal El Fassi, en 1936, change la trajectoire de sa vie. En 1940, il adhère aux cellules de l’Istiqlal après avoir rejoint le lycée Moulay Driss à Fès. En 1946, il part en France pour poursuivre ses études en philosophie à la Sorbonne.
Parcours très dense que celui de M’Hamed Boucetta. Titulaire également d’une licence en droit, cet avocat de carrière a été des deux grands procès politiques de 1959 et de 1973. Dans le premier, il fut le défenseur de Ali Yata, Mahjoub Benseddik et Fkih Basri… Dans le second, celui, des gauchistes, il plaida la cause de Anis Balafrej et ses amis accusés d’atteinte à la sûreté de l’État.
Figure parmi les figures, Me Boucetta occupe nombre de responsabilités ministérielles depuis l’indépendance du pays. Nommé en 1958 secrétaire d’État adjoint aux Affaires étrangères, il sera hissé en 1960 au rang de ministre de la Fonction publique et de la Réforme administrative puis à celui de ministre de la Justice. En mars 1977, il est ministre d’État et en octobre de la même année il est appelé à être ministre d’État chargé des Affaires étrangères et de la Coopération dans le gouvernement de Ahmed Osman.
Il occupera le même poste en novembre 1981 dans le cabinet de Maâti Bouabid. Me Boucetta figure encore, cette fois-ci en tant que ministre d’État, dans le gouvernement de transition du 30 novembre 1983 chargé de préparer le référendum et les élections législatives.
Celui qui succédera dès 1974 à Allal El Fassi à la tête de l’istiqlal et bénéficié du renouvellement de son mandat par trois fois ( lors du 10ème, 11ème et 12ème congrès du parti) a été élu député de Marrakech (circonscription Bahia centre) à l’occasion des législatives de 1984 et celles de 1993 après avoir été président du conseil municipal de Marrakech dès 1960.
Peu de gens le savent, M’Hamed Boucetta a failli être nommé Premier ministre en 1994, dans le cadre d’un gouvernement d’alternance. Mais des événements de dernière minute ont dû faire capoter cette décision.

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