Une affaire de complices

L’affaire du vol d’armes (sept Kalachnikov et munitions) de la caserne de Taza pose le problème de la sécurité et surtout celui des complicités. Selon Mohamed Boughdadi, retraité de l’armée marocaine, « il est impossible qu’un soldat, quel que soit son grade, puisse dérober des pièces de l’armée et les faire sortir de la caserne sans qu’il y ait des complicités. Pour le cas de Youssef Amani, de deux choses l’une. Ou bien il a dérobé ces pièces dans la chambrée, devant contenir une vingtaine de soldats, sinon plus. Ou bien dans le dépôt d’armes de la caserne. Dans les deux cas, il devrait bénéficier de complicités très actives. » C’est en fait ce qui explique le nombre d’interpellations dans cette affaire et qui a atteint douze personnes en plus du principal mis en cause.
Mais comment peut-il trouver autant d’armes et les faire sortir sans être inquiété outre mesure sur place ? Dans les chambres des soldats, il y a ce que l’on appelle un râtelier. C’est là où les militaires déposent leurs armes, les enchaînent du côté du pontet et les cadenassent. Le chef de chambrée a l’obligation de vérifier et de contrôler le nombre des pièces déposées et leur état. Donc pour qu’un deuxième classe ou même un sous-officier puisse dérober les Kalachnikov déposées, il faut ou bien qu’il soit affecté le jour du délit à la tâche de chef de chambrée. Ou bien qu’il ait profité d’une négligence de la part des militaires qui n’ont pas bien enchaîné leurs armes. Ce qui semble peu vraisemblable.
Quant à dérober ces pièces du dépôt d’armement de la caserne, c’est encore beaucoup plus compliqué. Selon M. Boughdadi, « toute pièce d’armes, toute balle ou détonateur, ne peut être livrée qu’après établissement d’un PV. Rendre ces pièces au préposé responsable du dépôt se fait également contre décharge. On ne peut rien sortir du dépôt sans PV et plus encore quand on a une arme, on ne peut pas la faire sortir de la caserne. » C’est là où s’avère inéluctable une complicité à l’intérieur de la caserne, selon M. Boughdadi. C’est dire que l’affaire Amani dépasse largement ce soldat de deuxième classe. On imagine mal comment un élément à peine débarqué dans l’armée peut avoir toutes ces complicités qui lui permettent de voler sept Kalach et s’envoler avec. D’autant plus que la Kalach n’est pas une petite arme qu’on peut éventuellement dissimuler aisément. C’est dire aussi que l’affaire n’est pas à prendre à la légère au-delà du verdict que la cour prononcera.
À propos du verdict, il est évident que la cour martiale devant laquelle devra être traduit M. Amani prononcer une lourde peine, étant donné que l’acte commis est considéré comme un acte de haute trahison de nature à porter atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat. « Il n’y a rien à y redire, la code militaire est clair dans ce domaine. Théoriquement, c’est la caserne de Taza qui statuera en organisant le procès selon les règles des cours martiales et prononcer le verdict qui s’impose.
Quant aux complices, c’est selon le degré de leur complicité et il y en a qui risquent la même peine. Ne dit-on dans l’armée française qu’un deuxième classe est le miroir de son supérieur immédiat ? », nous déclare un commandant de l’armée à la retraite.
En tout état de cause, l’affaire est grave et elle est certainement traitée en conséquence devant les autorités compétentes. Mais, de là à faire un quelconque rapprochement entre cette grave affaire et des états d’âme de tel ou tel militaire qui avait exprimé des critiques envers sa hiérarchie ou rompu le silence de rigueur dans le monde militaire, il y a un large fossé qu’il serait hasardeux de négliger.

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