Un traiteur pour la prison

«Ce n’est pas une solution. Il faut plutôt remédier à la maltraitance des détenus avant de penser à la restauration. La dignité de l’être humain est bien plus importante», déclare le secrétaire général de l’Observatoire marocain des prisons (OMP), Abderrahim Jamaï, en réaction à la privatisation de la restauration dans les pénitenciers de Kénitra. Il est vrai qu’il ne s’agit pour le moment que d’une expérience-pilote, mais il y a de fortes chances qu’elle soit généralisée, comme le prévoit d’ailleurs le ministère de la Justice. Une initiative qui ne laisse pas insensible l’OMP qui a publié, le mois dernier, son rapport annuel (2005) sur l’état des lieux dans les prisons. Il y souligne, en premier lieu, la surpopulation qui transforme, parfois, les toilettes en dortoirs pour les détenus.
De telles conditions génèrent inéluctablement promiscuité, manque d’hygiène et maladies. Les différentes plaintes reçues par l’OMP apportent une preuve tangible de cet état de choses, mais aussi et surtout du non-respect de la dignité des détenus. Parmi les plaintes recueillies entre mai et septembre 2006 figurent en tête de liste celles parvenues de la prison centrale de Kénitra. Un groupe de détenus y dénonce des agressions physiques et des harcèlements moraux l’ayant poussé à adresser une lettre au directeur général et à observer des grèves de la faim.
A présent, cette prison fait l’objet de l’expérience pilote de la privatisation de la restauration. La société « Eurest Maroc » ayant décroché le marché présente des menus à 12,88 DH. Un prix qui suscite également des réactions à l’OMP. «Nous avons toujours milité pour l’application des normes internationales sur tous les plans dont la nourriture. Mais, peut-on, au prix de 12 DH, manger équilibré?», se demande Nadia Benhida, membre du bureau exécutif de l’OMP. Un autre membre du même bureau, Ahmed Habchi, reconnaît que l’Observatoire n’a pas connaissance du contenu du contrat liant les deux partenaires ni de la méthode que compte entreprendre ce restaurateur privé pour remplir son engagement : « On ne sait pas si ça se fera dans les cuisines du pénitencier ou ailleurs et si les détenus seront employés pour la préparation des repas comme il est de coutume dans les prisons… »
De nombreuses questions sont soulevées par les membres de l’Observatoire qui, étant une ONG, ne peut pas procéder au contrôle des repas. «L’OMP aurait pu effectuer une visite au sein des deux prisons de Kénitra pour jeter un coup d’œil sur cela. Mais la direction des prisons ne le lui aurait pas permis. Le dialogue avec cette direction a été rompu suite à un incident », confie M. Habchi. 
L’OMP devra donc attendre que cette expérience fasse des échos pour en avoir une vision un peu plus claire. En tout cas, «il ne faudrait pas que cette privatisation interdise aux détenus de recevoir des repas de leur famille. La portée affective représente beaucoup pour le réconfort des détenus», tient à souligner ce membre de l’OMP. Du côté du ministère de la Justice, le directeur de l’administration pénitentiaire et de la réinsertion, Mhamed Abdennabaoui, a expliqué à la MAP que «Eurest Maroc» est chargée de préparer trois repas principaux qui seront servis aux détenus. Le petit-déjeuner : café et thé en alternance, beurre, confiture, huile d’olive et fromage avec 100 g de pain. Le déjeuner comprend une garniture, un plat principal, un dessert et 200 g de pain.
Quatre jours sur sept, seront servis en alternance les viandes de dinde, de poulet, de bœuf et de poisson avec une garniture de pommes de terre, de légumes secs ou de légumes variés en sauce. Les œufs seront le plat principal deux fois par semaine, alors que les légumes et les lentilles une fois par semaine. Côté dessert, il est prévu de servir des fruits de saison cinq jours sur sept. Les deux autres jours : yaourt et fromage. Le menu du dîner se compose, quant à lui, du potage, de la harira, du riz au lait ou de la vermicelle avec 150 g de pain et un dessert en alternance avec 70g de viande.

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