Un SMIG régional et après ?

Depuis la fin de l’accord multifibre, au 1er janvier 2005, les professionnels du secteur textile crient à qui veut les entendre que leur activité se porte très mal, qu’elle agonise et que par conséquent, elle a besoin d’un traitement de choc. Pour faire face à la déferlante chinoise, les textiliens marocains exigent que l’Etat leur vienne en aide. Par "aide", il faut bien évidemment entendre "exonérations fiscales", "baisse des impôts", "subventions à l’exportation", etc.
Pourtant, le taux de prise en charge du secteur textile par la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) est en nette amélioration cette année. Selon des sources internes à la Caisse, de janvier 2004 à janvier 2005, la masse salariale du secteur affiche une hausse de 5%, alors que celle des effectifs affiche une progression de  8%. Compte tenu de l’évolution globale de cet indice pour l’ensemble des secteurs pris en charge par la Caisse (4 à 6%), cette évolution est surprenante pour un secteur que l’on dit toujours en crise.
Le ministre de l’Industrie, du Commerce et de la Mise à niveau de l’Economie, Salah Eddine Mezouar, avait estimé, il y a quelques semaines, que sans action "volontariste", tant au niveau des opérateurs qu’à celui de l’Etat, le secteur du textile risque de perdre 30 % de ses emplois et 20% de ses exportations en cinq ans. Le ministre, ex-président de l’Association marocaine de l’industrie textile (AMITH), a indiqué que la mise en place d’une nouvelle stratégie permettra non seulement à ce secteur de conserver ses emplois mais également de créer entre 70.000 et 100.000 autres emplois sur les cinq à huit ans qui suivent le démantèlement des accords multifibres. Le Maroc s’ouvre à la mondialisation alors qu’il a longtemps fonctionné dans une logique protectionniste, avec un tissu industriel essentiellement composé de PME familiales, a-t-il indiqué, faisant remarquer que la tendance mondiale va vers un recentrage sur les cœurs de métier, en vue de développer un avantage concurrentiel sur un créneau spécifique. Le Royaume "ne peut rester en marge de ce mouvement", a-t-il dit.
Les textiliens de l’AMITH et leur président, Karim Tazi, sont les premiers à réclamer la mise en place d’un SMIG régional. C’était aux lendemains de la date du premier janvier 2005 et de la fin de l’accord multifibre. A l’époque, une telle suggestion laissait perplexe les économistes et exaspérait  les leaders syndicalistes, lesquels sortaient à peine d’un laborieux processus de mise en place d’un code de travail.  Faudrait-il de nouveau se lancer dans une autre bataille d’amendement de textes ? Comment déterminera-t-on sans contestations le SMIG à Marrakech et celui de Guercif ?
De plus, l’approche régionale qui varie en fonction du niveau de vie ne signifierait-il pas plutôt pour une ville chère comme Casablanca, une augmentation du SMIG, alors que visiblement, les textiliens cherchent le contraire ?  Aujourd’hui, à défaut d’être une urgence au Parlement, l’approche régionale du salaire minimum gagne des  adeptes dans les instances de la CGEM. Des tournées régionales sont prévues. Mais la bataille promet d’être longue, face aux textes en vigueur et surtout face à la position ferme du Premier ministre qui entend céder sur tout, sauf sur les charges sociales. D’autant que, comme le révèle le benchmerking présenté par Karim Tazi, lors de la réunion avec Driss Jettou le 26 avril, l’industrie textile croule sous des coûts de production élevés par rapport à la concurrence. Alléger les charges sociales à elles seules suffirait-il face à un coût de l’énergie jugé élevé et à un outil industriel vieillissant.  La supposée proximité avec l’Europe est loin d’être un gain face à des coûts logistiques décriés par les industriels. Difficile, pour un secteur habitué aux mesures d’exception, et qui a bénéficié d’une certaine amnistie jusqu’en 1998 et aux régimes économiques généreux (Admission temporaire notamment), de compter sur lui-même pour se développer.

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