USFP-PJD : C’est à nouveau la guerre

USFP-PJD : C’est à nouveau la guerre

Rien ne va plus, encore une fois, entre les socialistes de l’USFP et les islamistes du PJD. Après quelques mois d’accalmie que certains ont même interprétés comme un rapprochement stratégique des deux formations, la tension et la guéguerre par presse interposée, ont repris de plus belle.
Aujourd’hui, ce n’est pas le statut de la femme qui pose problème (la réforme de la Moudawana sous l’impulsion directe du Souverain ayant coupé court à la politisation de cette question), mais plutôt le droit de grève, ou plus exactement l’opportunité de débrayer, qui est à l’origine de la dernière polémique entre l’USFP et le PJD.
Tout a commencé par une grève nationale, observée les 8 et 9 décembre 2004, par la Fédération des fonctionnaires de l’enseignement affiliée à l’Union nationale du Travail au Maroc (UNTM), qui n’est autre que le syndicat du PJD.
Alors que normalement les départements ministériels ont tendance à ignorer les appels aux grèves, le département de Habib El Malki est monté au créneau en critiquant sévèrement « l’attitude irresponsable » de l’UNTM. Et pour cause, les cadres du ministère de l’Education nationale s’étaient réunis avec les responsables dudit syndicat et des solutions concrètes à ses revendications (publication des résultats du concours de l’année 2000, les mutations exceptionnelles, les avancements pour les années 2000, 2001 et 2002) ont été apparemment trouvées.
« A la suite de cette rencontre, nous pensions que l’UNTM allait suspendre son appel à la grève, mais nous avons été surpris par le contraire », assure un cadre du ministère. « Lors de cette fameuse réunion, le ministère nous a servi 23 promesses, et aucune décision concrète », rétorque Rachid Toulali, coordinateur régional de l’UNTM-Enseignement à Rabat.
En tout cas, cette affaire a fait l’objet d’une question orale, le 22 décembre 2004, posée par la députée socialiste, Fatima Belmoudden, au ministre, non moins socialiste, Habib El Malki.
La première a été on ne peut plus dure avec le corps des enseignants. Lors de son allocution, Belmoudden a accusé les enseignants d’être des « tricheurs » qui « courent derrière les avancements ». Elle a enfoncé le clou en rédigeant, sur les colonnes de l’organe de presse de son parti, un véritable pamphlet contre les pratiques politiciennes du PJD et l’usage indélicat qu’il fait de son syndicat. Dans cet article (qui est en fait une réponse à une précédente chronique signée par le député du PJD, Mohamed Yatim), Belmoudden tire à boulets rouges sur le parti de Saâd Eddine El Othmani. Chose qui lui a valu une grande manchette à la Une du journal d’Attawhid Wal Islah: « Une députée de l’USFP livre une bataille contre le PJD ». Dans un entretien accordé à ALM (voir ci-contre), Fatima Belmoudden persiste et signe.
« Les gens du PJD ne font pas de l’opposition au gouvernement, ils veulent plutôt saper toutes les réformes engagées par les ministres usfpéistes », dit-elle en substance.
« Dire que le PJD utilise l’UNTM, à n’importe quel dessein, est une insulte pour tous les militants du syndicat, qui peuvent aisément poursuivre la députée en justice », lance Mohamed Attach, vice-président de l’UNTM-Enseignement. Il rappelle qu’à aucun moment le syndicat ne fait part au PJD de ses décisions. « Lors de la dernière grève, le secrétaire général du PJD se trouvait en Turquie, il n’était pas au courant de notre décision. Habib El Malki, qui se trouvait, quant à lui, au Pérou, a contacté un membre du secrétariat général du PJD qui n’était absolument pas informé de notre décision de faire grève ». En fait, « le PJD revendique souvent son droit d’être informé, mais nous refusons catégoriquement toute atteinte à notre indépendance et notre autonomie », poursuit Attach.
Les officiels du PJD, quant à eux, refusent d’intervenir dans cette polémique et préfèrent laisser l’UNTM, seul face à El Malki. Et pour cause, voler au secours de l’UNTM et politiser l’affaire, risque de confirmer les propos de Belmoudden. Un cadeau que le PJD ne veut, évidemment pas faire à la députée Toujours est-il, le ministre de l’Education nationale est prêt à se lancer dans la bataille. Dans sa réponse, à la question de Belmoudden, au sein de la Chambre des représentants, El Malki a estimé que si les mouvements de protestation, injustifiés, se poursuivent, son « département sera contraint de prendre les mesures juridiques et organisationnelles nécessaires à la protection des intérêts de l’élève et de l’établissement ». En fait, la guerre est bel et bien déclenchée.

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