Une transition difficile

Le nouveau gouvernement, défini le 5 décembre dernier lors de la conférence inter-afghane de Bonn, ne devrait faire son entrée officielle, à Kaboul, que le 22 décembre prochain. Cela n’empêche pas certaines voix de s’élever – déjà – contre son représentant Hamid Karzaï et son équipe de 29 membres. Au centres des critiques, on retrouve notamment la présence de trois des anciens fidèles du Commandant Massoud aux postes-clés de l’administration : aux affaires étrangères (le docteur Abdullah Abdulla), à l’intérieur (Mohammad Younis Qanooni), et à la défense (Mohammad Qasim Fahim). Il faut dire que, pour aboutir, les discussions de Bonn ont évidemment tourné au compromis. La présence de ce triumvirat, membre du parti Jamiat-e-Islami, s’explique ainsi par le choix, en contrepartie, de Hamid Karzaï, proche de l’ancien roi Zaher Shah, à la tête du gouvernement. Grand sujet de polémique, l’accord aurait été signé non pas sous l’égide, mais sous la pression des Nations-Unie selon certains. Le président déchu Burhanuddin Rabbani, même s’il dit soutenir «pleinement» Hamid Karzaï, a ainsi déclaré ce mercredi que les puissances étrangères avaient «imposé un gouvernement provisoire à son pays» et que «la communauté internationale (avait) fait pression» sur les Afghans. Divisé, l’Afghanistan doit cependant prévenir le retour de l’anarchie et du chaos dont il avait été victime après le départ des Soviétiques en 1992. C’est ce que Bonn a – semble-t-il – tenté d’éviter en nommant aux côtés du pachtoune Hamid Karzaï, quatre vice-présidents (sur les cinq prévus), issus d’ethnies et de groupes politiques différents. Le pachtoune Hedayat Amin Arsala a hérité du portefeuille des finances, le général tadjike Mohammad Fahim de la défense, et Haji Mohammad Mohaqiq, Hazara, de la planification. L’une des deux femmes de l’exécutif, Hazara elle aussi, Sima Samar, a eu la charge de la condition féminine. Equilibré sur le papier, le gouvernement comprend au total onze pachtounes, huit tadjiks, cinq hazaras et trois ouzbeks. Sa mission, clairement définie par les signataires de Bonn, sera d’assurer la transition de l’Afghanistan jusqu’à la convocation par l’ex-roi Zaher Shah, d’une «loya jirga» (assemblée) d’urgence dans les six prochains mois. Celle-ci devra désigner une autorité intérimaire qui dirigera l’Afghanistan jusqu’à ce qu’un gouvernement pleinement représentatif puisse être élu lors «d’élections libres et honnêtes» au bout de deux années maximum. Une autre loya jirga constituante, convoquée d’ici 18 mois, sera chargée d’adopter une nouvelle Constitution pour l’Afghanistan». Après cinq années de pouvoir taliban, l’Afghanistan a donc pour défi de s’unir afin de retrouver une stabilité politique, essentielle à sa reconstruction.

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