Une dérive à l’algérienne ?

Les dernières législatives ont mis en relief la puissance électorale des islamistes du PJD. Le Parti de la Justice et du développement est la seule structure politique qui a immédiatement fait la jonction avec les futures élections communales. Sa présence sur le terrain, si les partis traditionnels du bloc démocratique n’organisent pas la riposte, pourra être fructueuse. De nombreux observateurs politiques rappellent, non sans raison, l’exemple de la victoire du Front islamiste du salut (FIS) aux élections législatives de 1991. La formation de Abbassi Madani avait obtenu, dès le premier tour, 188 sièges sur les 430 en jeu. Il était en ballottage favorable pour 171 autres sièges. Il était assuré de rafler plus les deux tiers de l’ensemble des communes, n’eut été l’interruption par les militaires algériens du processus électoral. Chez nous, ce schéma est quasiment exclu. L’Etat ne voudrait plus intervenir ni interférer dans l’expression politique des citoyens.
Mais l’Algérie des débuts de la décennie quatre vingt-dix n’est pas le Maroc de 2003. La décennie malheureuse, faite de tueries, de massacres et de gâchis, si elle n’a pas profité aux protagonistes pour trouver un terrain d’entente, elle a été, cependant, d’un grand secours pour le Maroc. La comparaison n’étant pas forcément raison, les deux pays voisins ont des spécificités qui font que ce qui est valable de l’autre côté de « Jouj Bghal» n’est pas nécessairement viable de ce côté-ci. La nature des pouvoirs en place, leur légitimité et les prétentions des expressions politiques de l’islamiste sont fortement différentes.
Le FIS avait une conception du pouvoir qui n’est pas similaire à la vision du PJD.
Les visées du FIS apparaissaient dans son programme électoral pour les législatives, en décembre 1991, sans ambages. « Nous n’attendrons pas le deuxième tour pour avaler le régime et les autres partis. Le 26 décembre sera le jour de la séparation entre les mécréants et les musulmans. Nous vaincrons, car cela est écrit par Dieu. Ni Charte ni Constitution, nous irons au Parlement avec le Coran et la Sunna », pouvait-on lire dans les appels au vote en faveur des islamistes du FIS.
Ensuite, la victoire historique du FIS intervenait dans une conjoncture politique particulière à l’Algérie. Elle faisait suite à la gigantesque insurrection populaire de juin 1991et le pays était en état de siège. Les islamistes étaient derrière le mouvement de fronde qu’a connu le pays et bien des dirigeants islamistes ont été emprisonnés pour avoir organisé les émeutes contre le pouvoir des militaires.
La grande protestation a eu lieu juste après les communales de juin 1991 qui avaient permis au FIS la gestion d’un nombre élevé de communes. Ces mêmes communes allaient servir de noyau d’implantation des islamistes algériens et de moyen qui leur permettra d’exercer la fraude des urnes, l’Algérie n’était pas habitué à des élections pluralistes et s’accommodait bien du parti unique et de quelques partis au rôle de figurants.
Donc, tant pour les communales que pour les législatives, la société civile n’était pas outillée pour faire face aux falsifications et à la montée du populisme islamiste. D’ailleurs, lors des premières Législatives pluralistes, la majorité silencieuse ne s’est pas prononcée sur le ou les partis qui pourraient la représenter à l’Assemblée populaire. Près de la moitié du corps électoral n’a pas daigné prendre part à ces échéances électorales (abstentions) et, avec les bulletins nuls, c’est plus de 50% des inscrits qui n’ont pas exprimé leurs voix. Le noyau des forces démocratiques, qui avait décidé de participer aux élections, n’avait pas pu faire face à la déferlante intégriste qui terrorisait déjà le pays. Mais la victoire du FIS est le fruit certain de cet absentéisme que de l’électorat assuré par la présence sur le terrain et les actes de charité en faveur des populations pauvres. L’effritement de la classe politique aux Législatives, avec 48 partis politiques en lice, et le manque de conscience du danger intégriste ont favorisé le raz-de-marée intégriste et le discours intégriste qui frôlait l’anarchie.
Déjà après les élections communales, les partis traditionnels n’ont pas pris au sérieux la percée intégriste et les risques que le FIS représentait pour le pays. La même inconscience a été relevée au niveau du pouvoir central au point que le 26 décembre la surprise était totale. Une autre différence entre les deux expériences vient du fait que l’Algérie a commencé par les communales dont le FIS a assuré une bonne présentation avant d’aborder les Législatives. Au Maroc, c’est l’inverse. Les enjeux ne pourront qu’être reportés à une autre législature. De plus, l’expérience du FIS semble assimilée autant par les pouvoirs publics marocains que par le PJD.

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